Imágenes de páginas
PDF
EPUB

:

moins longtemps, et finit toujours par mourir : ceux-ci établissent le bien final dans le corps; ceux-là dans l'âme; d'autres, en tous deux; d'autres ajoutent au corps et à l'âme les biens extérieurs enfin quelques-uns pensent qu'il faut toujours s'en rapporter au témoignage des sens; les autres, pas toujours; les autres, jamais. Ces innombrables dissidences entre les philosophes, quel peuple, quel sénat, quelle autorité ou magistrature de la cité impie, s'est jamais mise en peine de les juger; d'approuver et d'admettre, de condamner et de répudier; et n'a pas plutôt ouvert indifféremment son sein à ce pêle-mêle d'opinions contradictoires engagées, non sur quelque intérêt pécuniaire et temporel, mais sur les questions qui décident du malheur ou de la félicité de la vie? Et si parfois quelque vérité se laissait voir, le faux avait la même liberté de se produire; et ce n'est pas sans raison qu'une telle cité a reçu le nom mystique de Babylone; car Babylone, avons-nous dit, signifie «< confusion. » Et peu importe au prince de cette cité, au Diable, qu'ils débattent tant d'erreurs contraires ; formes variées de l'impiété qui les livre tous à son empire.

Mais cette nation, ce peuple, cette république, ces Israélites, dépositaires de la parole de Dieu, n'ont jamais confondu avec une telle licence les faux et les véritables prophètes; une exacte conformité, sans aucune dissidence, signalait à leurs yeux les vérita

semper alii in corpore constituentes finem boni, alli in animo, alii in utroque, alii extrinsecus posita etiam bona ad animum et corpus addentes alii sensibus corporis semper, alii non semper, alii nunquam, putantes esse credendum. Has et alias pene innumerabiles dissensiones philosophorum, quis unquam populus, quis senatus, quæ potestas vel dignitas publica impiæ civitatis dijudicandas, et alias probandas ac recipiendas, alias improbandas repudiandasque curavit, ac non passin sine ullo judicio confuseque habuit in gremio suo tot controversias hominum dissidentium, non de agris et domibus, vel quacumque pecuniaria ratione, sed de his rebus, quibus aut misere vivitur aut beate? Ubi etsi aliqua vera dicebantur, eadem licentia dicebantur et falsa; prorsus ut non frustra talis civitas mysticum vocabulum Babylonis acceperit. Babylon quippe interpretatur Confusio, quod nos jam dixisse meminimus. Nec interest diaboli regis ejus, quam contrariis inter se rixentur erroribus, quos merito multæ variæque impietatis pariter possidet.

At vero gens illa, ille populus, illa civitas, illa respublica, illi Israelitæ, quibus credita sunt eloquia Dei, nullo modo pseudoprophetas cum veris Prophetis pari licentia confuderunt: sed concordes inter se atque in nullo dissentientes, sacrarum Litterarum veraces ab eis agnoscebantur

bles écrivains sacrés. Ceux-là étaient leurs philosophes, leurs sages, leurs théologiens, leurs prophètes, leurs docteurs dans la vertu et la piété. Quiconque a vécu selon leurs maximes n'a pas vécu selon l'homme, mais selon Dieu, qui a parlé par leur bouche. S'ils défendent l'infraction de la loi, c'est Dieu qui la défend. S'ils disent : « Honore ton père et ta mère, » c'est Dieu qui l'ordonne. S'ils ajoutent : « Tu ne seras pas adultère; tu ne commettras point d'homicide; tu ne voleras point, » ce ne sont pas des paroles sorties des lèvres humaines, mais les oracles de Dieu. Ce peu de vérités qu'entre tant d'erreurs quelques philosophes ont pu entrevoir et qu'ils ont travaillé à établir sur de pénibles raisonnements: Dieu créateur du monde et qui le gouverne luimême par sa souveraine providence; la beauté de la vertu, l'amour de la patrie, la confiance dans l'amitié, les bonnes œuvres, tout ce qui se rapporte aux bonnes mœurs, quoiqu'ils aient ignoré et la fin et le moyen; tout cela est prêché au peuple dans la Cité divine par la parole des prophètes, parole de Dieu même, que des hommes prononcent, et sans aucun effort d'argumentations contentieuses; en sorte que la connaissance de ces vérités n'est point sans la crainte de mépriser, en y dérogeant, non pas l'esprit de l'homme, mais la parole de Dieu.

XLII. L'un des Ptolémées, roi d'Égypte, désire aussi connaître et posséder ces saintes Écritures, car, après l'empire d'A

el tenebantur auctores. Ipsi eis erant philosophi, hoc est, amatores sapientiæ, ipsi sapientes, ipsi theologi, ipsi prophetæ, ipsi doctores probitatis atque pietatis. Quicumque secundum illos sapuit et vixit, non secundum homines, sed secundum Deum, qui per eos locutus est, sapuit et vixit. Ibi si prohibitum est sacrilegium, Deus probibuit. Si dictum est, Honora patrem tuum et matrem tuam, Deus jussit. Si dictum est: Non machaberis, Non homicidium facies, Non furaberis, et cetera hujusmodi, non hæc ora humana, sed oracala divina fuderunt. Quidquid philosophi quidam inter falsa, quæ opinati sunt, verum videre potuerunt, et laboriosis disputationibus persuadere moliti sunt, quod mundum istum fecerit Deus, eumque ipse providentissimus administret, de honestate virtutum, de amore patriæ, de fide amicitiæ, de bonis operibus atque omnibus ad mores probos pertinentibus rebus, quamvis nescientes ad quem finem et quonam modo essent ista omnia referenda, propheticis, hoc est divinis vocibus, quamvis per homines, in illa civitate populo commendata sunt, non argumentationum concertationibus inculcata; ut non hominis ingenium, sed Dei eloquium contemnere formidaret, qui illa cognosceret.

XLII. Has sacras Litteras etiam unus Ptolemæorum regum Ægypti

--

soit

lexandre de Macédoine, qui fut surnommé le Grand, cet empire, prodige de grandeur et d'instabilité, l'Asie entière, que dis-je? presque tout l'univers conquis, soit par la force et les armes, par la terreur de son nom, et entre autres contrées de l'Orient, la Judée elle-même envahie et soumise; lui mort, cet empire immense échut à ses capitaines, qui ne le partagent pas entre eux pour régner en paix chacun sur son héritage, mais qui le déchirent en lambeaux, pour promener partout la dévastation et la guerre; c'est alors que l'Égypte commence à avoir des Ptolémées pour rois. Le premier de tous, le fils de Lagus, emmène de Judée en Égypte un grand nombre de captifs. Un autre Ptolémée, son successeur, appelé Philadelphe, leur permet à tous, qui étaient venus esclaves, de s'en retourner libres. Il envoya même de royales offrandes au temple de Dieu, et demanda à Éléazar, alors grand prêtre, de lui donner les Écritures que la renommée lui avait sans doute annoncées comme divines, et qu'il désirait placer dans cette célèbre bibliothèque formée par ses soins. Le grand prêtre les lui ayant données en hébreu, Ptolémée demanda des interprètes, et SEPTANTE-deux hommes, six de chacune des douze tribus, versés dans l'une et l'autre langue, le grec et l'hébreu, lui furent envoyés. La coutume a prévalu d'appeler cette version, La version des Septante. On rapporte qu'il y eut dans le choix de leurs expressions un accord si merveilleux,

nosse studuit et habere. Nam post Alexandri Macedonis, qui etiam Magnus cognominatus est, mirificentissimam minimeque diuturnam potentiam, qua universam Asiam, imo pene totum orbem, partim vi et armis, partim terrore subegerat, quando inter cetera Orientis etiam Judæam ingressus obtinuit; eo mortuo comites ejus, cum regnum illud amplissimum non pacifice inter se possessuri divisissent, sed potius dissipassent, bellis omnia vastaturi, Ptolemæos reges habere cœpit Ægyptus quorum primus Lagi filius, multos ex Judæa captivos in Ægyptum transtulit. Huic autem succedens alius Ptolemæus, qui est appellatus Philadelphus, omnes quos ille adduxerat subjugatos, liberos redire permisit: insuper et dona regia in templum Dei misit, petivitque ab Eleazaro tunc pontifice, dari sibi Scripturas, quas profecto audierat fama prædicante divinas; et ideo concupiverat habere in bibliotheca, quam nobillissimam fecerat. Has ei cum idem pontifex misisset hebræas, post etiam ille interpretes postulavit; et dati sunt septuaginta duo, de singulis duodecim tribubus seni homines, linguæ utriusque doctissimi, hebrææ scilicet atque græcæ. Quorum interpretatio ut septuaginta vocetur, jam obtinuit consuetudo. Traditur sane tam mirabilem.ac stupendum pleneque divinum in eorum verbis fuisse

si étonnant et vraiment divin, que chacun d'eux ayant séparément accompli cette œuvre (car il plut au roi Ptolémée d'éprouver ainsi leur fidélité), ils ne présentèrent entre eux aucune différence pour le sens, la valeur ou l'ordre même des mots; mais, comme s'il n'y eût eu qu'un seul interprète, l'interprétation de tous était une; parce qu'en effet l'Esprit en tous était un. Et ils avaient reçu de Dieu ce don admirable, afin que l'autorité de ces Écritures obtînt, non comme œuvre humaine, mais comme œuvre divine, la vénération des Gentils qui devaient croire un jour; et ce jour nous le voyons arrivé.

XLIII. Car, bien qu'il y ait eu d'autres interprètes qui ont fait passer d'hébreu en grec les oracles sacrés, comme Aquila, Symmachus, Théodotion, et l'auteur anonymes d'une œuvre semblable, appelée pour cette raison la Cinquième version, l'Église toutefois a reçu celle des Septante comme si elle était seule, et les Grecs chrétiens en font usage, ignorant la plupart qu'il en existe d'autres. C'est la version des Septante traduite en latin que les Églises latines ont adoptée. Cependant un prêtre s'est rencontré de notre temps, le savant Jérôme, qui, habile dans les trois langues, a traduit les Écritures, non du grec, mais de l'hébreu en latin. Savant travail ; quoique les Juifs le reconnaissent fidèle, et prétendent que sur beaucoup de points les

consensum, ut cum ad hoc opus separatim singuli sederint ( ita enim eorum fidem Ptolemæo placuit explorare), in nullo verbo, quod idem significaret et tantumdem valeret, vel in verborum ordine, alter ab altero discreparet: sed tanquam unus esset interpres, ita quod omnes interpretati sunt, unum erat: quoniam re vera Spiritus erat unus in omnibus. Et ideo tam mirabile Dei munus acceperant, ut illarum Scri pturarum, non tanquam humanarum, sed sicut erant, tanquam divina. rum, etiain isto modo commendaretur auctoritas, credituris quandoque gentibus profutura, quod jam videmus effectum.

XLIII. Nam cum fuerint et alii interpretes, qui ex hebræa lingua in græcam sacra illa eloquia transtulerunt, sicut Aquila, Symmachus, Theodotion, sicut etiam illa est interpretatio, cujus auctor non apparet, et ob hoc sine nomine interpretis, Quinta editio nuncupatur: hanc tamen quæ Septuaginta est, tanquam sola esset, sic recepit Ecclesia, eaque utuntur græci populi christiani, quorum plerique utrum alia sit aliqua ignorant. Ex hac Septuaginta interpretatione etiam in latinam linguam interpretatum est quod Ecclesiæ latinæ tenent. Quamvis non defuerit temporibus nostris presbyter Hieronymus, homo doctissimus, et omnium trium linguarum peritus, qui non ex græco, sed ex hebræo in latinum eloquium easdem Scripturas converterit. Sed ejus tam litteratum

Septante se sont trompés, néanmoins les Eglises de Jésus-Christ ne trouvent aucune autorité préférable à celle de tant d'hommes choisis pour une si grande œuvre par le pontife Éléazar. Car, lors même que l'esprit un, et indubitablement divin, n'eût point apparu en eux, et que ces doctes Septante eussent ensemble humainement concerté les termes de leur interprétation, en sorte que rien n'aurait été maintenu sans un consentement unanime, encore serait-il vrai qu'aucun interprète isolé ne devrait leur être préféré. Mais, Dieu ayant à leur égard montré son assistance manifeste, désormais tout interprète fidèle des saintes Écritures, en quelque langue qu'il les traduise, doit être d'accord avec les Septante, ou, s'il paraît s'éloigner d'eux, c'est qu'alors, il faut le croire, un mystère se cache sous la version prophétique des Septante. Car l'Esprit qui était dans les prophètes lorsqu'ils dictaient ce texte sacré, était aussi dans les Septante lorsqu'ils l'interprétaient. Et assurément cet Esprit, de son autorité divine, a pu rendre un autre oracle, comme si ce fût le même prophète qui eût énoncé l'un et l'autre, parce que l'un et l'autre serait, après tout, la parole du même Esprit; il a pu encore l'exprimer en d'autres termes, offrant aux intelligences droites, à défaut du même langage, le même sens; il a pu enfin omettre et ajouter, pour faire voir qu'il n'y avait pas dans cette œuvre servitude de l'homme, servitude de l'interprète devant la lettre, mais plutôt autorité divine inspirant et guidant l'intelligence de l'interprète.

laborem quamvis Judæi fateantur esse veracem, Septuaginta vero interpretes in multis errasse contendant, tamen Ecclesiæ Christi tot hominum auctoritati, ab Eleazaro tunc pontifice ad hoc tantum opus electorum, neminem judicant præferendum : quia etsi non in eis unus apparuisset Spiritus, sine dubitatione divinus, sed inter se verba interpretatiouis suæ Septuaginta docti more hominum contulissent, ut quod placuisset omnibus hoc maneret, nullus eis unus interpres debuit anteponi; cum vero tantum in eis signum divinitatis apparuit, profecto quisquis alius illarum Scripturarum ex hebræa in quamlibet aliam linguam interpres est verax, aut congruit illis Septuaginta interpretibus, aut si congruere non videtur, altitudo ibi prophetica esse credenda est, Spiritus enim qui in prophetis erat, quando illa dixerunt, idem ipse erat etiam in Septuaginta viris, quando illa interpretati sunt: qui profecto auctoritate divina et aliud dicere potuit, tanquam propheta ille utrumque dixisset, quia utrumque idem Spiritus diceret; et hoc ipsum aliter, ut si non eadem verba, idem tamen sensus bene intelligentibus dilucesceret ; et aliquid prætermittere, et aliquid addere, ut etiam hinc ostenderetur non humanam fuisse in illo opere servitutem, quam verbis debebat interpres, sed

« AnteriorContinuar »