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Rien n'étoit plus capable d'établir l'émulation parmi les guerriers que les loix de la Chevalerie ; ses préceptes & sa morale , quoiqu'imparfaite à quelques égards doient à faire régner l'ordre & la vertu : il est sûr que plusieurs de nos Chevaliers , fidèles aux engagemens de leur état , furent des modèles accomplis des vertus mi. litaires & pacifiques ; & c'est beaucoup qu'au milieu de ces siècles fi grofliers & fi corrompus la Chevalerie ait produit de tels exemples. Combien d'autres vertus n'auroit-elle pas fait fleurir dans des temps plus polis & plus éclairés ?

Les hommes sont inconséquens; il y a toujours bien loin de la fpéculation à la pratique. Dans les états les plus réguliers, le nombre de ceux qui vivent conformément aux règles est presque toujours le plus petit, si ce n'est peut être dans les premiers commencemens. A mefure

que l'on s'éloigne de l'origine,

introduit des abus : mais ces abus doivent être imputés

le temps

aux hommes, & non pas à la pro-
fession qu'ils ont embrassée. La
Chevalerie eut à cet égard le sort
de tous les autres inftituts; & d'ail-
leurs , pour ne rien déguiser, sa
constitution même étoit insépara-
ble de divers inconvéniens. A la
considérer même du côté de la
guerre , avec quel desordre ne de-
voit point combattre une milice

impétueuse , qui ne recevoit de (2) loix que de son courage (8), & sem

bloit chercher uniquement les

moyens de multiplier les dan(3) gers (3) ; qui confondoit l'ostenta

tion avec la gloire, la témérité avec
la valeur, & qui dans l'ivresse de ses
faux préjugés, n'auroit jamais pû
croire qu'il y eût eu des peuples
plus sages, tels que les Lacédémo-
niens & les Romains, chez lesquels
l'excès du courage étoit puni com-
ine une lâcheté : une milice enfin
presque incapable de se rallier, par
conséquent de réparer ses fautes &
ses pertes ?

Si le pouvoir absolu, si l'unité
du commandement est le seul

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moyen d'entretenir la vigueur de la discipline, jamais elle ne dut être moins solidement établie, & plus souvent ébranlée que du temps de nos Chevaliers. Quelle confusion, en effet , ne devoient point apporter tant d'espèces de chefs , dont les principes , les motifs & les intérêts n'étoient pas toujours d'accord, & qui ne tiroient point d'une même source le droit de se faire obéir?

Outre la supériorité que les loix *féodales donnoient aux Seigneurs fuzerains sur leurs vassaux, & à ces derniers sur leurs arrière-va:Taux, dont la progression alloit presque à l'infini , la Chevalerie fixoit , comme nous avons dit , 'différens degrés entre les bannerers , les simples Chevaliers, les Chevaliers à gage & les Ecuyers. Ainsi le poue voir de commander, que balançoit encore celui des grands Offciers de la Maison du Roi, étoit exposé perpétuellement à des conteltations qui le restreignoient ou l'anéantissoient : plus il y avoit de

divers genres d'autorités , moins il у avoir de force réelle pour les faire valoir.

Quelque attention qu'on apporte à lire nos historiens, on a beaucoup de peine à concevoir de quelle manière ces Commandans pouvoient se concilier entre eux, & comment il étoit possible à ceux qui les suivoient, d'accorder ensemble les services de sujet , de vassal & de Chevalier , auxquels étoit tenue la même personne. Aufli ne manquoit-on jamais de prétexte pour éluder ou pour enfreindre les loix de la guerre, ni de moyens & de protections pour mettre la desobéissance à couvert du châtiment. L'expérience ne nous apprit que trop à connoître les effets d'une indocilité présomptueuse & téméraire dans les guerres des Anglois. Enfin la Chevalerie oublia les préceptes qu'elle avoit donnés dans son origine à ses premiers disciples, de s'appliquer également aux Lettres & aux Armes. Trop occupée depuis à les rendre braves, (4)

adroits & vigoureux, elle négligea d'autres qualités qui sont le fruit de l'étude & de la réflexion ; qualités sans lesquelles la valeur même peut entraîner la perte des Etats les plus belliqueux.

Je n'ai point parlé jusqu'ici des Chevaliers errans (+), tels que ceux de la Table ronde & autres, que les fi&ions romanesques ont rendu si fameux. Les récits que nous lisons de leurs avantures merveilleuses , font vrai-femblablement fondés sur de vieilles traditions, qui étoient elles-mêmes empruntées des origines encore plus fabuleuses des peuples venus du nord. Ces héros , ainsi que

les Hercules & les Thé-? fées de la Grèce, visitoient toutes les contrées pour redresser les torts (5), venger les opprimés, exterminer les brigands qui les infeftoient. La barbarie de nos premiers siècles exigea peut-être le secours de tels champions , dévoués au bien public , comme le dit la Colombière. · Leur allstance

put encore n'être

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