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trouve dans d'anciens titres ; (a) ou ceux qui ne font en usage que chez l'habitant des campagnes éloignées des villes. Le vieux langage s'y est mieux conservé dans sa pureté que dans celles-ci, où il est mêlé de mots français déguisés, ou corrompus ; ce qui iniue sur le françois même qu'on y parle, tout aufli altéré que le languedocien du peuple & des honnêtes gens. La signification des anciens termes de l'idiôme propre au pays s'y perd de jour en jour, avec le terme lui-même, par le non-usage: les campagnes

suivront de loin le train des villes. Et il y a toute apparence que les termes qui sont aujourd'hui Les plus usités auront dans un ou deux siecles le même fort, ou tomberont dans l'oubli, fi un Ouvrage tel que celui-ci ne les en fauve : les uns & les autres serviront peut-être , comme ceux du Di&tionnaire Bas-breton , à ceux qui font des recherches sur l'origine des langues & en particulier sur celle de beaucoup de mots françois qui dérivent visibleinent de notre idiôme : mais ce qui est bien plus important ; ils seront de quelque fecours à ceux qui s'appliquent dans notre Province à déchiffrer & à traduire les anciens titres latins.

Il n'est pas rare de trouver dans ces titres des termes d'un latin qui n'en a que l'apparence, étant calqués fur le langage vulgaire des temps qui ont précédé le regne de François I. Les Notaires qui en dressant un acte de ce temps-là avoient à mettre en latin un terme languedocien sur lequel leur vocabulaire ou leur protocole étoit

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(a) Nous dirons à ce propos que nous avons eu occafion de parcourir parmi de vieux titres, deux manuscrits du XII. liccle; dont l'un est un rouleau en parchemin intitulé, Las Costumas de la Villa d'Alest ; l'autre est une traduation du Nouveau Testament qu'on croit avoir été à l'usage des Vaudois & qui eft terminée par une espece de liturgie d'un genre cour parsiculier ; cette tradu&ion est écrite dans un volume en beau vélin : monumens précieux l'un & l'autre de la langue Romance , ou ancien Languedocien de ce temps, en usage dans nos Provinces.

Nous avons cru que les curieux de cet ancien langage verroient avec plaisir les différens extrails , ou les simples phrases que nous avons rapportées à l'occasion d'un terme qui en faisoit partie. Nous avons rendu le plus souvent en lario les paffages du Nouveau Teftament, comme étant plus adapté au roman que nos rraductions françoises. C'est par-là qu'on distinguera les extraits de cette seconde piece, lorsque les sujets qui y sont traités laisseroicar suste cela quelque doute.

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en défaut, n'y faisoient d'autre façon que de changer quelque lettre à ce terme & d'y joindre une terminaison Latine : d'où il est aisé de voir , qu’un répertoire qui contiendroit un grand nombre de ces anciens termes prefque oubliés, ou prêts à l'être, qui ont servi de modele à ce latin barbare, pourroit en donner l'intelligence à ceux qui dans cette Province s'occupent de cet utile travail,

C'est en effet de l'intelligence de ce latin que dépend quelquefois la décision d'un point de Droit, le gain, ou la perte d'un procés. Ce terme, ou fon prototype languedocien se fera conservé dans un canton de la Province; tandis qu'il sera ignoré par-tout ailleurs. D'où l'on comprend l'utilité d'un Recueil qui rassemblât tous les idiômes, qui de près ou de loin ont pu servir de sujet à la latinité des anciens actes.

Le célebre Ducange en a reconnu le besoin dans la Préface de son Glossaire où il s'exprime en ces termes : >> Optandum effet ut in fingulis nationibus prodeant viri » docti qui lingua fue idiomata, vim, eorum origines, » fed & defuetas & jam pridem obfoletas voces ad amuslim » investigent explicentque, &c. » Il rapporte' un grand nombre de termes de ce latin inintelligible dont il fe contente de donner le passage où ils se trouvent, fans en donner l'explication : tels font entre autres, cupsana, ou calana, faisfia , Jemalum, engrunagium, &c. qui ne font que du languedocien déguisé , & Ducange étoịt Picard.

Un Recueil de l'espece dont nous parlons serviroit encore à faciliter l'intelligence non-seulement des actes latins, mais de ceux encore du vieux languedocien lui-. même , qu'on trouve dans la poussiere des Archives de nos Hôtels de Ville. Ces dernieres pieces servent comme les précédentes à établir d'anciens droits ou leur exemption ; & l'on ne peut souvent en faire usage en les produisant en justice, faute d'en comprendre bien des termés, dont l'explication tient à la comparaison qu'on pourroit en faire avec les termes d'un autre diale&te , dans lesquels une lettre ajoutée ou retranchée donne souvent la clef des premiers.

Nous n'avons rien négligé, autant qu'il a dépendu de nous, pour donner à notre collection toute l'étendue qu'elle exigeoit ; nous avions befoin d'être aidés, n'étant

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pas poñible qu'un homme pât lui seul remplir une tâche qui demanderoit une longue habitation dans vingt endroits différens & à des distances considérables l'une de l'autre. Nous adressâines des mémoires détaillés à des gens de lettres des principaux cantons de la Province auprès de qui nous nous renommions de personnes de leur connoissance, ou de leurs amis ; mais ces mémoires, nos follicitatioris & nos offres ne produisirent rien chez la plậpart; & ne nous procurerent de quelques-uns, qu'une partie de ce que nous désirions : en sorte que quelque étendu que foit notre Recueil, nous voyons avec regret qu'on ne peut le regarder que pour un Ouvrage, pour ainsi dire, d'attente.

Outre l'utilité dont peut être cette collection de termes languedociens, tant anciens que modernes, nous avons vu ci-dessus, qu'ils nous donneroient occasion de nous arrêter sur des objets d'un moindre intérêt ; tels que ceux qui ne seroient que curieux : & nous avons cru que certains Lecteurs rious sauroient gré de ne les avoir pas négligés , s'ils pouvoient contribuer à jeter de la variété & peut-être de l'agrément dans un Ouvrage fee & monotone de la nature.

C'est sur le pied d'articles purement curieux qu'on prendra ceux que nous avons ajoutés, tant sur les noms propres , que différentes remarques critiques, historiques, grammaticales, &c. & diverses observations de Physique & d'Histoire naturelle.

Les noms propres Languedociens auxquels, pour la plupart, on n'attache aujourd'hui aucun fens, & qui sont appliqués à différens lieux d'où ils ont passé aux personnes , font des termes de l'ancien langage & dans le cas des noms propres Hébreux , Grecs & Latins ; c'est-à-dire , qu'ils ont été dans leur origine noms communs, ou appellatifs, & ne sont devenus noms propres, que lorsqu'ils ont cessé d'être usités dans leur acception commune ou lorsque cette acception a été d'abord peu cunue & ensuite entiérement oubliée. On peut citer pour exemple entre bien d'autres, les noms de lieu sui. vans. Courbës , Keila, ou Cheila , Cassagno, Mariuêjhë , la Nuêjho , Licheiro, &c.,

L'on a d'autant plus de raison de penser que ces noms ont été significatifs & qu'ils ont fait partie de l'ancien langage du pays, qu'on a donné de temps immémorial

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le même nom à des lieux très-diftans l'un de l'autre; & qu'il est à présumer qu'on a cu une raison commune de le faire, à cause d'une lignification qui convenoit également à chacun de ces lieux; comme on peut en voir un exemple à l'article Sâlo. De plus, quelques-uns de ces noms ont des augmentatifs & des diminutifs, comme les noms communs ; ce qui fuppofe encore une fignitication, ou un sens plus ou moins applicable aux choses nommées & à des objets de même genre : tels sont les noms précédens. Courbës, dont l'augmentatif est Coure bëjjas. Keila , ou Cheila , dont les diminutifs font, Kêilë , Keiladë , le même que Chêiladë. Cassagno , ou Chasfágno , & fon augmentatif Caffanas , ou Caffagnas & fes diminutifs, Caflagneto , Cassagnólo ; & ainsi de Mariuêjhë , Mariuejhol , la Nuejho , la Nuėjhol. Licheiro Licheirëto , &c.

Nous avons effayé de rappeler la signification plus ott moins obscure de quelques-uns de ces noms & de les réduire à leur forme primitive, en marquant les altérations que le temps pouvoit y avoir apporté; & nous avons été quelquefois affez heureux pour résoudre cette forte de problèmes ; ce qui vient à l'appui de notre assertion , que les noms propres languedociens ont été des noms communs de l'ancien langage.

Mais nous avouons que nos efforts ont presque toutjours échoué contre une classe de ces noms, qui appar, tient à une langue plus ancienne que celle des Romains, & même celle des Grecs , & qui sont probablement Cel. tiques. Cette claffe est fingulièrement remarquable par fes terminaisons en a ou ac. On en trouve beaucoup dans les différentes Provinces du Royaume ; mais plus que par tout ailleurs, dans nos Provinces gasconnes ; tels sont , Torna , Corcona, Quezac , Lansac , Fijac Cofnac, Cabriliac, Vibrac, Malac, Larnac, Freffac , Clerac, Ceirac, Sauffenac, Larzac, & des centaines d'autres que nos conje&tures n'ont pu même entamer; faute peut-être du secours des livres qu'on ne trouve paint dans la Province, & encore moins dans une petite ville.

Il est à croire que ces noms qui d'âge en åge ont passé jusqu'à nous, font les débris d'un ancien langage & qu'ils ont été d'autant plus à couvert d'une certaine alté. sation, qu'étant devenus noms propres de lieux, ils de Toient moins éprouver les changemens arrivés au lan.

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gage , dans des temps où l'on respectoit davantage cette propriété. Ce qui a pu y contribuer encore ; ils étoient appliqués la plậpart à des choses stables & qui se faisoient remarquer ; telles que des montagnes, des buttes, des collines, dont les noms pouvoient en exprimer la forme, l'étendue , & de plus, la qualité des rochers, des minéraux, la nature du terrain, les productions végétales, &c. &c. ce qui donnoit une grande variété pour les dé. nominations. Les mêmes montagnes ont fait dans la suite partie de fiefs; on y a élevé des Châteaux, qui en ont pris le nom, de même que ceux qui en étoient les possesseurs : les maisons de ces derniers se font éteintes Pune sur l'autre, leur vrai nom est perdu, ou à peine connu ;

tandis

que

celui du Château en ruine, ou de la montagne, subliste & brave les changemens & l'oubli qu'amenent une longue suite de fiecles.

En travaillant , au reste , à découvrir la fignification des noms propres, nous n'avons pas négligé ce qui pouvoit donner des lumieres sur l'origine de beaucoup de noms appellatifs languedociens. Nous en avons suivi, pour ainsi dire , la généalogie & marqué la descendance ; nous les avons rapprochés de ceux des autres langues anciennes ou modernes auxquels ils refremblent ; fans décider toujours s'ils en dérivent, ou s'ils ont une origine commune.

A l'égard du petit nombre d'observations de physique & d'histoire naturelle & des remarques historiques , cria riques & grammaticales qui se sont présentées dans quel. ques articles; elles sont la plậpart neuves , & celles qui n'ont pas ce mérite , sont tirées de différens Ouvrages que peu de Lecteurs peuvent se procurer. Nous employons sobrement ces ornemens étrangers qui nous ont servi de délassement & qui peuvent produire le même effet, comme nous l'espérons , sur le Lecteur fatigué.

Nous ne pouvons finir ce Discours , quelque long qu'il soit, fans avertir du système d'orthographe que nous nous sommes fait & que nous suivrons dans cet Ouvrage; à quoi nous ajouterons quelques remarques sur la prononciation languedocienne , qui feront une forte de Traité préliminaire, nécessaire pour la le&ure & l'intelligence des termes languedociens.

Quoiqu'on parle généralement le Languedocien, on de l'écrit guere depuis bien du temps que pour quelques

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