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LANGUEDOCIEN-FRANÇOIS,
Contenant un Recueil des principales fautes que
commettent, dans la diction & dans la

pronon-
ciation françoises , les Habitans des Provinces
Méridionales, connues autrefois sous la déno-

mination générale de la Langue-d'Oc.
Ouvrage l'on donne avec l'explication de bien des

termes de la Langue Romance , ou de l'ancien
Languedocien, celle de beaucoup de noms propres ,
autrefois noms communs de l'ancien langage ; & qui
est enrichi dans plusieurs de ses articles de Reo
marques critiques, historiques, grammaticales, &
d'Observations de Physique & d'Histoire naturelle.

NOUVELLE ÉDITION,
Corrigée d'un grand nombre de fautes, augmentée

d'environ dix mille articles , & en particulier
d'une nombreuse Collection de Proverbes Lan-
guedociens & Provençaux.

PAR MR. L. D. Suuvages de Lacroix.

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TE!

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A NISMES
CAUDE, Pere, Fils & Compagnie, Libraires,

M. DCC. LXXXV.
Ayec Approbation & Privilege d« Rei.

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Suivi de Remarques sur la prononciation Lan

guedocienne, qu'on a cru nécessaires pour lire & pour entendre le Languedocien : langage qui tient dans les différens articles de ce Dictionnaire à une orthographe particuliere,

dont l’explication & l'usage étant développés dans ces Remarques, les rendent par-même comme faisant une partie essentielle du présent Ouvrage & doivent en précéder la lecture.

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'IDIOME propre aux habitans du Languedoc eut la même origine & date probablement d'auili loin que les Langues des différens peuples de l'Europe qui dans la décadence de l’Empire d’occident passerent sous une domination étrangere : le mauvais Latin qu'ils parloient s'altéra par degrés & il acheva de se corrompre en le mêlant avec le langage des nouveaux peuples qui succéderent aux Romains : ce ne fut plus qu'un jargon informe qui se ressentit de la barbarie de ces temps.

Le Languedocien commença dans peu à prendre une forme dans nos Provinces méridionales, il en devint la langue vulgaire qu'on distingua alors même de celle qu'on parloit au nord du Royaume : le François & le Languedocieu dont la fortune a été depuis fi différente, alloient au moins de pair &. partageoient la France qui, au rapport de nos Historiens, fut divisée en Langue d'oc & en Langue-d'oil, ou d'oui. (a)

(a) La premiere de ces dénominations , ou celle de la Languedoc, fut appliquée depuis le milieu du XIII. siecle jusqu'à Chare les VII; c'est-à-dire , pendant enviror. 300 ans, aux Provinces méridionales de la France que nos Rois ayoient nouvellement Tome I,

a

La Langue-d’oc prise dans le sens de langage , fut resserrée depuis dans un plus petit espace & affe &ée en particulier à la Province qui en a tiré son nom : ce fut la langue qu'on continua d'y parler : on n'en eut point d'autre, non-seulement pour l'instruâion publique, mais même pour les registres & les cadastres qu'on n'a cessé d'écrire en Languedocien que depuis environ deux fiecles.

La langue de la Capitale, ou de la Cour a gagné depuis bien moins de temps les Provinces les plus recu. lées ; le goût de la littérature françoise s'y est répandu peu à peu, & le Languedocien négligé passe déjà chez quelques personces pour un jargon & porte communément , quoique fort improprement, (a) le nom de patois : c'est cependant encore le langage du peuple ;

acquises & au langage qu'on y parloít. Cette même dénomination prise dans ce dernier sens eft au fond synonyme de celle de , Languedocien , que porte le citre de ce Didiounaire; & li elle n'a pas en ce sens, & quant au nom ; une li grande étendue ; elle n'en a pas moins la même signification ; avec cette seule difference, que la Langue-d’oc est l'ancien langage qui s'est perpétué en grande partie dans le Languedocien moderne de celle Province particuliere & des Provinces voisines , où l'on parloit la Langue-d'oc; langage divisé autrefois , comme il continue de l'étre aujourd'hui en différeos diale&tes ; qui depuis Antibes jusqu'à Bordeaux, se rapprochent , se mêleni, se fondent , pour'ainli dire , par des nuances insen. ables l'un dans l'autre: en sorte qu'on ne sauroit afligner les limites qui les séparent , ni marquer où l'un finit & ou l'autre commence ; & que le Rhône même ne tranche point les dialectes do Ta droite d’avec ceux de la gauche ; ils porcent chacun des emprein. tes l'un de l'autre & tout ce qui peur établir entre eux une sorte de consanguinité.

D'où il résulte que non seulement le Provençal, mais généralement tous les idiomes garcons de nos Provinces méridionales, conc du ressort de ce Didionnaire ; & qu'ils viendroht, comme naturellement, le ranger sous le titre qu'il porte, di un Amateur intelligent & zélé veut un jour prendre la peine de les y rassembler, accourant aux sources dont nous n'ayons pas été à portée, ou qui, nous ont manqué : ce qui produira une colle&tion tout autrement volumineule & bien plus intéressante gye celle que nous présentons ici à nos Compatriotes. Voy. l'article Lëngado.

De là résulie encore la difficulté d'une chose qu'on nous avoit demandée , qui étoic, d'indiquer que tel terme étoit du dialecte de selle province, de cel canton, de celle ville : ce que pour bien d'autres raisons nous n'avons pu ni dû entreprendre.

en

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(a) Voyez l'article Parës, ou patoués.

mais même celui des honnêtes gens élevés dans cette Province : c'est le premier qui se présente & qu'ils emploient plus volontiers, lorsque libres des égards qu'on doit à un supérieur, ou de la gêne que cause un étranger, ils ont à traiter avec un ami, ou à s'entretenir familiérement dans leur domestique : le François, qu'ils ne trouvent guere de mise que dans le sérieux, devient pour la plapart une langue étrangere, & pour ainsi dire, de cérémonie : ils forcent nature lorsqu'ils y ont recours : il est certain au moins, que s'ils n'ont eu de bonne heure des modeles à suivre , des Maîtres pour consulter, & si avec ces secours & celui des bons livres, ils ne se sont fait par un long exercice une habitude du François, le tour & l'expression leur échappent, la langue du pays perce; ils croient parler françois & ne font que franciser le pur Languedocien.

Les difficultés que nous éprouvons à cet égard viennent en partie de ce que nous pensons en languedocien avant de nous exprimer en françois : cette langue-ci devient

par là une tradu&tion de la nôtre : il est rare que cette traduction ne soit littérale , qu'elle ne sente trop l'original, & qu'on ne fasse un alliage informe de deux idiômes dont le génie est fi différent. C'est la vraie ori. gine des gasconismes, ou des fautes de françois qu'on nous reproche & dont peu de nos compatriotes font entièrement exempts.

Ces fautes sont plus ordinaires dans le style familier de la conversation qui dans tout autre ; soit que les secours nécessaires pour s'exercer dans ce premier genre soient plus rares;

soit que le petit nombre de livres écrits dans ce style ne traitent pas de tout ce qui fait le sujet ordinaire des conversations : toujours est-il certain qu'un homme de lettres de ce pays-ci, qui écrira purement en françois sur différens sujets de littérature , sera souvent embarrassé s'il faut s'entretenir dans cette même lan. gue fur une infinité de choses qui se passent sous les yeux ; qu'il hésitera dans la conversation , fi elle roule sur le inénage de la ville, ou de la campagne, sur les arts, sur les métiers, &c. ou bien pour s'affranchir de la géne qu'il éprouve, il finira en languedocien un pro"pos qu'il avoit commencé en françois. On a fenti depuis long-temps qu'il nous manquoit us

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