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quelle il avoit été condamné. Mais Komilius rejetta genereusement cette grace qui venoit d'une main ennemie. Il déclara hautement qu'il ne prétendoit point d'autre récompense que de pouvoir dire toujours fon avis avec la liberté qui convenoit à un Senateur Romain : & qu'à l'égard de l'amende à laquelle il avoit été condamné, comme c'étoit un bien consacré à Cerés, il croiroit faire un sacrilege de ne la pas payer. On dressa ensuite le Senatus - Consulte qui fut confirmé par le consentement unanime du peuple, & en consequence, le Senat envoya en ambassade à Athenes Sp. Posthumius, A. Manlius , &P. Sulpitius Camerinus , qui furent chargez de recueillir les Loix & les Coutumes de cette Ville & des autres Républiques de la Grece. Pendant le reste de l'année, l'Etat fut assez tranquile. Mais l'année sui- An de Rovante sous le Consulat de P. Cura-me 300. tius & de Sex. Quintilius, presque toute l'Italie fut affligée de la pelte. Le premier Consul, quatre Tribuns du peuple, & un grand nombre de citoyens de toute condition, en

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moururent. Le peuple se dispersa de differens côtez. Rome dans une si grande désolation devint deserte, & on avoit à craindre quelque surprise de la part des Eques, des Volfques & des Sabins. Mais la contagion s'étoit répanduë parmi eux avec la même fureur; une calamité commune & generale tint lieu de forces & de défense à la République.

L'année suivante commença sous

de plus heureux auspices. La peste An. de Ro- cessa sous le Consulat de P. Sestius me 301

Capitolinus & de T. Menenius, & on vit arriver les Ambassadeurs

qu'on avoit envoyez pour recueilTit. Liv.l.3 lir les Loix de la Grece. Les Tribuns D.H. 1.10. du peuple firent aussi-tot de gran

des instances aux Consuls pour l'élection des Commissaires ou Decemvirs qui devoient travailler à former un corps entier de Loix pour le gouvernement de la République. Sestius n'y avoit pas de répugnance; mais Menenius qui regardoit tout changement dans un Etat, comme pernicieux, & qui peut-être n'avoit pas oublié les injures que son pere avoit reçûes des Tribuns, éloigna autant qu'il put cette élection. Il s'en dispensa d'abord sur la necessité d'élire auparavant les Consuls pour l'année suivante. Il dit que cette grande affaire se devant traiter sous leur Consulat, il étoit bien juste qu'on ne fît rien avant qu'ils eussent été désignez, & même sans leur participation. Mais ce n'étoit qu'un prétexte, & il se fatoit que l'élection des Confuls suspendroit celle des Decemvirs, ou du moins que la concurrence qui se rencontreroit entr'eux, affoibliroit l'autorité de ces nouveaux Magistrats. Cependant l'empressement des Tribuns fit avancer les Comices. On

у
élut

pour premier Consul Appius Claudius. Ce fut le troisiéme de pere en fils dans la maison Claudia , qui fut élevé à cette dignité. Tous les Patriciens lui avoient donné leurs suffrages, dans l'esperance qu'il n'auroit pas moins d'attachement que ses ancêtres aux interêts du Senat. T. Ge. nutius fut nommé pour son Collegue. Les Tribuns après cette élection renouvellerent leurs poursuites

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& leurs sollicitations auprès des Consuls en Charge, pour les obliger à proceder à la nomination des Decemvirs. Menenius qui ne faisoit que de fâcheux pronostics de ce changement qu'on vouloit introduire, se relegua dans la maison fous prétexte d'une maladie, & il aima mieux n'en point sortir que d'être obligé, s'il alloit au Senat, d'y proposer l'affaire des Loix nouvelles. Seltius de son côté, quoique favorable aux Tribuns, ne croyoit pas qu'il lui fùt honnête de se charger seul d'une si grande affaire fans la présence & le concours de son Collegue. Les Tribuns ausquels de pareils retardemensétoient suspects, s'adresserent à Appius & à son Collegue désignez Consuls pour l'année prochaine. Ils sçurent les mettre dans leurs interêts,apparemment par l'esperance de leur donner la meilleure

part

dans la commillion pour la création des Loix. Après s'être assurez de ces deux Senateurs, que leur désignation pour le

prochain Consulat rendoit plus considerables, ils les introduisirent dans une Assemblée du peuple qu'ils

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avoient convoquée exprès pour y
prendre des mesures contre les re-
tardemens affectez des Consuls en
exercice. Appius étant monté à la
Tribune aux Harangues, ménagea
ses expressions de inaniere que sans
se déclarer contre le Senat, il fyut
plaire au peuple. Les principaux
chefs de fon discours roulerent sur
la justice qu'il y avoit d'établir des
Loix égales entre tous les citoyens;
afin
que

Rome divisée si long-tems en deux partis, & comme en deux Villes differentes, ne formât plus à l'avenir qu'une seule République. Il ajoûta qu'il étoit persuadé qu'on ne devoit

pas

differer davantage la nomination des Decemvirs. Qu'il falloit en faire inceffamment la

proposition au Senat, & que si son éle&tion au Consulat, & celle de son Collegue étoient préjudiciables à l'établissement & à l'autorité des Decemvirs, ils étoient prêts d'y renoncer; & qu'il déclaroit qu'ils y renonçoient actuellement, & qu'ils facrifieroient encore de bon coeur leurs vies pour procurer un aussi grand bien à leur atrie, que la paix &la réunion entre leursconcitoiens,

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