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qu'on fit mourir; & la confifcation fuivoit toujours le fupplice des mal

heureux.

Le peuple qui gemiffoit fous une domination fi tyrannique jettoit les yeux du côté du Senat d'où il attendoit fa liberté. Mais la plupart des Senateurs redoutant la fureur des Decemvirs, s'étoient retirez à la campagne. Ceux qui étoient reftez dans la ville, n'étoient pas fâchez que la dureté du gouvernement préfent fit regreter celui des Confuls; & ils fe flatoient que le peuple renonceroit volontiers au rétabliffement des Tribuns fi on pouvoit les tirer de la domination des Decemvirs.

C. Claudius perfonnage Confulaire, & oncle d'Appius, fenfiblement touché de voir fon neveu s'ériger en tyran de fa patrie, plufieurs fois chercha les occafions de le joindre pour lui reprefenter à quel point il deshonoroit la memoire de fes ancêtres par une conduite fi odieufe. Mais ce Chef des Decemvirs qui redoutoit ces remontrances, éludoit fes vifites fous differens prétextes. C. Claudius ne

put jamais penetrer jufques dans fon appartement; & cet ancien Magiftrat éprouva que les tyrans ne reconnoiffent plus ni parens ni amis.

Cependant ces nouveaux Magiftrats ajoûterent deux Tables de Loix aux dix qu'on avoit promulguées l'année précedente; mais ils n'y ftatuerent rien touchant le partage des terres conquifes. On obferva même que dans les deux dernieres Tables il y avoit un article qui défendoit aux Patriciens & aux Plebeïens de s'allier par des mariages réciproques, & qu'ils avoient fait une Loi expreffe d'une ancienne Coûtume. On foupçonna que les Decemvirs n'avoient établi cette Loi nouvelle, & negligé en même tems de faire quelque reglement au fujet du partage des terres, que pour entretenir continuellement la divifion entre les deux Ordres de la République. Ils appre hendoient que fi la Nobleffe & le peuple venoient à fe réunir, ils ne tournaffent contr'eux cette ancienne animofité qu'ils avoient tant d'interêt d'empêcher qui ne s'étei

gnit. Cependant comme l'autorité de ces Decemvirs ne devoit durer qu'un an, on fe flatoit de voir expirer leur tyrannie avec la fin de l'année. Mais les Ides de May parurent fans qu'il y eût la moindre apparence de Comices, ni d'affemblées pour les élections. Les tyrans fe montrerent alors à découvert, & malgré le Senat & le peuple ils fe maintinrent dans le gouvernement fans autre droit que celui de la force & de la violence. Tout ce qui leur faifoit ombrage fut profcrit. Plufieurs citoyens fe bannirent euxmêmes de leur patrie; quelquesuns furent chercher des afiles chez les Latins & les Herniques, & Rome prefque déferte demeura en proye à ces tyrans.

Tout le monde déploroit en fecret la perte de la liberté, fans qu'il fe trouvât dans la République aucun citoyen affez genereux pour tenter de rompre fes chaînes. II fembloit que le Peuple Romain eût perdu ce courage qui auparavant le faifoit craindre & refpecter par fes voisins. Les Latins & ceux qui fe trouvoient affujettis à la domina

tion des Romains, méprifoient les ordres qu'on leur envoyoit, comme s'ils n'euffent pû fouffrir que l'Empire demeurât dans une ville où il n'y avoit plus de liberté; & les Eques & les Sabins venoient faire impunément des courses jufques aux portes de Rome.

"

Ces ennemis immortels de la République voulant profiter de la confternation où étoit le Peuple Romain, leverent deux armées. Les Sabins s'avancerent le long du Tybre jufqu'à cent quarante ftades de Rome; & les Eques après avoir ravagé le territoire de Tufculum vinrent camper près d'Algide. Ces deux Armées fembloient menacer Rome d'un Siége. Cette nouvelle furprit extrêmement les Decemvirs; il falloit qu'ils armassent de leur côté; cependant ils ne le pouvoient faire fans le concours du Senat & du peuple,& ils ne pouvoient ignorer combien ils étoient odieux aux uns& aux autres. Ils tinrent entr'eux differens confeils remplis de troubles & d'agitations. Il étoit question de décider fi on s'adrefferoit au peuple ou au Senat; & ce qui étoit le plus

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embarraffant
pour les Decemvirs
c'est qu'ils craignoient que l'année
de leur Magiftrature étant expirée
on ne leur difputât comme à de
fimples particuliers, le droit de
convocation. Enfin après bien des
déliberations, comme ces Decem-
virs étoient la plûpart du corps du
Senat, & qu'ils avoient des parti-
fans, ils fe déterminerent à le con-
voquer, & convinrent du rôle que
chacun feroit dans l'affemblée.Leurs
créatures fe chargerent de répondre
aux plaintes de ceux qui demande-
roient l'abolition du Decemvirat,
Ils prirent ce parti dans la vûë d'ob-
tenir par leur credit la levée des
troupes; & ils fe flaterent que le
peuple tout irrité qu'il paroiffoit,
ne pourroit s'y oppofer, ayant per-
du avec fes Tribuns le droit d'op-
position.

An de

Un Heraut par ordre des Decemvirs publia auffi-tôt la convo- Rome 304. cation du Senat. Ils s'y rendirent enfuite, mais ils n'y trouverent que leurs partifans. Les autres Senateurs avoient abandonné le foin des affaires publiques, & s'étoient retirez, comme nous l'avons dit, dans

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