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d’Appius son neveu pour lui representer l'injustice de son gouvernement: les domestiques par ordre de leur maître lui en avoient toujours interdit l'entrée sous differens prétextes, & ce ne fut

que

dans une assemblée aussi publique, qu'il put lui dire librement son avis.

Ce Senateur representa d'abord à l'assemblée , qu'il étoit question de deux affaires de differente espece , d'une guerre étrangere qu'il falloit soutenir , & de la necessité de remedier aux dissensions domestiques au sujet du gouvernement. Que ce qu'on appelloit guerre, n'étoit que des courses passageres de quelques partis ennemis , & qui ne s'étoient hazardez d'approcher des frontierès de l'Etat, qu'à la faveur des divifions qui regnoient dans la République. Qu'il falloit rétablir le calme & l'union dans la ville , & qu'il suffiroit après cela d'arborer les étendarts des Legions pour mettre en fuite les Eques & les Sabins, dont les Romains avoient triomphe tant de fois. Mais qu'il doutoit que le peuple voulât se ranger sous les enseignes des Decemvirs qu'il re

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gardoit avec justice comme de simples particuliers qui avoient usurpé la souveraine puissance, & qui fans l'aveu du Senat ni le consentement du peuple s'étoient perpetuez de leur autorité privée dans le gouvernement de l'Etat. Adressant ensuite la parole à Appius : " Pouvez-vous

ignorer, lui dit -il, combien une » entreprise si injuste est odieuse à à » tous les gens de bien ? & si vous en

doutez, cet exil volontaire auquel se sont condamnez nos plus illustres

Senateurs, ne vous fait-il pas assez » connoître qu'ils ne vous regardent » que comme un tyran ? Le Senat » souffre impatiemment que vous lui 3 ayez enlevé son autorité ; le peuple „ réclame la voye d'appel , ou celle

d'opposition que vous avez fuppri» mée; tous nos citoyens vous rede.

mandent les uns leurs biens qui sont » devenus la proye de vos satellites, » d'autres leurs filles que vous avez » enlevées pour satisfaire des passions » criminelles. Toute la ville & toute » la nation détestent une Magistrature

qui a détruit la liberté, aboli l'usage des Comices, usurpé l'autorité legitime des Consuls., & détruir la

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puissance des Tribuns. Rendez ála ce République le pouvoir qu'elle ne ce vous avoit confié que pour une re seule année; rendez-nous la forme ce de notre ancien gouvernement ; « rendez-vous à vous-même. Souvenez vous de votre premiere vertu , « & quittez genereusement avec un “ pouvoir injuste ce nom de Decem-ce vir que vous avez rendu si odieux.ce Je vous en conjure par nos ancêtres.se communs , par les Manes de votre ce pere cet illustre citoyen qui vous a ze laissé de si grands exemples de mo-ce deration & de zele pour la liberté ce publique. Je vous en conjure sur- e tout par votre salut & par le soin de ce votre propre vie que vous ne pou- ce vez manquer de perdre honteuse-se

. ment & dans les supplices, si vous co vous obstinez à retenir plus longtems cette injuste puissance que ce vous avez usurpée sur vos conci- « toyens.

Appius couvert de confusion par de si justes reproches, n'eut pas la force d'y répondre. On regardoit fon silence comme un aveu tacite de son injustice, & même comme une disposition prochaine à abdi

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quer le Decemvirat. Mais M. Cornelius un de ses Collegues prenant la parole & s'adressant directement à C. Claudius , lui repartit fierement, que ceux qui étoient chargez du gouvernement de la République n'avoient pas besoin de ses conseils pour regler leur conduite. Que s'il se croyoit autorisé à donner des avis particuliers à son neveu, il devoit l'aller trouver en sa maison ; qu'il n'étoit question dans le Senat que des affaires publiques, & de la necessité de prendre les armes pour s'opposer aux Eques & aux Sabins qui s'avançoient du côté de Rome, & qu'il pouvoit dire là-dessus son sentiment, sans s'égarer dans des discours étrangers à la matiere dont il s'agissoit. Claudius encore plus irrité du filence méprisant d’Appius, que de la réponse infolente de son

Collegue, se tournant vers le Senat: » Puisque mon neveu , dit-il, ne

daigne me parler ni dans sa maison » ni en plein Senat, & que je suis assez „ malheureux pour voir sortir de ma » famille le tyran de la patrie, je vous » déclare , Peres onícripts, que j'ai

résolu de me retirer à Regilc. Je

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vais me bannir moi-même deRome, & je fais serment de n'y rentrer « jamais qu'avec la liberté. Cependant pour satisfaire à l'obligation où je suis de dire mon sentimenta au sujet des affaires présentes, je ne ce crois point qu'on doive faire aucune « levée de troupes, qu'on n'ait élu ar auparavant des Consuls pour les ce commander,

L. Quintius Cincinnatus, T. Quintius Capitolinus & L.Lucretius tous personnages Consulaires & des premiers du Senat, opinerent de la même maniere, & conclurent l'un après l'autre à l'abolition du Des cemvirat. M. Cornelius un des Decemvirs , craignant que l'autorité de ces grands hommes n'entrainât les autres Senateurs , interrompit l'ordre de prendre les avis , & demanda celui de L. Cornelius fon frere avec lequel il avoit concerté auparavant le discours qu'il devoit tenir pour la défense duDecemvirat. Ce Senateur s'étant levé, se garda bien d'entreprendre de justifier ni l'autorité, ni la conduite des Decemvirs. Mais prenant un tour plus adroit, il representa seulement qu'il

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