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AN. 15 15.

LV. L'armée de France pale les Alpes par

un chemin in connu aux suif.

fcs.

Raynald. an. IS15. n. 17..

Ferron. in Lud.

XII,.

pour obliger les Suiffes à déloger de Suze, dans la crainte d'être attaquez en même-tems & par devant & par derriere; mais comme cet expedient avoit fes difficultez,

le roi eut recours à un autre..

Un payfan des terres du comte de Morette, qui avoit long-tems frequenté les Alpes, excité par l'espoir de quelque récompenfe, alla trouver fon feigneur & lui dit,qu'il fçavoit un nouveau chemin paroù les François pouvoient paffer fans rencontrer les Suiffes. Le comte en donna avis au duc de Savoye, qui l'envoya à Lyon où le roi étoit encore, & qui fe fit accompagner du paysan: celui-ci offrir de fervir de guide à l'armée ; mais on ne voulut pas acepter fes offres, fans avoir auparavant envoyé Lautrec & Pierre de Navarre pour vifiter les lieux. Ces officiers rapporterent que le passage étoit difficile par de grandes inégalitez dans les fentiers, & beaucoup de vuides à paffer d'un rocher à un autre; mais qu'on pouvoit applanir les uns & combler les autres. Sur leur rapport on leur donna quatre mille pionniers qui précederent les troupes destinées au passage, pendant que le refte de l'armée faifoit mine de marcher par le grand chemin pour amufer les Suiffes. Om employa la fappe & la mine, on fe fervit de ponts decommunication, on remplit de fascines les endroits qui pouvoient estre comblez; on traverfa les cols de l'Argentiere & de Guillétre, on penetra jusqu'au rocher faint Paul qu'il fallut ouvrir; on arriva au mont de piedde-porc, au travers duquel Navarre fe fit une voye;, on y fit paffer le canon, & par l'industrie des ingenieurs & le travail des foldats, l'armée arriva le foir du huitiéme jour dans le marquifat de Saluces, fans Suiffes en cuffent été informez..

que les

LVI.
On furprend

Profper Colonrie du pape. Ferron.inFranc.

Raynald. and

Tandis que l'armée achevoit de fe raffembler, la Pa- AN. 1515. lice penetra dans le païs,& arriva proche Ville-franche, où Profper Colonne, qui commandoit la cavalerie du à Ville franche pape, s'étoit avancé dans le deffein de foutenir les Suif-ne & la cavalefes. Les troupesFrançoises parurent aux portes de la ville, lorsqu'on les croyoit encore dans la montagne; el- 44. s. les forcerent les foldats du pape, & les firent tous pri- 1515. n. 17. fonniers avec profper Colonne leur chef. Le butin fut de tout le bagage, & d'environ mille chevaux de fervice. Cette prife de la cavalerie du faint fiége déconcerta les mesures que le pape, l'empereur & le roi Catholique avoient prifes; les Suiffes ne penferent plus qu'à leur retraite, & après avoir faccagé Chiras & Verceil fur leur route, ils vinrent occuper le pofte de la Riota proche Novarre.Le pape qui ne s'étoit engagé dans la ligue que par la confiance qu'il avoit dans la valeur de Colonne,, perdit l'envie de continuer la guerre, & manda à Laurens de Medicis fon neveu, qui avec les troupes du faint fiége alloit joindre les Suiffes, de ne pas s'écarter des villes du Pô, & de fe tenir à portée de Boulogne dont il craignoit que les Bentivoglio ne vinffent fe faifir. Il s'adreffa au duc de Savoye pour le prier de le reconcilier avec le roi très-chrétien : le duc accepta la médiation; mais le confeil de François I. vouloit obliger fa fainteté à reftituer tout ce que Jules II. fon prédeceffeur avoit pris dans le Milanez, & fur tous les Alliez de France; & elle avoit affez envie de s'y foumettre à la follicitation de Bibiena fon favori qu'on avoit gagné ; mais Jules de Medicis, fon coufin-germain, s'y oppofa de toutes fes forces, & obligea le pape à fufpendre fa ré-folution jufqu'à ce qu'il fe vît plus preffé.

L'armée de France s'avançoit toujours: du mont

A a a iij

AN. 1515.

arrive à Turin

& veut gagner

les Suifles,

LVII.
Les Suiffes pa-

roiffent difpo

fez à un accommodement. Guicciard.l.12.

Paul. Fov. 115.

faint Paul le roi vint coucher à Coni, de-là à Carmagnole, & enfin à Montcallier. Le duc de Savoye le reCut à l'entrée de cette derniere ville, & le conduifit à Turin, où l'on prit la réfolution de gagner les Suiffes, en leur offrant une fomme d'argent, pour les faire retourner dans leur païs. Sa majeste apprit qu'il y avoit beaucoup de divifion entre eux; & que le cardinal de Sion étoit fi fortement broüillé avec le colonel Albert de la Pierre, un des premiers officiers, que celui-ci avoit débauché vingt-cinq enfeignes qu'il avoit ramenez dans le canton de Berne. Le roi crut que l'occafion fe préfentoit de traiter plus facilement avec eux. Le cardinal de Sion apprit qu'Aymar de Prie, après avoir débarqué à Génes, n'avoit eu qu'à fe préfenter devant Alexandrie & devant Tortone pour y être reçu. Cette nouvelle l'arrêta tout court, parce que ne fçachant pas précifément le lieu où pouvoient être les troupes du pape qu'il cherchoit, il craignit de s'engager mal à propos; fa majesté voulut profiter de ces conjonctures, elle étoit arrivée à Verceil, elle avoit écrit à de Prie de ne plus traverser la jonction des Suiffes, mais plûtôt de la favorifer, afin qu'ils puffent tous enfemble envoyer leurs députez à Verceil, pour traiter de la paix, & même elle leur avoit envoyé le paffeport dont ils avoient befoin. Tout étoit dispose à un accommodement prochain; le duc de Savoye qui fuivoit fa majesté ne cessoit de lui reprefenter qu'une paix certaine valoit mieux qu'une Victoire qui feroit toujours au pouvoir de la fortune, quoiqu'elle parut indubitable. L'armée du pape & celle du roi Catholique n'arrivoient pas, ces princes n'avoient rien payé des cinquante mille écus, qu'ils devoient faire toucher aux Suiffes chaque mois. Ceux-ci

s'étoient mutinez & avoient pillé la caiffe du commiffaire apoftolique ; un grand nombre avoit repris le che- AN. 1515. min de leur païs, malgré les remontrances du cardinal de Sion, qui vouloit leur perfuader de fe battre fans être payez. Enfin, le roi que la fortune continuoit de favorifer, en le rendant maître de Novarrre auffi-tôt que les Suiffes en furent fortis, avoit ordonné à Lautrec de conclure l'accord, quelque exorbitantes que fuffent les propofitions des Suiffes à Verceil, en forte que la négociation étoit déja fort avancée, & prête à être concluë, lorsqu'ils reçurent la nouvelle que vingt mille de leurs compatriotes, commandez par le colonel Roft, étoient en chemin pour les joindre; ce colonel en effet arriva, & ayant rencontré en chemin Albert de la Pierre qui s'en retournoit avec ceux de Berne, l'obligea de revenir avec lui, fous l'efperance du butin confiderable qu'ils alloient faire, & de la réputation qu'ils fe feroient. Il n'en fallut pas davantage pour arrêter le traité de Verceil; le cardinal de Sion reprit fon crédit à la faveur du renfort, & de l'argent d'Espagne que les Suiffes venoient de toucher, & ils promirent d'attendre à Galera, où ils étoient déja arrivez, le fecours qui venoit de leur Ferron,inFrance pais. Dès que François I. eut appris cette rupture, il continua fon entreprise: Pavie lui ouvrit fes portes, & par-là il fe procura un paffage fur le Tefin, qui facilita beaucoup l'approche de Milan, aux fauxbourgs de laquelle Trivulce s'avançaavec fon avant-garde,dans l'efperance que cette ville fe déclareroit pour le roi ; mais ne voulant rien précipiter, les bourgeois firent dire à fa majefté, que ce n'étoit pas manque d'attachement à la France, qu'ils avoient à craindre Maximilien Sforce, & que quand il feroit tems, ils lui donneroient

LIX.

Ala nouvelle du arrive, ils refucommodement.

renfort qui leur

fent tout ac

I.

Memoires du

des preuves convainquantes de leur attachement, & du AN. 1515. defir qu'ils avoient de vivre fous fa domination. Le roi content de leurs excuses, vint à Biagrasse pour couvrir les troupes que de Prie commandoit fur la droite du Pô, pendant que le vice-roi Cardonne, après avoir laiffé à Veronne Marc-Antoine Colonne, avec un gros détachement, marcha fur la gauche du Pô, pour cacher sa marche à l'Alviane qui.commandoit l'armée Venitienne. Le vice-roi paffa ce fleuve à Oftiglia, & vintjoindre l'armée du pape à Plaifance; il voulut enfuite joindre les Suiffes à Monza, mais l'Alviane qui le fuivoit en queue, renverfa toutes les mesures & l'empêcha de repaffer le Pô.

LX.

On empêche la

pagnols & des Suifles.

Le lendemain l'armée Françoise vint camper à Majonction desEf rignan, précisement entre Monza où étoient les Suiffes, & Plaifance où fe trouvoit Cardonne; ce qui rendoit la jonction impoffible parce que le vice-roi étoit obligé de paffer fur le ventre aux François & aux Venitiens pour joindre les Suiffes. Les confederez fûrent donc obligez de fe mettre à couvert fous le canon de Plaifance, & l'Alviane jugeant qu'ils ne fortiroient pas de leur pofte, s'avança dans le Crémonois jufqu'à Lody fans trouver d'ennemis. Comme les François & les Venitiens en demeurant tranquilles ruinoient les affaires de leurs ennemis, on crut que les Suiffes fe lafferoient d'être refferrez dans leur camp par la cavalerie Françoife qui les harceloit ; ils n'avoient que huit cens chevaux legers de Sforce, & ils ne pouvoient efperer de cavalerie du camp des confederez; dans cette conjoncture il n'étoit pas vraisemblable qu'ils ofaffent attaquer l'armée Françoife qui avoit plus de deux mille hommes d'armes, & où le roi commandoit en perfonne, d'autant plus

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