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pape demandoit, tant pour jouir du plaifir de voir la cour de Rome, & de faire voir la fienne au facré college, que pour travailler à la réconciliation des princes d'Italie, déclarez pour la France avec le faint fiége. Leon X. avoit fes vuës; comme il avoit un talent admirable pour bien manier les efprits, il fe flattoit d'obtenir du roi de France une bonne partie de ce qu'il voudroit, entre autres l'abolition de la fameufe pragmatique, contre laquelle fes prédeceffeurs s'étoient fi inutilement aheurtez. De plus fa fainteté, pour favorifer le duc de Savoye,avoit créé deux nouveaux évêchez, l'un à Chambery, l'autre à Bourg en Breffe, fans le confentement de François I. & des évêques de France, dont on démembroit les diocéfes, ce qui les avoit obligez d'en appeller comme d'abus; d'un autre côté le pape qui ne confidéroit plus tant le duc de Savoye, vouloit bien accorder au roi la fuppreffion de ces deux évêchez; mais il prétendoit la faire acheter par une abolition entiere de la Pragmatique-Sanction, qui depuis long-tems fervoit de digue aux officiers de la cour de Rome, quand ils agiffoient contre les canons.

le

AN. 1515.

LXXVII Entrevue du pa

pe

& du roi de

France à Boulo

gne.

Grafis

Paris de
Bemb. i. 11. ep.

t. 4. p. 125.4 1.

9.

Raynald. hoc

La ville de Boulogne fut choisie pour le lieu de l'entrevue, & le pape témoigna un fi grand défir de voir fa majefté, qu'il s'offrit de faire les trois quarts du chemin. Ilarriva en effet le premier dans cette ville dès huitiéme de Décembre, & le roi n'y vint que deux jours après; quatre des principaux prélats de la cour Romaine allerent audevant de lui jufqu'à Parme, & deux cardi- 4. n. 24. 29. naux légats jufqu'à Reggio; ces deux cardinaux étoient B. in annals de Fiefque & Medicis qui fut depuis le pape Clement VII. Ils l'étoient venu recevoir en cette qualité de légats jufques fur les bords de l'Alenza qui féparoit alors l'état

30.35.

boc an.

de Milan des terres du pape. Le lendemain de l'entrée AN. 1515• du roi dans Boulogne le pape le reçut dans un confif toire, & lui rendit les honneurs qui lui étoient dûs : le roi préta à Leon l'obédience, que les princes catholiques rendent aux papes au commencement des nouveaux regnes, le chancelier Antoine du Prat portant la parole à genoux, pendant que le roi la confirmoit de bout, couvert, baiffant la tête & les épaules. Le jour de fainte Luce treiziéme de Décembre, le pape célebra folemnellement la meffe, où le roi affifta & donna de Le pape fait car l'eau au fouverain pontife pour laver fes mains. Le lendemain le pape donna le chapeau de cardinal à Adrien Gouffier de Boify alors évêque de Coûtances, puis d'Alby, légat en France, & frere d'Artus Gouffier grand `maître & favory du roi François I..

LXXVIII.

dinal Adrien

Gouffier évêque de Coûtance. Ciaconius in vit.

pontif. t. 3. p. Brizon, in Gall.

344.

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Trois mois avant, c'est-à-dire, le dixième de Septem bre, fa fainteté avoit accordé la même faveur à Thomas Volfey archevêque d'York, & premier miniftre du roi d'Angleterre. François I. pour engager ce prélat à fe dé-fifter de l'évêché de Tournay qu'Henry VIII. lui avoit donné lorsqu'il prit cette ville, lui avoit promis de lui procurer une place dans le facré college. Volfey fouhaitoit paffionnément cette dignité; il avoit efperé fucceder à Bambridge dans le cardinalat, comme il avoit été fon fucceffeur dans l'archevêché d'Yorck.Il avoit même employé pour le folliciter en fon nom le cardinal Adrien. Corneto nonce du pape en Angleterre; mais ce cardinal au lieu de le fervir, lui rendit de mauvais offices, ce qui irrita tellement Volfey, qu'il fit mettre à la tour Polydore Virgile, commis par Corneto pour faire la charge de foûcollecteur du pape dans le royaume. Polydo re fut environ un an prifonnier dans la tour, & ce fu

rent le pape & le cardinal Jules de Medicis qui obtinrent fa liberté; inais il en refta toûjours quelque aigreur AN. 15 15. dans l'efprit de Polydore, & c'est pour cela que dans fon hiftoire d'Angleterre, il ne ménage pas Volley. Celui-ci au refte étoit un homme fort ambitieux : dès qu'il eût fçu par un courier du roi de France qu'on l'avoit fait cardinal, il ne put s'empêcher de faire éclater fa joïc; mais loin d'en marquer fa reconnoiffance à François I. qui avoit contribué plus que tout autre à lui procurer cette dignité, il chercha à le brouiller avec le roi d'Angleterre.

LXXX

rent traitées à Rome entre le

çois I. Guicciard. 1.12..

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Belcarius, k-151

Le fujet des conferences que le pape eut à Boulogne, Affaires qui fara avec le roi de France durant les trois jours que fa majefté y demeura, roula dabord fur la confirmation de leur alliance; fa fainteté promit de donner paffage par l'état ecclefiaftique à l'armée Françoife, & de lui fournir toutes les munitions de guerre & de bouche dont elle auroit befoin, parce que fon engagement avec le roi Catholique finiffoit dans ce tems-là. Le roi demanda ensuite que fa fainteté reftituât au duc de Ferrare, Modéne & Reggio que Jules II. lui avoit enlevées, à quoi le pape confentit avec affez de peine pourvû qu'on le rembourfât de fes frais & des quarante mille écus, que fon prédeceffeur avoit comptez à l'empereur pour avoir ces: deux villes. L'affaire du duc d'Urbin fouffrit beaucoup plus de difficultez : ce duc feudataire de l'églife étoit obligé de fervir dans l'armée commandée par Julien de Medicis; mais celui-ci étant mort, & le pape ayant donné le commandement à Laurent de Medicis neveu de Julien, le duc refusa de fervir fous un jeune homme qui avoit à peine dix-huit ans, dans une armée où il avoit commandé en chef sous Jules II. De plus ce duc avoit Ccc iij

AN. ISIS.

LXXXI.

Le pape ne veut

pas pardonner

1515. n. 81.

fait entendre à François I. que fon inclination feule l'avoit empêché de fe trouver dans une armée destinée à combattre les François, & l'on ajoûtoit, pour le rendre plus odieux, qu'il avoit voulu engager le roi après la bataille de Marignan à fe présenter devant Florence, où les habitans lui auroient ouvert infailliblement leurs portes.

Le pape avoit déja commencé des poursuites juridiau duc d'Urbin. ques contre ce duc, & lorsque le roi voulut parler en fa Raynald. ad an. faveur, on lui répondit que c'étoit un rebelle & qu'il Guicciard. l. 12. en falloit faire un exemple;& plus ce prince infiftoit pour engager le pape à ne point inquieter son feudataire, plus fa fainteté fe défendoit avec fermeté pour ne rien promettre de pofitif; en forte que le roi fut contraint de s'en tenir à la parole que lui donna Leon X. de s'appaifer, dès que le duc d'Urbin luiferoit une fatisfaction convenable. Ce qui rendoit le pape inflexible,étoit que fon état paroiffoit trop à la bienféance de la maison de Medicis, pour laiffer échaper un prétexte de l'ufurper, quelque leger qu'il fut, puifqu'il confinoit à la Tofcane, & qu'en le joignant à l'état de Florence on eût formé une fouveraineté qui fe feroit étendue depuis la mer de Tofcane jufqu'au golfe de Venife. C'eft ce qui fit qu'on rendit le duc d'Urbin plus coupable qu'il n'étoit, parce qu'on vouloit le dépouiller de fon

LXXXII.

Affaires concer

nant le Royau

me de Naples &

état.

Deux autres affaires furent mifes enfuite fur le tapis nadas à Boulogne, la conquête de Naples & la paix entre la paix des Ve- l'empereur & les Venitiens. Le pape ne pouvoit concevoir que le roi bornât fes conquêtes à l'état de Milan, & qu'il ne voulût pas dans la fuite repaffer les Alpes pour venir fe rendre maître du royaume de Naples, le

nitiens avec l'empereur.

pouvant alors fi facilement, qu'il n'avoit qu'à fè presenter pour recevoir le ferment des peuples, d'autant AN.1515. mieux que Cardonne n'avoit ni argent ni crédit pour rétablir les troupes qui étoient affez mal en ordre. D'où il concluoit que pour conferver ce royaume à l'Espagne, il falloit détourner François I. d'en entreprendre la conquête jufqu'à la campagne prochaine, & il y réüffit; il periuada au roi qui n'étoit pas prêt pour cette expedition, de la remettre après la mort du roi Catholique, "ilne vivra pas long-tems, (lui dit-il, )

fon âge & fes infirmitez le menacent d'une mort prochaine;,, le roi confentit à differer. Quant à la paix entre l'empereur & les Venitiens, tous deux réfolurent d'envoyer le general des Auguftins à l'empereur, pour exhorter ce prince à rendre aux Venitiens Verone & Bresse moyennant une certaine fomme d'argent, puifqu'il ne pouvoit conferver ces deux places, contre les forces de la République jointes à celles des François qui étoient maîtres de l'état de Milan.

LXXXIII.

France l'aboli

Il ne reftoit plus que l'affaire de la pragmatique fanc- Le pape deman tion, dont le pape demandoit abfolument l'abolition. de au roi de En l'établiffant on n'avoit eu d'autre deffein que de tion de la prag maintenir l'ancienne difcipline de l'église de France tirée tion. matique-fanedes premiers conciles; mais la cour de Rome qui avoit fubftitué les decrets des papes en la place des anciens canons, ne pouvoit fouffrir qu'on eût borné en France l'ufage de fa jurifdiction, lorfqu'elle étoit abfolue dans la plupart des états de l'Europe, & regardoit la pragmatique comme un ouvrage de tenebres formé dans le fchifme, pour empêcher l'agrandiffement du pouvoir des papes. De-là vinrent les efforts que firent Pie II. fous Louis XI. Alexandre VI. fous Charles VIII. & Jules II..

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