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AN. 1515.

LXXXIV.

Le Chancelier chargé de l'afmatique fanc timent de l'abo

faire de la prag

tion, eft du fen

lir.

fous Louis XII. pour abolir cette pragmatique. Ces efforts heureusement avoient été inutiles jufques ici; mais François I. eut la foibleffe d'y ceder, par le défir violent où il étoit de rentrer dans la poffeffion dont fes prédeceffeurs de la premiere race, & d'une grande partie de la feconde avoient joui, de nommer aux évêchez de leur état. Ce prince impatient de retourner à Paris laiffa la conduite de toute cette affaire au chancelier du Prat qui étoit d'avis qu'on abolît la pragmatique-fanction, & qu'on fit un concordat, par lequel le pape remettroit au roi de France le droit de nommer aux benefices de France & du Dauphiné, & le roi accorderoit au pape les annates de ces grands benefices fur le pied du revenu courant. Cet avis qui montroit beaucoup d'ignorance,ou une ame vendue à l'interêt, rendit ce chancelier odieux à tous les gens de bien, & fur tout aux feigneurs de la fuite du roi, qui ne vouloient point qu'on mit une affaire de cette importance en négociation; mais du Prat sans avoir égard à leurs plaintes fuivit les ordres qu'on lui avoit donnez & agit avec les cardinaux d'Ancone & Santiquatro que le pape nomma de fon côté. Le roi & le pape fe feparerent donc affez contents l'un de l'autre en apparence. Le pape fit préfent au roi d'une partie de la vraye Croix de la groffeur d'une noisette, enchaffée dans une croix d'or enrichie de pierreries de la part de Boulo- Valeur de quinze mille ducats; & François I. partit de Boulogne avec ce préfent le quinziéme de Décembre, & prit la route de Milan; ce n'avoit pas été d'abord fon intention, il vouloit revenir à Paris, mais il avoit encore à traiter avec les Suiffes. Ce traité fut conclu aux mêmes conditions qu'on avoit propofées & même acceptées de part & d'autre avant la bataille de Marignan;

LXXXV.

Le roi de France

gne & retourne à Milan.

mais cinq des treize cantons refuferent de le ratifier, parce qu'il les obligeoit à reftituer les places de l'état de Milan, qu'ils occupoient depuis l'an 1512. Les autres huit cantons l'accepterent aux conditions fuivantes. I. Qu'on leur donneroit les fix cens mille écus promis, payables en trois mois, outre leurs penfions qui feroient continuées. II. Que les Suiffes ferviroient la France envers & contre tous, excepté le pape, L'empereur & l'empire; qu'ils rendroient les vallées du Milanès, & qu'ils ne feroient point obligez d'agir contre leurs compatriotes, lorsqu'on entreprendroit de reprendre fur eux ce qu'ils poffedoient du Milanès. Après ce traité, le roi repaffa les Alpes.

Avant l'entrevuë de Boulogne, il y avoit eu dans le mois de Juillet une affemblée affez célebre à Vienne en Autriche, entre l'empereur Maximilien, Uladislas roi de Bohême & de Hongrie, Sigifmond roi de Pologne fon frere, & le jeune roi Louis fils du même Uladiflas. Les cardinaux de Gurk & de Strigonie s'y trouverent avec l'évêque de Feltri, nonce du pape Leon X. les ambaffadeurs des rois d'Arragon & d'Angleterre, beaucoup d'autres prélats, princes & feigneurs d'Allemagne, de Hongrie, de Pologne, & d'autres états voifins. On y traita particulierement des moyens d'affurer la paix entre ces princes par differens mariages qui furent propofez ; celui du jeune roi Louis avec Marie petite-fille de l'empereur, celui de l'archiduc Charles avec Anne fœur du même Louis, afin que par-là on rétablît l'ancienne intelligence de la maison d'Autriche, touchant la fucceffion des royaumes de Hongrie & de Bohéme, en cas qu'Uladiflas ne laiffât point d'enfans mâles pour lui fucceder. On y parla auffi de la guerre conTome XXV Ddd

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tre les Turcs, & d'une députation aux Venitiens, pour AN. 1515. la paix entre les Mofcovites & les Polonois fous d'honnêtes conditions, & des moyens de remettre les chevaliers de Pruffe fous l'obéiffance desPolonois, & de beaucoup d'autres chofes.

LXXXVIII.

affiégent Se

hift.des Turcs, 1.13.11.20.

Selim empereur des Turcs, prit l'épouvante de cette affemblée, d'autant plus que le bruit courroit que le but qu'on s'y propofoit, netendoit qu'à des préparatifs pour lui faire la guerre; mais informé par fes émiffaires, que le tout s'étoit paffé en difcours, qui ne concluoient rien, en harangues magnifiques, en repas fomptueux, Les Hongrois & plufieurs parties de divertiffemens, il porta la guermendria. re en orient. Les Hongrois cependant vinrent af Chalcandy, fieger Semendria, ville de la Servie fur le Danube, à dix lieuës au-dessous de Belgrade; Etienne fils de Batori, commandoit à ce fiége, & Alifbeg fils de Jachia Baffa étoit gouverneur de la place. Il envoya auffi-tôt un courrier à Selim, qui étoit alors en Afie au fiége de Kemach, & qui manda à Alisbeg d'envoyer dans toutes les provinces voifines pour affembler tous les gouverneurs, afin qu'avec leurs troupes ils vinffent fecourir Semendria. Déja les Hongrois avoient fait leurs retranchemens, & difpofé leur artillerie, & avoient tellement endommagé les murailles avec une batterie continuelle, qu'ils étoient prefque affurez de prendre la place; mais ils furent étonnez de l'arrivée des Turcs, qui fe trouvoient en grand nombre; la confufion fe mit dans leur armée, & tous les foldats ne penfèrent qu'à fe fauver.Ils furent pourfuivis,on fit quelques prifonniers qui furent enchaînez. Cette nouvelle fut reçue de Selim avec beaucoup de joye, & en reconnoiffance il donna ordre au Bacha Januses d'aller ravager la Boffine.

L'Espagne perdit deux grands hommes dans cette an- AN. 1515.

ni re

née. Alphonfe d'Albuquerque Portugais, viceroy des Indes, & Fernandès Gonfalve, furnommé le grand Capitaine. Le premier étoit à Ormutz pour les affaires de la couronne de Portugal, & y étant tombé dangereufement malade d'une violente diffenterie, il s'embarqua pour se rendre à Goa. Ayant appris en chemin l'arrivée de Lope Suarez fon fucceffeur, il en cut tant de chagrin, qu'il ne pût ni diffimuler fa douleur, tenir fes plaintes; ce qui augmenta fi confiderablement fon mal, que l'on commencât à défefperer de fa fanté. Dès qu'il fe fentit proche de Goa,il donna ordre qu'on fit venir au plûtôt fon confeffeur, avec lequel il regla les affaires de fa conscience, & mourut un matin après avoir reçu les facremens de l'églife, & dans de grands fentimens de pieté. Il n'avoit point été marié, & il ne laiffa qu'un fils naturel qu'il eut d'une esclave dans les Indes; il écrivit en fa faveur au roi de Portugal, pour le lui recommander, & fa majefté après lui avoir changé fon nom de Blaife en celui d'Alphonfe, lui donna de grands biens, & le maria richement. Alphonfe fon pere fut enterré à Goa dans une fuperbe chapelle qu'il y avoit fait bâtir en l'honneur de notre Dame.

LXXXIX.

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n.

XC.
Mort de Fer-`

Mariana, l. 30

12.

Guicciard. I.

Le fecond fut Gonfalve. Il étoit à Loxa, & fe voyant prefque à l'extrémité, il fe fit tranfporter en chaise à nandès GonGrenade, pour voir file changement d'air pourroit lui rendre la fanté. Toutes ces précautions furent inutiles; il mourut peu de tems après fon arrivée le deuxième de Décembre 1515.âgé de foixante & douze ans ; il ne laiffa que des filles; fon aînée nommée Elvire, herita de tous fes biens. Ferdinand lui fit rendre des honneurs extraordinaires dans toute l'Espagne; Pierre de Angleria

Pet. de Angl. ep. 557.

De Thou, hist.

1. 1.

Brantome vie dés capit. Vie du card. Xi

AN.IS 15. men. t. 2.l. 5.P.

99.

XCI.

Le roi Catho

états de Caftille

à Burgos. Mariana,lib. 30.11.116.

Milanois, fit son oraison funebre, où il déplora fort le malheur du royaume, d'avoir perdu un fi grand capitaine, qui avoit acquis une éternelle réputation à la monarchie.

Le roi Catholique avoit paffé la semaine fainte àMelique tient les jorada, dans la résolution d'affembler les états de Caftille à Burgos, & ceux d'Arragon à Calatayud. Il envoya la reine fon épouse en Arragon pour y préfider en fon nom; & pour lui il fe rendit en diligence à Bur. gos, dans l'efperance d'obtenir des états une grande fomme d'argent, dont il avoit befoin pour augmenter Les armées, & fortifier fes places frontieres. Il expofa aux Caftillans la fituation où il fe trouvoit, & l'épuisement entier de fes finances, & il en obtint quatre cens mille écus. Ce fut dans ces états qu'il unit à la couronne de Caftille le royaume de Navarre, qui jusqu'alors avoit toujours été uni à celle d'Arragon. On préfume qu'il ne le fit que du confentement de la reine Germaine fon épouse, qui n'avoit point d'enfans, d'autant plus qu'on voit que trois ans après elle renonça à son droit dans les états de Sarragoce, en faveur de Charles d'Autriche roi de Caftille & d'Arragon, auquel elle le tranfporta. Les Arragonois ne furent pas fi complaifans que les Caftillans; ils refuferent au roi le fubfide qu'il demandoit, Maia30. à moins qu'on n'ôtât aux vaffaux des grands feigneurs la permiffion de recourir à l'autorité du roi par la voye d'appel; leur obftination fut fi grande, qu'ils ne voulurent jamais ceder. Ferdinand qui étoit très-malade à Burgos, informé de ce qui fe paffoit en Arragon,manda au chancelier de le venir trouver. A peine fut-il arrivé à Aranda fur le Duero, où étoit fa majefté Catholique, qu'il fut arrêté dans fon logis, & conduit prifonnier

XCII.

Les Arrago

no srefulent un

fubfide à Ferdinand.

n. 118.

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