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peché; qu'auffi-tôt qu'on a donné quelques aumônes, Fame de celui qu'on veut retirer du purgatoire s'envole AN.1517. au Ciel ; que par leur moyen l'homme pécheur eft auffitôt réconcilié à Dieu fans autres bonnes œuvres. Il les accufe de faire des exactions fur le peuple contre l'intention du pape ; de défendre qu'on prêche dans les autres églifes, afin d'avoir plus de monde aux fermons qu'ils font fur ces indulgences; d'avancer d'une maniere fcandaleufe, que les indulgences du pape ont tant de vertu, qu'elles pourroient abfourdre un homme qui par impoffible, auroit violé la mere de Dieu; que la croix avec les armes du pape, est égale à la croix de Jefus-Chrift; qu'au refte la maniere licentieuse dont on prêche les indulgences, fait demander au peuple, pourquoi le pape ne délivre pas par un motif de charité tou-tes les ames du purgatoire? pourquoi il souffre des anniverfaires pour les morts, fi ceux-ci font infalliblement délivrez du purgatoire par les indulgences? pour quoi le pape étant firiche, fait bâtir une église aux dépens des Fideles? Si l'on dit que le pape dans la diftribu-tion de fes indulgences ne cherche que le falut des ames, pourquoi fufpend-il les anciennes qui doivent être auffi efficaces? Il ajoute, que le peuple ne feroit point ces questions si l'on prêchoit les indulgences suivant l'in-tention de l'églife; & pour montrer qu'il ne vouloit ni les attaquer, ni les détruire, il s'exprime dans ces termes dans la foixante & onzième propofition: Si quelqu'un nie la verité des indulgences du pape, qu'il foit anathême.

Enfuite Luther.fe jetta fur deux articles ; il enfeigna que ce qui nous juftifie n'étoit rien en nous, & que nous fommes juftifiez feulement parce que Dieu nous impute la juftice de Jefus-Chrift comme fi elle eût été la nôtre

XXXIX. Sentiment de

Luther fur la ja l'efficace des Sacremens.

ftification & Tur

AN.1517. propre, & parce qu'en effet nous pouvons nous l'apLuther. ferm.de proprier par la foy; & cette foi justifiante confiftoit, Indulg. fol 61. felon lui, à croire chacun dans fon cœur que tous nos

XL.

des thefes con

de Luther.

pechez nous étoient remis; on étoit justifié, (difoit-il,) dès qu'on croyoit l'être avec certitude; cependant on n'étoit pas affuré de la fincerité de fa penitence, puif«qu'il dit qu'on n'étoit pas même assuré de ne pas commettre plufieurs pechez mortels dans fes meilleurs œuvres, à caufe du vice très-caché de la vaine gloire & de l'amour propre, fondé fur la diftinction qu'il mettoit entre les œuvres des hommes & celles de Dieu; comme fi les bonnes œuvres des hommes n'étoient pas en même-tems des œuvres de Dieu, puifqu'il les produit par fa grace. On voit dans ces propofitions un efprit qui s'égare, parce qu'il quitte le chemin de la vraye foi, Parmi les autres propofitions qu'il debitoit tous les jours, , il y en eut une qui révolta le peuple contre lui. Pendant que l'Allemagne menacée par le Turc prennoit de justes mesures pour lui refifter, il établit ce principe, qu'il falloit vouloir non feulement ce que Dieu veut que nous voulions, mais abfolument tout ce que Dieu veut, d'où il concluoit que, combattre contre le Turc, c'étoit refifter à la volonté de Dieu qui nous vouloit vifiter. Cette these fit beaucoup d'éclat,

Ses propofitions fur les indulgences ne furent pas Terzel public plûtôt rendues publiques, que l'inquifiteur de la foi, raires à celle Jean Tetzel religieux Dominiquain, & le premier des Cochlaus, de vit. commiffaires pour la publication des indulgences, pués feript. Luth. blia cent fix propofitions contraires à celles de Luther; D'argentré mais en voulant s'oppofer aux excez de cet heretique, nov. error. t. 1. il tomba lui-même dans d'autres excez.

an. 1517.

collect. judic. de

P. 357.

Hift. geft. in ec

Ces thefes qui furent foutenues à Francfort fur l'Q

AN. 1517.

clef.memor.aut.

Ulemburg.in

tber.c.2..

der, portoient que la fatisfaction étant une partie de la penitence impofée par le prêtre, ou par les canons, le Pepe peut fe fervir des indulgences pour remettre toute la Bizardiere. cette peine. Terzel avoue que les fideles ne font pas dif- Paris. p.12. penfez des œuvres & des mortifications qui gueriffent vita & geft.Lur & préfervent du peché; que les miniftres de l'église ne déclarent pas feulement les pechez remis, mais qu'ils les remettent veritablement par les facremens, & en ver-tu du pouvoir des clefs; que les pechez ne font point remis fans le facrement de penitence; que néanmoins la contrition peut fuppler dans le cas de néceffité, mais qu'elle ne fait que changer la peine éternelle en une peine temporelle qu'on fouffre en l'autre vie ; que l'églife peut impofer des peines à fouffrir après la mort, & qu'il vaut mieux envoyerun penitent en purgatoire avec une petite penitence qu'en enfer en lui refufant l'abfolution; comme fi l'abfolution pouvoit quelque chofe fans l'efprit de penitence, & même fans les œuvres fatisfactoires quand on les peut accomplir.

Ilajoutoit, qu'on peut dire que les morts font fujets aux loix de l'églife, puifque les heretiques, les fchifmatiques, & les impies font quelquefois excommuniez après leur mort; que le pape en accordant des Indul-gences plenieres, n'entend pas feulement remettre les peines qu'il a impofées, mais en general toutes les pei-nes; qu'il n'eft pas vrai que le pape ne remette aux ames dupurgatoire, que la peine qu'elles auroient fouffertes en cette vie felon les canons; que pour recevoir la grace des Indulgences, il n'eft pas neceffaire d'avoir la contrition, qu'il fuffit d'avoir une attrition qui, avec le facrement, rend l'homme contrit; que le pape peut appliquer les Indulgences en forme de fuffrages aux ames du

purgatoire, quoiqu'il n'ait pas le pouvoir des clefs fur AN.1517. elle, & qu'il n'y a point d'inconvenient qu'une ame aille au ciel dans le moment que l'on fait quelques aumônes à cette intention; qu'on peut être fûr moralement d'avoir gagné les indulgences, dont on peut faire valoir la vertu, en enseignant toutefois la pratique des bonnes œuvres; que les indulgences, quoique moins méritoires que la charité, remettent plus promptement la peine; que les aumônes fpirituelles étant preferables aux temporelles, celui-là mérite davantage qui rachete fes pechez par l'indulgence, que celui qui donne l'aumône aux pauvres, à moins qu'ils ne fuffent dans une extrême néceflité; que quoique le rachat des indulgences ne foit pas de précepte, il eft néanmoins de confeil, & qu'on doit avertir les peuples que la foi, la devotion & la confiance font neceffaires pour rendre les indulgences utiles; que les tréfors de l'églife font les mérites des Saints; que quelque énormes que foient les pechez, ils peuvent être remis par les indulgences à ceux qui font veritablement contrits; que faint Pierre, tous les vicaires, & même le pape Leon ont un pouvoir égal & une même autorité dans l'églife.

XLI.

Il répond aux aux objections

reproches &

de Luther.

Cochlaus, de act.

& Jeript. Luth.

Tetzel après avoir avancé ces propofitions, dans la plû part defquelles on voit beaucoup d'ignorance & de fauf feté, cenfure enfuite & taxe d'erreur celles de Luther. Il l'accufe d'en impofer aux prédicateurs des indulgences, lorfqu'il leur reproche d'avoir prêché, que fi un homme, parimpoffible,avoit violé la mere de Dieu,ils pourroient 1517. n. 64. & Tabfoudre en vertu des indulgences; d'employer plus de temsà prêcher les indulgences quel'évangile,& autres reproches. Il réfout enfuite les queftions que Luther avoit propofées au nom desFideles,& dit fur la premiere que,

an 1517. Raynald. an.

65.

Surius in com

ment. an. I 517.

comme

pur

comme Jefus-Chrift ne peut pas abandonner entierement fa juftice, le pape ne peut pas non plus par fa puiffance ordinaire & reglée, délivrer toutes les ames du gatoire: fur la feconde, que les anniversaires étant fondez à perpetuité, ne doivent pas être fupprimez après la délivrance des ames des fondateurs ; que d'ailleurs ils ne font pas inutiles, puifqu'ils fervent au foulagement d'autres ames, à l'augmentation du mérite des vivans, & au comble de l'honneur divin. Sur la troifiéme que, quoique les canons ne foient plus en ufage à caufe de la foibleffe des pénitens, les hommes méritent toujours les mêmes peines qui leur font remises par les indulgences. Sur la quatrième, que c'eft plûtôt par pieté que par avarice que le pape ne bâtit pas l'églife de faint Pierre à fes propres frais, afin de pouvoir procurer à ceux qui y contribuëront, un moyen de racheter leurs pechez, outre que cette église étant commune à tous les Chrétiens, i eft jufte qu'elle foit bâtie à leurs dépens.

Il établit de plus cinquante autres propositions sur l'autorité du pape, où l'on voit toujours le même efprit. Quelques-unes font fauffes,comme on le peut voir. Il y foutient que le fouverain pontife a une autorité fouveraine, établie de Dieu même; que fa jurifdiction est immediate fur tous les Chrétiens; qu'il eft au-deffus de l'églife univerfelle & du concile ; que fon jugement dans les caufes qui concernent la foi, eft infaillible: qu'on lui doit l'honneur & le refpect en toutes chofes; que c'eft au pape & non pas à l'églife univerfelle, que la puiffance des clefs a été donnée, & qu'il a feul le pouvoir d'accorder des indulgences plenieres ; qu'il y a plufieurs veritez catholiques qui ne font pas dans l'Ecriture fainte; que les veritez définies par le faint fiege font des Tome XXV.

QII

AN. 1517.

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