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úne nouvelle édition, mais de reftituer l'ancienne,fans AN. 1519. toucher à la nouvelle.,,

Il rapporte enfuite les exemples de ceux qui ont fait de nouvelles paraphrases ou verfions de l'écriture fainte, comme de Juvencus qui a mis l'évangile en vers; de Gilles Delphe qui a réduit presque toute l'ecriture en vers; de Felix Dupré qui avoit depuis peu publié une nouvelle verfion des pfeaumes; de Jacques le Fevre d'Etaples, qui avoit compofé une nouvelle verfion des épîtres de S. Paul, mife à côté de la vulgate; il avoue qu'il montre que faint Auguftin, faint Hilaire & faint Thomas fe font trompez en quelques endroits; mais il le fait, dit-il, d'une maniere refpectueuse, & fi peu capable de les offenser, que s'ils vivoient il lui en sçauroient bon gré.,, On ne veut pas defcendre, (continue-t-il) dans des minuties de grammairiens, (car c'eft ,, ainsi qu'on appelle ceux qui ont étudié les belles let,, tres,) comme fi c'étoit un honneur à un theologien d'ignorer la grammaire: cependant n'eft-il pas vrai ,, que cette étude fert à perfectionner un théologien ? Peut-on ignorer que faint Ambroife, faint Jerôme & , faint Auguftin, qui font les principaux fupports de la ,, théologie, n'ayent été en ce fens des grammairiens?" Il ajoute, qu'il a fatisfait à l'ordonnance du concile de Latran, qui défend d'imprimer aucun livre de religion, qui n'ait été approuvé par l'ordinaire, puifque le fien a été écrit & publié fous les yeux & avec l'approbation de l'ordinaire; qu'il a été approuvé par Louis Berus docteur de Paris, & par Fabrice Capiton théologien de Bafle; qu'il pouvoit encore produire les temoignages & les lettres de plufieurs perfonnes fçavantes & pieufes, qui ont fait l'éloge de fon ouvrage; que le feul temoi

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AN.1519.

XVI.

logiens atta

quent la ver

gnage

de l'évêque de Rochester fuffit pour fa justification.,, Quelle honte enfin, ( dit-il) ne doivent point ,, avoir ces hommes du commun, de déchirer un ou„, vrage que le fouverain pontife approuve.

Il fait voir en finissant de quelle utilité fa version peut être, & a été, pour porter les théologiens à étudier avec plus d'attention l'écriture fainte,

Il y eut neanmoins, malgré cette apologie,plusieurs theologiens qui firent encore de nouveaux efforts pour decrier la verfion d'Erafme. Edouard Lée Anglois, fe vanta d'y avoir trouvé plus de trois cens fautes. Erafme lui demanda une conference, en s'engageant de chanPlufieurs théo- ger ce qui fe trouveroit contraire ou à la foi ou aux bonnes mœurs; mais Lée le refufa, & fit depuis paroître fes fon d'Erasme, remarques qui furent refutées par l'auteur. Jacques Latomus theologien de Louvain, & Lopez Stunica, l'attaquerent auffi. Aleufis & Dorpius firent quelques remarques, fur lesquelles Erafme s'expliqua, & Aleufis demeura content de fes explications. Neanmoins les predicateurs & beaucoup de théologiens ne ceffoient de dé clamer contre la verfion & les notes d'Erafme fur le nouveau Testament, & fes ennemis fecrets n'oublioient aucune occafion de le décrier. Nonobftant ces oppositions, il obtint une nouvelle approbation du pape Leon X. pour la feconde édition de fon ouvrage, dans laquelle il confera le texte fur neuf manufcrits. Il en fit une troifiéme édition en 1521. où il revit le texe fur l'édition de Venife, & la verfion fur trois autres manufcrits. On a fait depuis plufieurs autres éditions de cette même version, qui n'a jamais paffé pour défenduë, & qui en effet ne l'a jamais été.

XVII.
Il eft fait con-

Les travaux d'Erasme ayant été fi long-tems fans

récompenfe

Charles d'Au

Bas.

vita in-12. pag.

récompenfe; enfin Charles d'Autriche roi d'Espagne,& AN. 1519. fouverain des Pays-Bas, le même qui fut dans cette an- feiller d'état de née empereur, le fit fon confeiller d'état, & lui affigna triche, fouveune penfion de deux cens florins, qui lui fut payée juf- rain des Paysqu'en l'année 1 525.Le roi François I. le fit folliciter par Erafmus in fuæ deux fois de venir s'établir dans fon royaume, & lui offrit des avantages beaucoup plusconfiderables tant en benefices qu'en pensions; mais il ne voulut pas le faire fans le confentement de fon prince naturel; & comme il auroit été difficile de l'obtenir, il s'excufa fur fa charge de confeiller d'état, qui l'attachoit au fervice de Charles d'Autriche. On lui donna la direction du college des trois langues à Louvain, fondé par François Bafleiden, archevêque de Besançon, mort à Tolede le vingttroifiéme Juillet 1502. Erafmey nomma pour profeffeur en langue hebraïque un medecin, Juif de naiffannommé Adrien; pour la langue grecque Agathias, & pour la latine Gerard Coclenius. Eraíme joignant ainfi beaucoup de crédit à une grande réputation, Luther crut qu'il acrediteroit beaucoup fon parti, s'il pouvoit y engager un homme fi eftimé, & fi digne de l'être. Il engagea donc d'abord Melanchton à lui écrire en fa faveur, ce qui fut fait au mois de Janvier 1519. mais cette lettre n'ayant produit aucun effet, Luther écrivit lui-même en ces termes :,, Mon cher Erasme, vous qui faites tout notre honneur, & fur lequel nous efpe„rons, quoique nous ne nous connoiffions pas encore, ,, reconnoiffez moi comme un frere en Jesus-Christ, qui vous honnore,vous eftime & vous aime parfaitement, mais dont l'ignorance eft fi grande, qu'il ne merite „, que d'être enfèveli & caché dans un coin inconnu au

ce,

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XVIII Lettre de La

ther à Erafime.

Inter epift. Erafmi lib. 6.

epist. 3.

XIX.

,, Ciel & à la terre,,. Erafme lui répondit deux mois Réponse d'E

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Tome XXV.

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AN. 1519.

rafme à Luther.

rafmi, lib. 6.

epist. 40.

après d'une maniere fort honnête, & lui donna des avis très-fages & très-falutaires, fi cet Héretique eût voulu Inter epift. - les fuivre : il lui confeille entr'autres, de ne jamais par-ler en chaire contre la perfonne ou l'autorité des papes, ni des princes, mais feulement contre ceux qui abufent de leur confiance, & du crédit qu'ils ont auprès d'eux; de ne rien dire avec arrogance & dans un efprit de parti ou de prévention; de ne fe point laiffer dominer par la colere, la haine, la vaine gloire, ni aucune autre paffion, quoiqu'il pût les couvrir d'un voile de pieté, ce qui feroit encore plus dangereux : il l'exhorte enfin à prêcher Jefus-Chrift, à le faire connoître, à montrer le culte & l'adoration qui lui font dûs, & à ne point donner dans l'ignorance ou dans les prejugez de tant de prédicateurs de fon tems, qui ne prechoient que des fables, & qui ne parloient que de quêtes dans leurs fer-mons. Une lettre fi chrétienne, qui devoit attirer des louanges à Erasme, ne laiffa pas de foûlever beaucoup de perfonnes contre lui. On l'accufoit d'être d'intelligence avec Luther, & de fe joindre à lui pour attaquer l'églife.,, Comment mériterois-je ces reproches, (dir Erafme en écrivant au cardinal Campege,) Luther ,, m'eft le plus inconnu des hommes, & je n'ai jamais eu le tems de lire fes livres; s'il a bien écrit, il ne m'en ,, revient aucune loüange, & s'il a mal écrit, pourquoi me l'imputer? Après tout (dit-il encore) avec quel front un inconnu comme j'étois, & qui n'avois au„, cune autorité sur Luther, me ferois-je élevé contre lui comme fon maître,ou comme le cenfeur de fa conduite? Je fçai par experience qu'un avertissement accompagné de beaucoup de douceur & de charité pro„fite plus, qu'une correction severe : & c'est dans ce

XX.
Erafine feju-

ftifie fur cette
lettre qui fit
quelque bruit.

Inter epift.
Erafmi.

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„, deffein que je lui ai donné tous les avis que je croyois AN. 1519. ,, lui être néceffaires pour fe conduire fagement. Plût à

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Dieu (écrit-il encore à Pierre Barbyrius) que je fuffe ,, auffi exempt de tout vice, que je fuis éloigné d'entrer dans l'affaire de Luther, je ne craindrois point de mourir fans m'être confeffé. "

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XXI.

L'électeur de Saxe lui écrit, &

gager.

Une déclaration fi formelle & fi expreffe de la part d'Erafme, n'empêcha pas qu'on ne fift de nouvelles pourfuites pour l'attirer. L'électeur de Saxe voulut fça veut auffi l'envoir ce qu'il penfoit de la doctrine de Luther, il lui en écrivit, & le pria avec instance de lui dire fon fenti ment; mais en même tems il lui faifoit entendre, qu'il lui feroit plaifir de parler favorablement de Luther & de fa doctrine, & de prendre même fon parti. Erafme qui étoit trop fage pour fuivre des opinions qu'il n'avoit pas fuffifamment examinées, & d'ailleurs étant très-attaché à la doctrine & à l'unité de l'églife catholique, fe contenta de répondre à l'électeur, qu'il étoit vrai qu'il n'approuvoit pas les moyens dont on s'étoit fervi, à ce qu'on difoit, pour rendre Luther odieux; que cet homme lui étoit inconnu, & qu'il ne pouvoit ni approuver, ni condamner fes écrits, parce qu'il ne les avoit pas lûs; mais qu'il ne croyoit pas qu'on dût fe déchaîner avec tant de violence contre lui, d'autant plus qu'il s'étoit foumis au jugement de ceux à qui il appartenoit d'en décider ; que perfonne ne s'étoit mis en devoir de le convaincre de la verité; qu'il fembloit qu'on vouloit plutôt fa perte que fon falut;& que toute erreur n'étoit pas hérefie; qu'il y avoit des erreurs dans les écrits des anciens & des nouveaux; que les thcologiens fe trouvoient partagez fur les fentimens;qu’enfin il étoit plus à propos d'employer la voie de la douceur,que Dddd ij

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