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A VERTISSE M E N T.
L'OUVRAGE

VRAGE que nous offrons au public est le traité le plus complet qui ait paru jusqu'ici sur l'Ichthyologie ; cependant cette partie de l'Histoire Naturelle est encore bien éloignée de sa perfe&ion. Malgré les travaux & les recherches d'Artedi , de Linné, de Gronou, de Schæffer, de M. Gouan, & de M. Bloch, il reste encore bien des observations à faire, & des espèces à découvrir. Il est vrai que l'Histoire des poissons présente des obstacles qu'il est difficile de vaincre ; l'élément qu'ils habitent ne nous permet point de suivre leurs mouvemens, d'étudier leurs caractères, de déterminer leurs espèces : tantôt, l'âge, le sexe, le fruid, la chaleur, le temps du frai font disparoître les couleurs naturelles de ces animaux, & leur en prêtent d'étrangères ; tantôt, c'est un individu qui, comme les oiseaux, mue dans une certaine saison de l'année, change de couleur , & semble se reproduire sous une forme nouvelle. Toutes les causes enfin de changement, d'altération, de dégénération , en se réunissant ici & se multipliant, accroissent les obstacles qu'on trouve dans cette science; mais la principale difficulté, celle qui contribue le plus à retarder les progrès de l'Ichthyologie, c'est qu'il est rare qu'en pêchant dans les mêmes parages, on prenne des espèces inconnues ; & il arrive plus rarement encore, qu'au moment où on les a prises, il y ait lur les lieux des Naturalistes assez instruits pour en saisir les caractères & fixer les différences. Les pêcheurs , plus justement occupés de leur intérêt personnel que du soin d'étendre les connoissances humaines, s'empressent de choisir les poissons les plus gros ou les plus délicats, & rejettent indistinctement dans l'eau ceux dont ils ne peuvent retirer qu'un modique avantage. C'est ainsi que l'Ichthyologie avance lentement vers le point de sa perfe&ion; tandis

que les autres parties de la Zoologie ont fait des progrès si rapides. Il y a eu néanmoins dans ces derniers temps des Savais distingués, qui, se trouvant à portée d'examiner les poissons au moment où ils sortoient de l'eau, les ont décrits avec beaucoup de soin & d'exa&titude. Les Ouvrages de Salvian, de Rondelet , de Rai , & de Willughby contiennent de bonnes observations & d'excellentes gravures : plusieurs célèbres Naturalistes, comme Gueldenstaedt , Leske, Lepechin, Hortuyn , Forster , Muller, M. Broussonnet : quelques Voyageurs remplis de science & d'érudition, tels qu'Hasselquist, Forskal, Strom, Otho - Fabricius, Brunniche , & M. Pallas, ont donné successivement des mémoires détaillés , des descriptions exactes des poissons qu'ils ont observés dans le cours de leurs voyages ; mais les travaux de ces grands hommes sont comme perdus pour la plupart des personnes qui étudient l'Histoire Naturelle : les uns ne peuvent point

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AV ERTISSE M E N T. les consulter, parce qu'ils sont écrits en langue étrangère ; les autres ne peuvent point les acquérir, parce qu'ils sont consignés dans des Livres trop chers. Il étoit donc essentiel pour les progrès de la science, & pour l'utilité de ceux qui se livrent à l'étude de l'Hiftoire Naturelle , de réunir en un corps d'ouvrage ces connoissances dispersées dans une infinité de Livres ; & de disposer, suivant la diftribution d'une méthode simple & facile , les espèces déjà connues , afin de parvenir à reconnoître plus sûrement celles qu’on ignore. Ces deux moyens ,

si. propres à faciliter l'étude de l'Ichthyologie, fembloient en exiger un troisième qui. n'est

pas moins efficace, celui de joindre des gravures aux descriptions. Notre esprit. est trop borné pour faifir tout à la fois l'ensemble des caractères, & se former une idée juste & précise de l'objet qui est décrit : Segniùs irritant animos demisa per: aurem , quam quæ funt oculis. subjeæa fidelibus. En conséquence, il étoit encore très-important de donner , à la suite des descriptions, de bonnes gravures, où les principaux caractères de l'animal fussent exprimés avec vérité & précision.

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Ce sont là les avantages que nous avons tâché de réunir dans l'Ouvrage dont il eft ici question. Nous avons d'abord exposé, dans une Introduction préliminaire , le tableau de l'organisation extérieure dữ poisson, sa génération, son accroissements & quelques particularités qui concernent ses moeurs & son industrie..

Pour la distribution des genres & des espèces, nous avons adopté la méthode de Linné, en mettant néanmoins, d'après M. Daubenton, dans la première classe de ce fyftême, les poissons que le Naturaliste suédois a rangés sous le nom d'amphibies: nageurs ( amphibia nantes ).

Comme chaque science a une langue qui lui est propre, nous avons développé gi, dans l'exposition anatomique du poisson, le sens & la signification des termes qu'on emploie ordinairement dans les descriptions d'Ichthyologie : de plus, l'Histoire Naturelle n'étant

pas

bornée seulement aux connoissances de l'extérieur, mais au contraire, fon objet principal étant de se porter sur l'intérieur , afin de reconnoître, par l'inspection du dedans, le mécanisme des mouvemens qui paroissent au dehors, & les: causes des appétits & des inclinations qui sont propres à chaque espèce d'animaux nous avons cru qu'il étoit nécessaire, pour compléter nos descriptions, de donner un précis des parties intérieures du poisson.

En traçant le caractère des genres, Linné n'a point suivi de plan uniforme ; il s'est borné à donner un caractère, pris tantôt de la conformation du corps & de la tête , tantôt de la disposition des nageoires ou du nombre des rayons de la membrane

branchiostège. En décrivant les espèces, il s'est attaché uniquement à donner la feule différence spécifique, sans désigner ni la couleur, ni la longueur, ni les autres caractères qui, en abrégeant les recherches, conduisent sûrement à la connoiffance du poisson. En profitant des observations & des découvertes de ce grand Homme , nous avons suppléé , autant qu'il nous a été pollible, à toutes les omissions qui ont échappé à ses recherches.

Il suffit de savoir que les descriptions doivent être comparées , pour être convaincu qu'il est absolument nécessaire de les faire toutes sur le même plan. Si on ne décrivoit qu’une ou plusieurs parties de chaque animal, sans comprendre la totalité du sujet, le tableau seroit incomplet, défectueux, & ne pourroit donner une idée juste de la chofe repréfentée. D'après ce principe , nous avons suivi la plus exacte uniformité dans l'exécution de cet ouvrage. En décrivant les genres, nous avons exposé succinctement, en latin & en françois, la forme du corps & de la tête, la longueur respective des mâchoires, la disposition des dents , la Itructure: des opercules, les rayons de la membrane branchiostège, la configuration de l'ouverture des ouïes, le nombre & la position des nageoires. Dans la description des espèces, après avoir donné en latin la phrase spécifique & la tradu&ion françoise, nous avons fait connoître, en peu de mots, la structure du corps & de la tête, le nombre, la situation, & la figure des dents, la position relative des nageoires, leurs dimensions & le nombre de leurs rayons, la couleur", la longueur du poisson, & le lieu qu'il habite. Tous ces caractères, qui , pris féparément, font fort équivoques & peuvent conduire à des erreurs, donnent presque toujours une connoiffance fixe & certaine, lorsqu'ils se trouvent rassemblés dans le même fujet : mais ils font bien difficiles à réunir ; & chacun a de plus des difficultés que nous n'avons que trop fenties, par le désir que nous avions de les furmonter. L'une des principales est de donner, par le discours, une idée des couleurs ; car malheureusement les différences les plus apparentes entre les poissons portent sur les couleurs encore plus que sur les formes. Dans les quadrupèdes, dans les oiseaux qui vivent en liberté, elles font à la vérité très-variées & difficiles à exprimer ; néanmoins elles sont constantes, & se confervent après la mort de l'animal : au lieu que dans les poissons, non feulement leur couleur change & s’altère fuivant l'âge, la saison, & le climat; mais encore elle s'efface entièrement après que le poisson eft retiré de l'eau. Comment donc faire pour déterminer avec exactitude, dans cette classe d'animaux, tes couleurs qui conviennent à chaque espèce, & les dégradations qu'elles fubissent par divers accidens ? Ce détail exigeroit une multitude d'observations qu'on n'a point encore faites, & une immensité de parotes, &- de paroles très-ennuyeufes pour la description de chaque individu; il n'y a pas même de termes en aucune

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langue pour en exprimer les nuances, les teintes, les reflets, & les mélanges : cependant les couleurs sont ici des caractères essentiels , & souvent les seuls par lesquels on puisse reconnoître un poisson, & le distinguer de tous les autres. Pour mettre dans un article aussi important toute la précision qu'il exige, nous avons examiné avec attention, soit au cabinet du Roi, soit dans les cabinets des Naturalistes très-grand nombre de poissons qu'on a bien voulu nous communiquer. A l'égard des espèces exotiques qu'il n'est pas possible de se procurer , nous avons consulté ce que différens Auteurs ont écrit sur le même sujet ; nous avons comparé leurs détails, nous les avons combinés pour former un corps entier de ces parties ainsi séparées.

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Sur le petit nombre de Naturalistes qui se sont occupés de l'Ichthyologie, il en est quelques-uns qui, en décrivant des espèces nouvelles, des individus rares qui habitent des climats éloignés, n'ont donné simplement que le caractère principal, & ont négligé les accessoires : alors, ne pouvant nous procurer d'autres renseignemens que ceux qui sont contenus dans ces Ouvrages, nous n'avons pu suppléer à ce qui manque dans ces descriptions trop concises. Si l'on continue d'étudier & de cultiver l'Ichthyologie, les observations se multiplieront; on augmentera, on rectifiera la somme actuelle de nos connoissances; & cette belle partie de la Zoologie, la plus incomplète jusqu'ici & la moins connue, s'élevera infensiblement au niveau de celles qui sont les plus avancées.

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Quelques Auteurs, en voyant la différence qui se trouve dans le nombre des rayons dont les nageoires sont garnies, ont cru qu'il étoit absolument inutile d'employer un caractère aussi équivoque ; mais cette différence n'existe souvent qu'en apparence. Quelquefois le premier rayon est si court, qu'il se cache sous la peau, sur-tout lorsque le poisson est bien gras : il arrive encore que la plupart des Auteurs qui ont décrit ces poissons, n'ont point fait entrer dans leur calcul les petits rayons qui accompagnent ou qui précèdent ordinairement les nageoires. Dans ce cas , l'erreur ne doit être imputée qu'au Naturaliste qui a décrit, ou à celui qui observe. Il faut cependant avouer qu'il y a quelquefois une différence réelle dans la somme de ces rayons, & qu'il est rare d'en trouver exactement le même nombre sur toutes les nageoires; mais cette variation ne s'étend jamais au dessus ni au dessous de trois ou quatre, sur les nageoires mêmes où ces différences sont les plus fréquentes. On peut donc se servir efficacement de ce moyen pour reconnoître les espèces ; & lorsqu'il s'agira de caractériser un poisson sur le nombre de ses rayons, c'est sur-tout à ceux des nageoires du ventre & de la membrane branchiostège qu'il faut avoir reçours : leur nombre est presque toujours invariable. Nous n'avons eu garde de

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