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HISTOIRE

DE LA

RELIGION

NATURELLE.

Il y a un Dieu; c'eft une vérité démontrée s

mais s'il y a un Dieu, il y a une Religion; car de l'idée de Dieu découle néceffairement une Religion, c'est-à-dire, la néceffité d'un culte. En effet, l'homme étant l'ouvrage de Dieu, doit lui rapporter toutes fes actions puifqu'il tient de lui fon exiftence. Ce doit être un hommage perpétuel de tout ce qu'il a & de tout ce qu'il eft. En qualité de Créateur, l'Etre - Suprême a un droit abfolu à la reconnoiffance & aux refpects de fa créature: en qualité de créature raifonnable, l'homme voit & reconnoît néceffairement dans Dieu fon bienfaiteur & fon père. Il eft donc naturel qu'il lui rende un culte par reconnoiffance comme bienfaiteur, & un culte par amour & par refpect, comme père. Les rapports deDieu avec l'homme, & ceux de l'homme avec Dieu font donc les titres qui impofent l'obli gation d'un culte de ce culte découle une loi, c'eft-à-dire, une manière de rendre ce culte; & voilà la Religion naturelle.

Il eft certain que le premier culte que nous devons rendre à Dieu, eft l'hommage de nos pensées, de notre amour & de notre respect ; c'est un culte intérieur ; mais ce culte fuffit-il pour remercier Dieu des biens dont il nous a comblés, & pour obtenir les graces qui nous font néceffaires pour fupporter patiemment les maux attachés à l'infirmité de la nature hamaine, ou pour nous en affranchir.

L'homme étant compofé d'un efprit & d'un corps, ce n'eft pas affez que l'ame feule l'adore en filence, il faut encore que le corps donne auffi des témoignages de fa gratitude par des objets fenfibles, afin que l'homme véritable honore la Divinité de tout fon pouvoir & de toutes les forces. D'ailleurs, comme l'a fort bien remarqué l'Auteur des Elémens de Métaphyfique facrée & profane, le culte extérieur eft l'aliment & le foutien du culte intérieur ; car l'homme a befoin d'être fixé & remué par les objets fenfibles, fans quoi fon imagination s'égare ou demeure glacée. Or, la mélodie des cantiques, l'appareil d'une offrande ou d'un facrifice, le fpectacle des cérémonies, la modeftie & le recueillement qui accompagnent une attitude décente & refpectueufe, tour cela contribue efficacement à réveiller & à fixer l'attention de l'efprit, & à difpofer l'ame à de pieux tranfports & à de faints élancemens. Mais, quelle forte d'offrande, quelle espèce de facrifices peut-on faire au Tout- Puiffant afin qu'ils lui foient agréables?

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La Genèfe nous apprend que c'eft par facrifice qu'a commencé la pratique extérieure

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de la Religion naturelle, puifque Abel & Cain, enfans d'Adam, offrirent au Seigneur, l'un les prémices de fes fruits, l'autre, celles de fes troupeaux. Noé reçut le dépôt de cette première Religion; & au fortir de l'arche il en pratiqua la cérémonie dans le facrifice des animaux purs. Les enfans de ce Patriarcha confervèrent la même cérémonie, & la tranf mirent à Abraham, qui en continua l'ufage. Il élevoit des autels pour immoler des victimes, Ses enfans & fes defcendans imitèrent fa conquite jufqu'à Moife, qui reçut de Dieu la loi, & qui prefcrivit aux Ifraelites les anciens ufages pratiqués depuis Adam.

On ne peut difconvenir que ce culte ne fûr agréable à Dieu, puifqu'il avoit été révélé à Adam même, & que cette révélation n'eût été rendue plus claire encore à Abraham, foit en fonge, ou de toute autre manière. Mais les hommes, à qui le Tout-Puiffant n'accorda pas cette faveur, & qui voulurent fuivre les lumières naturelles pour connoître le culte qu'ils vouloient lui rendre donnèrent dans des écarts, lefquels ont donné lieu à tant de cérémonies extraordinaires, à tant de dévotions extravagantes, & à une infinité de formules mifes en ufage dans les prières.

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On croit que les premiers hommes, effrayés des effets du déluge, ftupides & groffiers, abattus par l'effroi, crurent voir par-tout des fignes de la colère de Dieu prête à éclater fur eux, & qu'ils firent de ces fignes autant d'objets de vénération & de culte. Dans cette pensée, ils cherchèrent & fe formèrent des médiateurs

entre l'Etre-Suprême & fes créatures: ils déifièrent donc tout ce qui fut capable de les effrayer, comme tout ce qui pouvoit les protéger. C'est ainsi que fur une efpèce d'autel compofé d'un monceau de pierres, Jacob jura, uniquement par la frayeur ou par le Dieu de fon père Ifaac, qu'il rempliroit fes engage

mens.

L'Auteur de cette conjecture, M. L. Caftillon, dans fon Effai fur les erreurs & les fu perflitions, attribue à la terreur Forigine de toutes les erreurs qui fe font répandues parmi les nations, & celle des divers cultes.

ils

Cela peut être. Cependant, il est certain que tous les hommes tendant au même but, & leurs befoins étant semblables, i mefure qu'ils ont perdu la véritable idée de la Divinité, Jui ont attribué des qualités corporelles, ou des foibleffes humaines : ils ont donc fervi Dieu fons des idées corporelles. De-la vienc qu'ils l'on repréfenté par des images, par des ftatues, &c. & qu'ils lui ont offert tout ce qu'on peut préfenter à des homines pour les appaifer.

En confultant la raifon, & quelque idée que les premiers hommes, privés de la révélation, euffent eue de la Divinité, il n'eft pas probable qu'ils fe fuffent avifés de lui offrir rien de fanglant. Comment fe perfuader que le fang des animaux fût propie à réconcilier l'homme avec Dieu ? C'eft pourtant ce que les Payens fe fuadèrent. Dans cette vue, le nom & la qualité de victimes. ne furent pas épargnés On immola auffi des hommes; & les anciens

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idolâtres regardoient leurs enfans comme des victimes agréables à leurs Divinités.

Les prières précédoient ordinairement les facrifices, & les terminoient. Comme dans ces temps reculés on ne connoiffoit point les temples, on invoqua d'abord la Divinité en pleine campagne, ou chez foi dans fa famille, fans bruit & fans beaucoup de cérémonies. Ce culte parut enfuite trop refferré. On estima plus convenable de fe réunir dans des bois, & d'y bâtir des temples, parce qu'on s'apperçur que le filence y infpiroit la dévotion.

Le premier hommage qu'on fit au ToutPuiffant, fut celui des arbres les plus grands des forêts de-là on paffa aux collines, & des collines fur les montagnes ; & à mesure qu'on changeoit de place, on avoit foin de laisser des Dieux à l'endroit qu'on venoit de quitter.

Si on eût féparé de ce culte les fauffes Divinités, rien n'étoit plus conforme à la véritable Religion naturelle. La dévotion demande le filence & le recueillernent que les forêts & les champs infpirent, ainfi que le remarquent très-judicieufement les favans Auteurs de l'Hiftoire générale des cérémonies religieufes de tous les peuples du monde, ( MM. l'Abbé Banier & l'Abbé Lemafcrier) tom. I, pag. 6. Les montagnes, & les autres lieux élevés donnent quelque idée de l'élévation de Dieu au-deffus de nous. Auffi cette manière d'invoquer le Seigneur fur généralement adoptée. Seulement on ne lui confacra point de temple, à caufe de fon immenfité. On fait que les anciens Perfes, dans l'irruption qu'ils firent

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