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Surpris de cet entêtement, un grand Roi envoya à M. de Voltaire de jolis vers, pour l'engager à revenir de fon erreur; les voici :

Quelques vertus, plus de foiblesses,
Des grandeurs & des petiteffes,
Sont le bifarre compofé

Du héros le plus avisé :

Il jette des traits de lumière ;
Mais cet aftre, dans fa carrière
Ne brûla pas d'un feu conftant.
L'efprit le plus profond s'éclipse :
Richelieu fit fon testament,

Et Newton fon apocalypfe.

Le Cardinal Mazarin étoit encore moins inftruit que le Cardinal de Richelieu : fou grand talent étoit la diffimulation. L'Ambaffadeur d'Espagne (Don Louis) ayant eu le temps de le connoître pendant quatre mois de conférences qu'il tint avec lui pour le fameux traité des Pyrénées, difoit que toute la Politique du Cardinal confiftoit à chercher toujours à tromper. Ses grands moyens étoient la rufe, la défiance & la patience. Du refte, il connoiffoit mal le génie, les mœurs & les Loix de la Nation qu'il avoit à gouverner. Il ne refpectoit ni la Religion, ni la vertu, ni la bonne foi. Il ne fe foutenoit qu'en s'attachant les Grands par les voies les plus indignes : c'étoit de tâcher de les corrompre par l'attrait du plaifir, de les amollir, de les fubjuguer par le fafte & le luxe. Souple, fin, délié, plein d'enjouement & de manége, il poffédoit l'art

de plaire, & il ne s'en fervoit que pour trom per. Il n'employoit dans tous fes projets que les voies les plus obliques & les plus détournées parce qu'un caractère auffi faux que le fjen na pouvoit en connoître d'autres. Ni Richelieu, ni Mazarin ne furent agréables à la Nation, & cependant ils furent tous les deux maîtres de l'Etat.

Ce fut à-peu-près ainfi que le Cardinal Ximenès gouverna l'Efpagne. Tous les Grands du Royaume gémirent fous l'oppreffion de ce Miniftre. Fier, dur, opiniâtre, ambitieux, & infupportable dans la focieté, il exerçoit un pouvoir tyrannique fur la nobleffe, fans s'embarraffer de leurs murmures. Il avoit éré Cordelier; & comme s'il en eût encore porté l'habit, il fe vantoit de ranger avec fon cordon tous les Grands à leur devoir, & d'écrafer leur fierté fous fes fandales. Il eft bien douloureux d'être obligé de fouffrir ces mépris. Qu'un peuple eft à plaindre lorfqu'il eft gouverné par de tels hommes ! En vérité un Miniftre fait-il ce que c'eft que la Politique lorfqu'il ne connoît d'autre moyen que celui de la violence & de l'abus d'un pouvoir qui lui a été confié ?

Quels hommes en comparaifon du grand Chancelier de Suède, le Comte d'Oxentiern! Également verfé dans la Politique & dans les Belles-Lettres, il fit régner chez les Suédois une paix & un calme, tant au dehors qu'au dedans, qui ont fait la félicité de ce peuple pendant tout le temps qu'il a adminiftré les affaires. Et voilà la différence qu'il y a entre an Ministre inftruit

& éclairé, & un Miniftre qui n'a que de l'or-. gueil, de la dureté & de la préfomption, & qui n'eft grand que par la foibleffe de celui dont il ufurpe l'autorité & le pouvoir.

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HISTOIRE

DE LA

GRAMMAIRE.

ON définit la Grammaire, l'art de parler,

ou l'art de peindre la pensée par des fons ou par des caractères. Ce mor vient du Grec Gramma, qui fignifie lettre ou caractère. L'origine de cet art fe perd dans l'antiquité la plus reculée. La parole eft née avec l'homme; mais ce n'eft qu'à mesure que les fociétés fe font formées qu'on a mis de l'ordre dans les mots, afin de rendre clairement les idées.

L'homme commence à parler dès que les organes de la voix ont acquis affez de force pour articuler. Les premiers mots qu'un enfant prononce, font formés par les inflexions fimples de l'organe labial, qui eft le premier & le mobile des organes. Ces mots font néceffairement les noms qu'il impofe aux objets qu'il veut défigner; car il ne peut articuler autrement. C'eft l'opération pure de la nature, qui eft par conféquent la même dans tous les langages, dans tous les pays, puifqu'elle n'a rien d'arbitraire ni de conventionnel.

L'expérience enfeigne encore que l'organe prend autant qu'il peut la figure qu'à l'objet même qu'il veut défigner avec la voix : il donne un fon creux fi l'objet eft creux, ou rude fil'objet eft

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rude; de forte que le fon qui réfulte de la forme & du mouvement naturel de l'organe mis en cet état, devient le nom de l'objet; nom qui reffemble à l'objet, par le bruit rude que la prononciation porte à l'oreille.

Ainfi, lorfque l'homme veut représenter par la voix quelque objet réel, & faire naître dans l'oreille d'autrui l'idée de cet objet qu'il à lui-même dans l'efprit, il ne peut employer de méthode plus naturelle, plus efficace, plus prompte, que de faire avec la voix le même bruit que fait l'objet qu'il veut nommer. Car, il y a peu d'objets qui n'en faffent; & c'eft ce bruit qui fert pour impofer les noms originaux.

Telle eft, felon le favant Auteur du Traité de la formation mécanique des Langues, la marche de la Nature dans la formation de la parole. De-là il fuit que la variété de bruits & de fons ont formé la première langue de la Nature, & que ces fons différemment combinés, ont compofé les élémens du premier langage de la langue primitive.

Mais, fi l'origine du langage doit être déduite du rapport, de l'organe de la parole avec les fons de l'ouie, pourquoi les animaux, en qui fe trouve ce rapport, ne parlent-ils pas? C'eft, dit-on, que les animaux n'ont pas les organes de la voix femblables à celles de Thomme mauvaise réponfe; car on ne trouve pas dans les organes des uns & des autres des différences bien effentielles. Quand cela feroit, par quelle raifon les animaux ne forment-ils pas un langage relatif à leur organisation, puifqu'il y a un rapport entre la voix & le fens de

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