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tranfport des pallions. La langue & le langage font donc les expreffions de la pensée & du

fentiment.

le

De-là il fait que la langue eft la voix de l'efprit, & n'exprime que les idées, & que langage eft la voix du cœur, dont il peint les mouvemens. La langue convainc, démontre; & le langage touche, émeut.

Cela pofé, on peut connoître le caractère de chaque homme en particulier, par fon langage. Aufli Diogène vouloit qu'on éprouvât les hommes comme les pots de terre, par les fons qu'ils rendent. Socrate difoit à ceux qui l'abordoient pour la première fois : Parle, fi tu veux, que je fache qui tu es. Le père de Milord Schaftesbury, célèbre Moralifte, penfoit de même: il ne demandoit d'un homme, quel qu'il fût, pour le connoître, que de l'entendre parler: qu'il parle comme il voudra, difoit-il, pourvu qu'il parle, c'eft affez. Comment cela pouvoit-il avoir lieu? Le voici fuivant les obfervations des Lógomanciens.

Le langage du voluptueux eft mou; celui de l'homme colère et très-défordonné : il n'eft jamais modéré & d'une même modulation; celui du parelleux eft lent comme fes actions: le négligent peut avoir un langage agréable, mais il manque toujours d'énergie, & fa langue n'a ni précision ni correction. L'envieux & le jaloux font affez beaux parleurs; mais leuf langage n'eft point abfolument agréable. L'envieux eft cauftique, pointilleux, difeur de bons

mots: il fait rire, & indigne en même temps ceux qu'il amufe.

Le langage de l'ambitieux eft tantôt enflé & fuperbe, tantôt rampant & bas : celui de l'avare eft tout oppofé à celui-ci, toujours timide, rampant, & même bas jufqu'à l'excès; & le langage d'un homme léger & frivole ne forme jamais un raisonnement fuivi.

Les hommes téméraires & inconfidérés ont une vélocité & une abondance ftérile de paroles ils parlent en même-temps qu'ils penfent, & quelquefois fans fe donner la peine de penfer. Les hommes taciturnes font quelquefois d'un profond jugement, mais la taciturnité peut venir auffi d'habitude, d'ignorance, de ftupidité ou d'orgueil.

Les hommes de baffe naiffance ont toujours un langage groffier. Les pédans font des purif tes & des ennuyeux. Les diffipateurs défendent & condamnent tour-à-tour les mêmes opinions. Les hommes qui s'échauffent pour foutenir ce qu'ils ne favent pas, font des gens inftruits ordinairement fur quelque matière, mais qui ont la vanité d'en conclure qu'ils font univerfels, &c. En un mot, chaque paffion a fes accents & fa logique, & par-conféquent une langue & un langage qui lui font propres. On reçonnoît le Sage à fes difcours modérés, & au ton uniforme qu'il leur donne; quoiqu'il foit paffionné pour la vertu, il ne fe permet aucun

excès.

En voilà affez pour donner une notion fuffifante de la Logomancie. Les perfonnes qui

feront curieufes d'en approfondir les détails, doivent avoir recours à la feconde édition de la Bibliothèque Grammaticale. C'est la partie de cet ouvrage la plus curieufe & la plus agréable.

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L y a une grande différence entre la Rhétorique & l'Eloquence. La Rhétorique eft l'art de parler; & l'Eloquence l'art de perfuader. On peut favoir bien parler, & ignorer le fecret de gagner les cœurs, de toucher & de plaire en inftruifant. Le Rhétoricien enseigne à bien dire, & l'homme éloquent, ou l'Orateur, apprend à exciter, par le talent de la parole, ou l'arrangement du difcours, les paffions de ceux qu'il veut faire pencher du côté où il a deffein de les conduire. On prétend que le mot Rhéteur est tiré du mot Grec, qui fignifie dire, & que celui de Rhétorique dérive de celui-ci. Tout le monde fait qu'il vient d'Orator, Difcoureur, Beau - Parleur : Difcendi Peritus, Facundus , Difertus Eloquens.

Quoique cette diftinction entre la Rhétorique & l'Eloquence foit bien réelle, & trèsfenfible, les Profeffeurs de Rhétorique com

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prennent néanmoins fous un même nom

de parler & l'art de perfuader, entendant l'un & l'autre par le mot Rhétorique. Auffi Ariftote a défini cet art la faculté de voir dans chaque chofe ce qui eft propre à perfuader : (Facultas videndi in una quaque re, quod in ea eft ad perfuadendum idoneum (1). Et le favant Auteur de plufieurs belles Differtations fur l'origine & les progrès de l'Éloquence dans la Grèce, a confondu cet art avec celui de la Rhétorique, parce qu'ils ont pris naissance dans le même temps, & qu'il eft difficile qu'un homme qui a de l'imagination, en faisant un choix de mots dont il veut fe fervir pour exprimer fes pensées, en les plaçant dans le meil leur ordre qu'il eft poffible, en quoi confifte l'art de parler, ne fente en même-temps les ornemens dont il doit revêtir fon difcours pour le rendre plus agréable: ce qui eft l'art de l'Orateur.

Cet art eft prefqu'auffi ancien que l'ufage de la parole, cette peinture de nos idées par l'organe de la voix, & qui forme l'effence & la gloire de l'homme, en le diftinguant des êtres avec lefquels il partage les fruits de la terre; je veux dire les animaux.

Les Grecs font les premiers peuples qui ont connu les beautés de l'Eloquence; & ne pouvant croire qu'un art fi merveilleux & fi utile fût une invention humaine, ils ont prétendu qu'il avoit été envoyé du Ciel, que c'eft un préfent que les Dieux avoient fait aux hommes: & voici comment.

(1) Arift. Lib. I. Rhet. Cap. II.

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