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reufement. Auffi, fans s'y arrêter, le Pape Paul V difoit quelquefois à ceux qui lui en parloient: "Prions Dieu qu'il infpire le Cardinal du Perron, car il nous perfuadera tout » ce qu'il voudra».

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C'est ce qu'on pouvoit dire encore avec plus de vérité du grand Defcartes. Ce Philofophe s'étant trouvé à une nombreuse affemblée compofée de ce qu'il y avoit de plus diftingué à Paris, foit en Savans d'état, foit en perfounes qualifiées, un homme d'efprit, nommé M. de Chandoux, expofa dans un beau discours des fentimens nouveaux fur la Philofophie, & les fit valoir avec tant d'art, qu'on les jugea très-folides, & que le difcours fut univerfellement applaudi. Defcartes fut peut-être le feul qui ne donna pas de marques éclatantes de fon approbation. Le Cardinal de Peruffe, l'un des auditeurs, s'en apperçut, & fut curieux de favoir ce qu'il penfoit de ce qu'il venoit d'entendre. Defcartes fe défendit d'abord de ne pouvoir répondre après les éloges qu'on lui avoit donné ; mais, étant preffé de s'expliquer librement, il avoua qu'il croyoit que dans le difcours de M. de Chandoux la vraisemblance occupoit la place de la vérité. Il ajouta qu'il n'étoit pas difficile de faire paffer le faux pour le vrai & le vrai pour le faux à la faveur d'un long raifonnement.

Pour prouver ce qu'il avançoit, il demanda à l'affemblée que quelqu'un de la compagnie lui proposât telle vérité qu'il lui plairoit, & qui fut du nombre de celles qui paroiffent le plus inconteftables: on le fit, & avec douze argumens tous plus vraisemblables l'un que

l'autre, il prouva à la compagnie qu'elle étoit fauffe. Il pria enfuite qu'on lui proposât une fauffeté; & par le moyen d'une douzaine d'autres argumens, il la fit reconnoître pour une vérité plaufible (1).

Etonnée de cette manière de fe jouer de la vérité, toute l'affemblée demanda à Descartes s'il n'y avoit de pas moyen propre à conduire l'efprit, par la force du raifonnement, à la connoiffance réelle de la vérité ; & Def cartes répondit qu'il n'en connoiffoit point d'autre que celle qu'on tire des Mathématiques; & qu'il avoit compofé une méthode par laquelle il éprouvoit la vérité ou la fauffeté d'une propofition; de façon qu'il connoiffoit d'abord fi la propofition étoit poffible ou non, & qu'enfuite il réfolvoit infailliblement la difficulté de cette propofition.

Quatre principes forment le fondement de cette méthode. 1°. Ne tenez pour vrai que ce qui eft évident. 2°. Divifez les chofes pour les connoître. 3. N'omettez rien dans ce que vous divifez. 4°. Conduifez vos pensées par ordre, en commençant par les objets les plus fimples.

Un Métaphyficien très-célèbre, le P. Mallebranche, a développé ces principes pour en rendre la pratique plus aifée & plus sûre. Il veur que l'on conferve toujours l'évidence dans les raifonnemens; qu'on ne raifonne que fur des fujets dont on a des idées claires; qu'on commence par les chofes les plus fimples &

(1) Voyez l'Hiftoire de Defcartes, dans le tome 3 de l'Hiftoire des Philofophes modernes.

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les plus faciles, & qu'on s'y arrête longtemps avant que d'entreprendre la recherche des plus compofées & des plus difficiles; que l'on conçoive clairement l'état de la question qu'on veut réfoudre, & qu'on découvre par quelque effort d'efprit une ou plufieurs idées moyennes qui puiffent fervir comme de mefure commune pour reconnoître, par leur moyen, les rapports qui font entr'elles (1).

Tout cela eft merveilleux pour fe conduire sûrement dans la recherche de la vérité : mais on n'apprend pas par-là à faire de bons raifonnemens, & à démêler les faux des mauvais. Afin de raisonner, il faut donc avoir recours à un autre moyen; & ce moyen le voici, vant un grand Philofophe de ce fiècle (M. Wolf).

fui

Une propofition eft vraie lorfqu'elle peut être démontrée, c'est-à-dire, lorsqu'on peut en prouver la vérité par une chaîne de raifonnemens dont les deux premières parties, favoir, la majeure & la mineure, font ou des définitions, ou des axiomes ou des axiomes, ou des expériences inconteftables: ce qui ramène la Logique à la méthode des Géomètres, à leur démonftration, qui font des raifonnemens convaincans & invincible. Car une démonftration eft une preuve déduite de principes certains & évidens, par laquelle la vérité d'une propofition eft établie d'une manière incontestable. Une propofition démontrée eft fi immédiatement déduite des principes ou des axiomes

(1) Voyez l'Hiftoire de Mallebranche, dans le t. I. de l'Hiftoire des Philofophes modernes.

qui en font les fondemens, qu'elle devient principe ou axiome elle-même (1). Et voilà quelle doit être la forme du vrai fyllogifme, & par conféquent de la Logique.

(1) Dictionnaire univerfel de Mathématique & de Phyfique, art. Démonftration.

HISTOIRE

DE

L'ONTOLOGIE.

ON appelle être ce qui peut exifter, ce à quoi l'exiftence ne répugne point; il eft oppofé au rien, qui eft l'impoffible, ou ce qui ne peut pas exifter, ou ce qui implique contradiction. Les Chaldéens admettoient trois fortes d'êtres, celui qui n'a point commencé, qui ne finira point: c'eft Dieu. Les êtres qui ont commencé & qui ne doivent point finir, tels que les Anges, les Démons, & les êtres qui ont commencé & qui finiront, ce font les hommes, les animaux, les plantes, &c.

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Quoique les Sages de la Grèce connuffent la Philofophie des Chaldéens, il ne s'en occupèrent pas ils ne s'attachèrent qu'à la morale. Zénon d'Elée fut le premier Philofophe Grec qui étudia la nature de l'être, & fes études le conduifirent à n'en point reconnoître. S'il y a un Être, dit-il, il eft indivisible; car l'unité ne fauroit être divifée: or ce qui eft indivisible n'eft rien; car il ne faut point compter entre les êtres ce qui eft de telle nature qu'étant ajouté à un autre il ne produit point d'augmentation, & qu'étant retranché d'un autre il ne caufe point de diminution: donc, conclud Zénon, il n'y a point un Être.

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