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HISTOIRE

DE LA

COSMOLOGIE.

C'EST EST une entreprise des plus fortes qu'ait jamais fait l'efprit humain, que celle de décotvrir le principe de la conftruction de l'univers. L'idée feule de cette entreprife eft toute divine, & il faut prefque oublier qu'on eft mortel pour ofer la former. Auffi l'hiftoire du monde ne préfente que deux hommes qui n'en ait point été accablés. Defcartes & Newton, doués des connoiffances les plus étendues & les plus variées, jouiffent particulièrement de la gloire d'avoir donné atteinte aux décrets impénétrables du Créateur. On admirera fans doute dans les fiècles les plus reculés, le fruit de leurs travaux; & le tribut même qu'ils payent à l'humanité par l'erreur ne diminuera jamais un étonnement que la beauté & la hardiefe de l'exécution ont porte à l'extrême. Ce qu'on pourroit prefque en conclure, c'eft que, fi l'élite des grands génies n'a pu dévoiler le reffort qui anime la machine du monde, il eft à préfumer que cette connoiffance eft abfolument dévolue à fon Auteur.

Cependant, , par leur fyftême, Descartes & Newton font parvenus à lier enfemble plufieurs

phénomènes, à les déduite de quelque phé nomène antérieur, & à les foumettre au calcul. Ceci forme bien une partie de la fcience du monde; mais ce n'eft pas encore da le véritable objet de la Cofmologie. Par Cofmologie les Philofophes entendent la fcience de l'application de l'être à l'univers, c'est-àdite, la connoillance de l'enchaînement des êtres, & la manière dont l'univers en réfulte; celle de la nature des corps dont le monde eft compofé, de leur mouvement & de la caufe de ce mouvement, de l'ordre du monde & de fa perfection; enfin, la connoiffance des premières loix de la nature, qui font conftamment obfervées dans tous les phénomènes.

Les premiers Philofophes qui ont étudié cette fcience ont voulu foumettre la nature à un ordre purement méchanique, & en exclure tout principe intelligent. On a prétendu enfuite qu'on devoit faire ufage des caufes finales dans cette étude, c'eft-à-dire, admettre fans ceffe le concours du Créateur dans toute la nature, & pénétrer fes deffeins dans le moindre des phénomènes. Ainfi, fuivant ceux-là, les plus grandes merveilles qu'on obferve dans le monde ne prouvent pas la néceffité du concours de l'Erre-Suprême ; &, fi l'on en croit les derniers, les plus petites parties de l'univers font autant de démonftrations de fon exiftence & de fon action fur tout ce qui s'opère dans la nature. Enfin, les Scholastiques, fans prendre parti en faveur de l'une ou de l'autre de ces opinions, fe contentoient de dire qu'il ne faut pas recourir à Dieu en Phi

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1600.

lofophie; & ç'a été cependant un de leurs

axiomes.

Ce fut fur-tout le fentiment de Defcartes. Ce grand Philofophe penfoit que Dieu a commandé une fois, & que tout s'exécute felon ce commandement. Semel juffit, femper parét. Cela lui paroiffoit plus convenable à la fageffe du Créateur, que d'être obligé de renouveler fans ceffe le mouvement qu'il avoit imprimé à toute la machine du monde.

En conféquence de ces principes, Defcartes affura que la quantité du mouvement ou de force fe conferve toujours la même dans la nature. Cette idée fi belle, fi vraisemblable, fi digne de la grandeur & de la fageffe de l'Etre Suprême, comme l'obferve fort bien l'Auteur des Inftitutions de Phyfique, fe trouve fauffe, fi la force des corps eft égale à leur quantité de mouvement. En effet, Hughens & Wren, deux Mathématiciens célèbres, démontrèrent qu'on peut augmenter ou diminuer le mouvement à l'infini dans le choc des corps, en plaçant les corps qui fe choquent d'une certaine manière, & en leur donnant de certaines maffes.

Mais eft-il bien démontré auffi que la force des corps eft égale à leur quantité de mouvement? Leibnitz, & après lui fon illuftre ami Jean Bernoulli, croient fermement que cetre force eft proportionnelle au produit de la maffe par le quarré de la vîteffe. Si cela eft, quoique le mouvement varie à chaque inftant dans l'univers, la même quantité de force, qu'on ap pelle force vive, s'y conferve cependant toujours,

Car, fuivant ces grands hommes que je viens de nommer, ce n'eft point le produit de la maffe par la vîteffe qui fe trouve, quand on fuit la force dans fes effets, mais le produit de la maffe par le quarré de la vîteffe.

Un fait fert à démontrer ce raisonnement. Dans le choc des corps à reffort la même quantité de force fe conferve inaltérable, fi la force eft exprimée par le produit de la maffe du corps par le quarré de la vîreffe; au lieu que fi l'on multiplie la maffe par la feule vîteffe, la confervation des forces vives n'a plus lieu, & la quantité du mouvement diminue journellement dans l'univers (1).

C'étoit auffi le fentiment de Newton. Le mouvement, difoit-il, fe produit & fe perd; mais, à caufe de la tenacité des fluides & du peu d'élafticité des folides, il fe perd beaucoup plus de mouvement qu'il n'en renaît dans la nature. De-là il fuit que la force diminue 'auffi, car la force dépend de la quantité de mouvement. Il ne fe conferve donc point la même quantité de force dans l'univers ; &, fi cela eft, l'univers dépérit, & tend infenfiblement à fa ruine, à moins que Dieu n'y mette la main, comme un Horloger la met à une pendule pour la remonter. Newton en convenoit ; & pour la confervation du monde, il demandoit une main réparatrice, manum reparatricem.

(1) Voyez l'Hiftoire des forces vives dans l'Hiftoire des progrès de l'efprit humain dans les fciences naturelles, page 53 & suiv、

1950.

Cependant, comment concilier cette opinion avec la démonstration que les Mathéma ticiens donnent de la confervation des forces vives? Il est vrai que cette démonstration n'a lieu qu'en fuppofant que tous les corps qui compofent l'univers font élastiques. Eft-cequ'il n'y en a pas d'autres dans la nature ? On doit le croire, & plufieurs Philofophes penfent même qu'il y a des corps parfaitement durs, quoique le grand Bernoulli ait voulu prouver le contraite, comme je l'ai dit cideffus. Un Mathématicien de nos jours va encore plus loin; il a écrit que les corps durs font peut-être les feuls corps qui foient dans la nature: c'eft M. de Maupertuis.

la

Quelle eft donc la loi qui régit l'univers? La voici, dit cet homme célèbre. Lorsqu'il arrive quelque changement dans la nature, quantité d'action employée pour ce changement est toujours la plus perite qu'il foit poffible. De ce principe, M. de Maupertuis déduit les loix du mouvement, tant dans le choc des corps durs, que dans celui des corps élaftiques, & cela en déterminant la quantité d'action qui eft alors néceffaire pour le changement qui doit arriver dans leur vîteffe ; & en fuppofant cette quantité la plus petite qu'il eft poffible, il découvre ces loix générales, felon lesquelles le mouvement fe distribue, se produit ou s'éteint (1). Écoutons l'Auteur expliquer lui-même fon principe.

· (1) Voyez l'Essai de Cofmologie, dans le tome I¿ des Buvres de M. de Maupertuis.

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