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HISTOIRE

DES

SCIENCES

INTELLECTUELLES.

HISTOIRE

DE LA

DIALECTIQUE.

ON confond, dans les Écoles & dans

prefque tous les Traités de Philofophie, la Dialectique avec la Logique : ce font pourtant deux arts bien différens. On définit le premier l'art de raifonner par demandes & par réponfes, c'est-à-dire en dialogue, d'où vient le mot Dialectique. La Logique, au contraire, A

eft l'art de régler & de diriger par principes les actions de l'efprit; ou, felon le célèbre Auteur de l'art de penfer, l'art de conduire fat raifon dans la connoiffance des chofes. Le premier eft beaucoup plus ancien celui-ci ; que car la raifon de l'homme a eu fon enfance. On a commencé par difputer avant que de raifonner; & les premiers Philofophes ne s'exerçoient qu'en fe défiant de répondre à des questions abfurdes, ou de réfoudre des problêmes également captieux & ridicules. C'est ce qui forma les fectes des différentes Académies, & particulièrement celle des Sophiftes, qui jouèrent un fi grand rôle dans cet âge de la Philofophie, où l'on voulut faire un véritable ufage de fa raifon pour étendre la fphère des connoiffances humaines.

Après s'être long-temps amufés de la Poéfie, les Grecs reconnurent que fi les fictions plaifoient à l'imagination, elles ne fatisfaifoient pas toujours le jugement. Les premiers d'entr'eux, qui firentcette obfervation, comprirent qu'un plus noble objet devoit former l'étude de l'homme : c'étoit de découvrir l'art de régler les paffions, pour connoître le prix de la vertu. Ils s'appliquèrent à en établir les principes, & méritèrent, par leur doctrine, d'être furnommés Sages. On verra dans l'Hiftoire de la Morale le fruit de leurs travaux,

Mais tandis qu'on commençoit à retirer les plus grands avantages de ces premiers rayons de lumière, on vit paroître des hommes vains & faftueux, qui ne cherchoient qu'à mettre la raifon en défaut, & par leur conduite, & par

leurs difcours. Ils s'appeloient Sophiftes, nom plus modefte que celui de Sages, mais qui n'en étoit pas moins le mafque de leur ignorance & de leur préfomption.

Ils fe vantoient de tout favoir, & fe piquoient fur-tout d'être de grands raifonneurs. Ils alloient de ville en ville, où ils fe faifoient annoncer comme des Oracles. Le ton avantageux avec lequel ils se produifoient, en imposa aux efprits foibles, & leur éloquence leur procura une foule de difciples, qui par une efpèce d'enchantement, abandonnoient leur patrie pour les fuivre, & payer bien chèrement leurs inftructions.

J. C.

D'abord, un Philofophe Grec, nommé Xénophane, qui vivoit 532 ans avant J. C. 32 ans avang ennuyé d'écrire en vers fur des matières philofophiques, fuivant l'usage du temps, voulut fe fignaler d'une autre manière. Il s'érigea en Critique; &, non content de cenfurer les écrits des deux plus grands Poëtes de l'antiquité, Homère & Héfiode, il fe moqua hardiment des Dieux. Il trouvoit ridicule de croire que les Dieux font nés : il avoit bien raifon; mais cette opinion étoit celle que foutenoient les Miniftres de ces Dieux; & il y avoit plus que de l'imprudence de la contredire auffi fa témérité lui fufcita des : perfécutions fi violentes, qu'il fut obligé de s'éloigner de fon pays.

Il fe retira en Sicile, où il fe livra à l'étude de la Philofophie. Il compara premièrement le bien & le mal que nous éprouvons, & estima qu'il y avoit plus d'amertume que de

douceur dans cette vie. Il jeta enfuite les yeux fur les phénomènes de la nature. Sans chercher à les connoître, par les obfervations & par les expériences, il s'en rapporta à fes raifonnemens; vrai moyen de donner dans les plus grandes erreurs auffi avança-t-il les plus étranges paradoxes. Il foutint qu'il n'y a point de mouvement, que rien ne vit, rien ne croît, rien ne meurt; que fi nous croyons voir le contraire, c'eft une erreur de nos fens. Il ajouta à cela que la raifon même eft trompeufe, & qu'il n'y a rien de réel, de conftant, ni de véritable.

Quoique Xénophane raifonnât affez bien, comme on pourra juger par fes argumens fur la nature de Dieu, dans l'Hiftoire de la Théologie naturelle, cependant il ne fe mit point. en peine de foutenir fes paradoxes par quelques preuves. Et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est fa doctrine forma une fecte connue que fous le nom de Secte Eléatique, parce qu'elle prit naiffance à Elée.

Un de fes difciples, nommé Zénon, né en ce pays, voulut répandre cette doctrine. Il falloit pour cela l'étayer de quelques raisonnemens : c'eft auffi ce que ce Philofophe fe propofa de faire. Dans cette vue, il imagina l'art de difputer, c'eft-à-dire la Dialectique; & avec ce nouvel art, il embarraffa les hommes les plus intelligens par fes fubtilités.

Tout le monde connoît fes fophifmes pour prouver qu'il n'y a point de mouvement. Il difoit encore que les mêmes chofes fon poffibles & impoffibles; & enfin, il prétendoit

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