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ce que l'on ait fuivi toutes les manieres poffibles de les unir ou arranger, pour en obtenir de nouveaux réfultats ou conféquences.

Il est évident que l'analyfe ramaffe & entasse avec art les matériaux de nos connoiffances: mais la combinaison affortit les objets, & conftruit des édifices, en employant les matériaux que l'analyse a découverts. L'art de l'analyfe reffemble à ce peloton de fil, que la belle Ariadne donna à Théfée > pour aller examiner toutes les parties du labyrinthe de Crete, & pour en fortir. L'art de la combinaison reffemble aux rayons du foleil, qui éclairent, échauffent, guident & animent l'univers. La combinaison eft l'arithmétique, ou plutôt elle eft l'art méchanique du génie; elle rend l'homme, pour ainfi dire, créateur & toutpuiffant. Les anciens nous ont défigné cette vérité par les allégories des fables (a) & des

(a) La fable nous apprend que Minos enferma Dédale dans le labyrinthe de Crete: mais Dédale fe fit des ailes de cire, & s'envola. Ce trait nous enfeigne, que jamais la force, fans perfidie, ne peut contenir le génie; & qu'un homme qui entend la combinaison, peut emprunter même l'art des oifeaux & celui des poiffons, pour échapper des mains de fes ennemis. On peut lire à ce fujet la retraite des dix-mille, & la vie du vrai héros Scanderberg duc d'Albanie.

Les fables de Prothée, Gérion, Briarée, Argus,

métamorphofes. Les modernes prouvent le fait, en montrant les refforts combinés dans chaque efpece d'administration; ils le prouvent encore par les traités des ftratagêmes de la guerre, & par les recueils des machines combinées pour la formation & pour la révolution des états. Le peuple même peut fe convaincre de cette vérité, en réfléchiffant fur les refforts que la combinaison a inventés dans les arts.

EXEMPLES.

Nous devons à Roger Bacon, ou à Berthold Swart moine allemand, ou enfin à Conftantin Ancklitzen, la combinaison de

Achelous, nous découvrent que la combinaison nous transforme de mille manieres, & nous donne cent corps, cent bras, cent yeux, &c. On peut voir à ce fujet la vie de l'illuftre Turenne celle du comte de Saxe, & la défenfe des Caffines, dans Follard commentateur de Polybe.

Les métamorphofes de Jupiter nous apprennent qu'un amant réullit toujours auprès de celle qui T'écoute, s'il eft affez artificieux pour paroître blanc comme un cigne, auprès de l'innocente Léda; s'il fait ramper comme un ferpent, auprès de l'orgueilleufe Déloïs, & s'il fait devenir prodigue comme une pluie d'or, auprès de l'avare Danaë. On peut donner la même explication à la fable de Perfée monté fur la chimere de l'amour, lorsqu'il va délivrer fon Agnès de la garde du monftre marin, que Moliere appelle Pandolfe ou M. de la Souche.

trois drogues fimples, qui forment cette poudre merveilleufe qui fouleve les rochers, & qui renverfe les empires.

C'est la combinaison des faits, qui fonde vifiblement, 1o. cet art qui change les poisons mêmes en remedes; 2o. elle établit les regles de cet art ingénieux qui emploie fi utilement les inftruments méchaniques, pour enlever avec fécurité de l'intérieur de la tête & de nos corps les dépôts qui feroient certainement mortels; 3°. en un mot, c'est la combinaison des faits, qui affure le pronoftic du vrai médecin, & qui met dans fa bouche ces oracles divins qui prolongent, qui procurent la vie, & qui

L'aventure de Jafon prouve que quoique, un projet paroiffe ridicule ou impoffible, cependant Pon eft affuré de réuffir & de conquérir la toifon d'or, lorfque l'on fait employer à propos les attraits ou la malice d'une Médée; je dis, d'une Médée, parce qu'une honnête femine rougit de s'abaiffer a l'intrigue, à la cabale & aux coups de main. Le fexe ne doit employer que la voie de la priere, de la juftice & de la religion, qui ne font pour l'ordinaire que de foibles ou inutiles appas pour endormir le dragon qui garde les pommes d'or & la toifon. La Pucelle d'Orleans eft une exception à la regle générale. Revenons à la fable.

Le cheveu fatal de Nifus eft une leçon qui apprend que dans les cours, fouvent la gloire, la fûreté du Prince & celle de l'Etat, dépendent d'un cheveu fecret; c'est-à-dire, de la combinaifon des confeils d'un Solon, d'un Seneque, d'un Buri hus, en un mat, d'un homme fage ou favant.

femblent reffufciter les morts. Au contraire c'eft la mauvaise combinaison des circonftances, qui fait qu'un charlatan, un empyrique, un ignorant, font visiblement des peftes publiques. Les voleurs de grand che min, les miferes qu'entraînent la guerre & la famine, font des calamités momentanées mais un quidam, un cocher de médecin, qui ofe exercer la médecine, donné impunément des coups de piftolet dans chaque bouillon qu'il préfente, & dans chaque plaie qu'il panfe. Un tel monftre équivaut à une pefte particuliere qui dure quarante ans dans le lieu de fon établiffement. Dieu veuille que le peuple devienne moins dupe & plus éclairé fur cette matiere, & qu'il n'accorde jamais fa confiance qu'à des peres de famille domiciliés, qui fe bornent uniquement à l'état qu'ils ont acquis par leurs études dans les univerfités.

La fable de l'éloquent Amphion qui bâtit les mu railles de Thebes au fon de fa lyre; les hommes que le pieux Deucalion & la fidelle & par conféquent fertile Pyrrha formerent en jettant des pierres,& les fourmis que le jufte Eaque changea en hommes, font des emblêmes qui prouvent qu'un génie tel que le Czar Pierre le très-Grand, peut créer dans fes états des hommes, des villes & des efprits, en combinant la bienfaifance, l'économie & la juftice, qui font les loix vifibles de l'attraction de l'humanité.

Les dents de ferpent femées par Cadmus, qui forment des guerriers qui fe détruifent dans l'in

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La combinaison d'un philofophe nous a appris l'ufage de l'aiguille aimantée, qui étend, affure la navigation, fonde le commerce, & fait la richeffe des peuples. C'est l'efprit de combinaison qui a fait inventer, 1o. ces arts qui doublent notre vue, notre ouie, & qui nous font mesurer fans peine la terre & les cieux; 2°. ces arts merveilleux qui fixent nos figures, nos paroles & nos pensées fur le papier; arts divins, qui centuplent en peu de moments l'étendue de notre efprit, & qui le font germer comme le grain fur la terre.

Ce qu'il y a de fingulier dans la matiere que je traite, c'eft qu'il eft très-facile d'apprendre, & l'art de faire les combinaisons, & l'art d'appliquer les tables combinées à toutes fortes d'objets qui ne font pas au

ftant, les ceraftes changés en boeufs, nous montrent au contraire qu'un homme qui n'a pas l'efprit de combinaifon de Licurgue, de Numa & de Mahomet détruit fes états, fi en introduifant l'efprit belliqueux pour premier principe du gouvernement, il ne fait pas l'enchaîner par la douce combinaison ou de la morale, ou des loix civiles, ou de... &c. Lifez les mémoires du fage & favant Sully, avec la note de M. de l'Eclufe, tom. 5. liv. 19. pag. 291.

Voilà affez, & peut-être trop d'érudition, pour montrer l'utilité univerfelle de la combinaison, par des exemples combinés. L'on verra dans mon grand Ouvrage l'art facile de faupoudrer toutes les matieres, de citations & d'exemples moraux, allégo: riques, &c.

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