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comment il a oublié ce que Suetone rapporte de Caligula *, qu'il proposa un jour au Peuple Romain une Loi en très-petits caracteres & dans un espace étroit. Cela pouvoit autant lui servir que les autoritez de Saint Jerôme & de Loup de Ferieres sur lesquelles il se fonde.

Cependant il faudroit être bien novice dans les manieres & les expressions des Anciens pour en tirer quelque avantage. Il est fort aisé au. reste de faire voir encore que ce que disent Saint Jerôme & l'Abbé de Ferieres ne conclut rien pour le sentiment du Pere Mabillon. Habeant , dit le premier , qui volunt veteres libros vel in membranis pur. pureis auro argentove descriptos o vel uncialibus ( ut vulgò aiunt ) litteris, enera magis exarata , quàm codices, dummodo mibi meisque permittant pauperes habere schedulas , & non tàm pulchros codices quàm emendatos. Qu'on ait si l'on veut des anciens livres écrits en or ou en argent sur des feuilles de pourpre, ou en lettres Ona

. ciales,

* Tandem flagitante P. Romano proposuit quidem legem : sed minutiffimis litteris & anguftilli. mo loco. In Calig. 6o 4".

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ciales, comme on dit communément , qui font des masses plûtôt que des livres ; pourvû qu'on me permette à moi o aux miens d'avoir de simples cahiers des volumes plus corrects que magnifiques. Je ne vois pas qu'il soit parlé dans tout ce passage de caractere rond ou petit, & l’uncialibus qui y est, ne fait pas une difference d'avec le caractere prétendu par le Pere Mabillon ; mais d'avec un moins grand de même figure. Aulli Budée ne l'a-t-il pas entendu ainsi quoiqu'il s'abuse encore dans son opinion, comme je le dirai dans la suite. Vous voyez donc , Monsieur

, que cela est trop clair pour s'y arrêter davantage. Celui de l'Abbé de fer rieres fait encore moins : Praterea scriptor Regius Bertandus dicitur ana tiquarum litterarum dumtaxat que maximæ sunt et unciales à quibufdam vocari existimantur habere menfuram defcriptam. On dit-au-reste que Ber-taud Scribe du Roy, a chez lui la

a mesure des lettres anciennes, je veux dire de celles qui font les plus grandes , que quelques-uns appellest Onciales. Parce qu'il appelle les lectres onciales anciennes , quelle consequence en peut-on tirer?

Ce

>

Ce n'est pas une merveille que sur la fin du neuviéme fiécle, les caracteres Romains parussent antiques dans l'Occident à des gens qui étoient nez dans la barbarie qui y régnait depuis plusieurs âges. Qui ne sçait que

les divisions de l'Empire & le débordement des peuples du Nord & des autres extréinitez, avoient aboli la perfection dans tous les arts, & principalement dans les Lettres, que ces maîtres brutaux avoient, pour ainsi dire, estropiées ? La politesle & l'érudition dans ces tems-là n'étoit

pas le partage

de nos Ancêtres. Ainsi je ne crois pas que leur autorité soit beaucoup recevable en matiere de cririque. La seconde consequence que le Pere Mabillon tire de cet Auteur , n'est pas mieux fondée. Qui a

, jamais dit , comme lui , que les caracteres Majuscules eussent une même grandeur ? Le sçavant Allatius avoit déja détruit cette vision par avance ; le Pere Papebroch l'avoit

; prévûë & négligée en même tems

? parce qu'elle ne

peut
folltenir

par aucune autorité.

Et de fait, ce que l'on doit inferer railonnablement de la lettre citée

par le Pere Mabillon, est qu'un Peintre

nommé

se

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nommé Bertaud avoit des modéles ou des patrons de lettres Romaines peut-être de toutes grandeurs, comme un fort honnête Religieux de Compiegne que j'ai vû à Argenteuil, & qui a renouvellé depuis peu cette maniere d'écrire avec des modéles de cuivre ; & non pas que la figure de ces caracteres fùt déterminée à une grandeur certaine & fixée par l'usage de l'antiquité. Ce qui seroit d'autant plus ridicule , qu'il n'y a personne aujourd'hui dans Rome , qui ne le démentît à l'inspection seule des Inscriptions qui y sont frequentes. Il y a même dans le passage dequoi refuter cette conjecture. Il parle des lettres onciales , earum qua ma. ximæ sunt, de selles qui font les plus grandes. Or il est certain que les plus grandes sont celles qui se mettent au commencement ou à la tête de l'Ouvrage, des Inscriptions, & qu'on appelle pour cela CAPITALES. Ainli ou il faut que selon l'Abbé de Ferieres , le Pere Mabillon demeure d'accord qu'il y a des Onciales de plusieurs grandeurs , puisque le parfage dit earum qua maxima funt , de celles qui sont plus grandes ; ou qu'il souscrive au sentiment d'Alla

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*

tius, & à l'opinion publique que ces termes d'Unciales , Capitales , Cubitales & les autres sont Sinonymes, & ne désignent pas une mesure particuliere : ce qui est indubitable par tous les Anciens.

Ciceron parlant des Inscriptions qui étoient au-dessous des statuës que

Verrès s'étoit fait ériger , dit qu'elles marquoient en très-grandes let, tres que la Commune de Sicile les avoit élevées. Et en effet, l'endroit de S. Jerôme ci-dessus rapporté le prouve fort bien vel uncialibus ( ut vulgò aiunt) qui marque que ce n'étoit qu'une façon de parler , & non pas une expression qui déterminât la figure à une certaine quantité ou étenduë : en quoi Budée s'est fort trompé, lorsque parlant de ce pallage & voulant répondre à quelque Auteur qui- l'entendoit mal

il dit

que

les lettres Onciales étoient de la grosseur d'un pouce, Unciales enim lit- 1. 10.

dit-il de S. Jerôme , leroni. de afic. mus intelligi voluit pollicis craffitudine exaratas : Cars. ferôme veut

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L.

faire

teras ,

* Huic etiam Romæ videmus in bafi ftatuarum maximis litteris incisum, á Communi Siciliæ datas. Ir. 4. in Veio n. 134.

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