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Les Anciens avant l'invention du parchemin , n'écrivoient que d'un côté ; parce que les feüilles de l'arbre qu'on nomme papier sur lesquelles on écrivoit, étoient si minces, que le revers n'auroit pû souffrir

Pline l. l'impression de la plume imbuë d'en

13. C. 13. cre. On en fit de même , par habitude , sans doute , lorsqu'on commença à se servir de parchemin : de forte que

les feuilles en étant extremément longues & larges, on étoit obligé de les rouler pour conserver l'écriture, d'où vient le terme de Volume. Il étoit si fort contre l’u. {age d'écrire autrement, que quand cela arrivoit, on le remarquoit aussitôt comine une chose extraordinaire; témoin Plinę le jeune , qui parlant L. 2. Ep. des Ouvrages que son Oncle lui avoit laiflez les appelle Opistographes pour cet effet. D'où vient ausli que lorsqu'on se vouloit mocquer de quelqu'un dont la longueur ennuyoit, on Juvenal. disoit qu'il écrivoit des deux côtez, Satyr. Ia & qu'il ne finissoit point.

La maniere de plier les livres a encore produit une autre expresion de parler fort frequente & fort familiere. Comme les feuilles de parchemin étoient larges & longues ,

ad Macrun.

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on

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on y attachoit des rouleaux de bois ou d'autre matiere précieuse pour les tenir en état , & pour les rouler plus commodément , de même qu'à nos grandes cartes de Geographie. Celui qui se trouvoit au milieu , étoit d'ordinaire figuré en cercle pour quadrer à ceux du livre, & je ne doute point qu'on ne l'ait appellé Umbilia cus, à cause de la reflemblance d'où vient que cette expression latine at umbilicum pervenire veut dire finir quelque chose , achever fon ouvrage. On peut juger de - là que ce n'a été que fort tard qu'on a commencé à écrire & à former les livres de la maniere que nous les avons. C'est une chole étonnante qu'il ne se trouve presque point de ces volumes. Si l'on en trouvoit cependant, ils ne pourraient manquer d'être anciens & précieux, pourvû que le caractere fût Majuscule & qu'il eûr les conditions que j'ai marquées ci-dessus.

Il faut excepter néanmoins les Manuscrits Juifs , parce que parmi cette generation l'usage d'écrire ainsi s'est conservé très-long-tems , & ils en ont encore aujourd'hui des Bibles. Cetre invention de parchemin est

fans

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fans doute plus ancienne que quel
ques Auteurs ne le disent ; puisque
Herodote rapporte que les Ioniens In fing.
qui reçûrent les Lettres & les Scien-
ces des Pheniciens , appelloient les
peaux des bêtes des livres , parce
qu'ils s'en servoient quelquefois pour
écrire, & qu’un Traité fait entre les
Romains & les Gabiens peuples du
Latium, fût écrit en lettres anti-
ques,

c'est-à.dire, en lettres du tems, sur cuir de bæuf, dont on avoit couvert un bouclier de bois, comme on le voit dans Denis d'Halicarnasse.

A l'occasion de ceci je dirai que Plutarque rapporte que Remus & Romulus apprirent les sciences dans la ville des Gabiens; preuve qu'an-. ciennement les Lettres y furent cultivées: mais on n'apprend pas néanmoins si la Langue de ces peuples étoit la Grecque ou l'Hétrusque qui fe parloient en Italie, ou peut-être la Punique ; leur ville étant une Colonie de Sicile.

La couleur du parchemin sert encore beaucoup pour décider de l'antiquité du Manuscrit. Plus il est jaune ou sombre & plus il a d'âge; & comme on pourroit contrefaire cette couleur ; en déchirant un petit mor

ceau

ceau de parchemin, la fourbe , s'il y en avoit , se reconnoîtra facile. ment ; parce que le dedans de la membrane paroítra frais & blanc s'il est moderne, ce qui ne se trouve pas dans les antiques; l'interieur du parchemin étant d'ordinaire de la même couleur que la surface ou àpeu-près. Il en est de même de nô tre papier , quoiqu'il n'ait pas une aulli longue antiquité que le parchemin.

On se servoit autrefois presque de toutes sortes de matieres pour écrire. Les exemples en sont communs & connus de tout le monde L'airain fut employé, témoin ces lettres que le peuple de Sparte écrivit à Simon

grand Prêțre & Chef des Juifs , Mach. [cripferunt ad eum, dit l'Ecriture, in 1.1.C.14. tabulis æreis. Xiphilin rapporte que

Trajan marchant contre les Daces, on lai apporta comme un champignon fort grand, fur lequel étoit écrit en lettres latines , que les Burres egen leurs alliez demandoient à Trajax qu'il leur accordât la paix, & qu'il s'en retournât. Le Grec porte púxus Meyas TOOGERouicen que Xilander traduit un grand champignon; mais il n'y a gueres d'apparence à cela ; & il faut

plûtôt

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plutôt entendre par unens méyas ce qui servoir d'attache ou d'ornement au fourreau de l'épée, qui étoit d'ordinaire en forme de champignon, comme on le voit dans Herodote. Surquoi il est plus probable que des peuples guerriers avoient écrit la priere qu'ils faisoient à un Prince qu'ils regardoient comme un Heros ; ausi en frent-ils faire un plus grand qu'à l'ordinaire, pour contenir ce qu'ils avoient à demander à l'Empereur, Et il peut être que ces peuples qui n'avoient que des occupations martiales , & chez qui les Lettres n'étoient point en usage, ne se servoient que de ces ornemens d'épée pour faire entendre à leurs voisins & à leurs ennemis ce qu'ils vouloient.

Je le pourrois prouver par beau- . coup d'exemples , & entr'autres par ce Traité des Romains écrit sur un cuir de boeuf dont on avoit fait un bouclier , & par cette matiere qu'ils employerent pour donner le choix à Carthage de la paix ou de la guerre. Dans ces tems en effet, ils ne se servoient presque que de clous pour marquer leurs années, parce que les lettres y étoient rares, disent les Auteurs , & qu'ils n'étoient occupez

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