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Facit indignatio versum, le represente affés dans son naturel. Je ne laisserai pas cependant de l'adoucir , & de le rendre un peu moins mysanthro

aussi bien feu Monsieur des Préaux trouvoit, à ce qu'il me dit une fois, que j'avois trop outré le caractere de ce Poëte: Vous' sçavez que ce fameux satirique de nos jours le connoissoit parfaitement , & qu'il étoit juge équitable en telles affaires, & sur-tout excellent critique.

Pour commencer donc par l'aîné de Juvénal. Perse étoit de qualité, riche, beau, de fort bonne mine; ce qui ne fait pas toujours le vrai merite, il s'en faut bien; rien n'y est même quelquefois plus contraire; vous voiez cela tous les jours. Il avoit avec ces avantages, le naturel admirable, & les meilleures inclinations du monde; car outre que la complexion le réduisoit à être sobre & tempérant; une certaine pudeur répandue sur son visage & dans toutes ses manieres , le rendoit aimable. Qüi, Monsieur , il étoit chaste & modeste naturellement & par choix tout ensemble; zelé partisan de la vertu , ennemi déclaré du vice , il y paroît dans ses Satires; fort ménager de fon tems; inviolablement attaché à tous les devoirs de la vie civile , sage , discret , officieux, complaisant , liberal & ceconome à propos, obligeant , genereux, compatisfant aux chagrins des personnes qu'il sçavoit être dans l'indigence, & qui ne meritoient pas d'y être. Il étoit

très-bon ami, encore meilleur fils, meilleur frere & meil

leur parent. En effet, il avoit une amitié solide & effective pour ses soeurs, & une tendresse refpectueuse pour Fulvia sa mere , quoique remariée: & s'il étoit extrêmement pupille, quand fon pere mourut ; s'il n'avoit que sept ou huit ans , lorsque Fulvia fit cette ... [le mot de folie m’est presque échappé, mais il faut user de retenuë à l'égard du sexe ] il n'étoit déja que trop éclairé pour concevoir que cela n'étoit pas plaisant. Car la raison s'ouvre beaucoup dans ces conjonctures; elle devient animée, & n'attend pas toujours le tems prescrit pour faire ses réflexions , surtout quand elle se trouve dans un sujet affés bien disposé pour la satire. Mais il faut tout dire, Monsieur , le second mari mourut bientôt, & laissa Perse dans la suite en état de respecter & d'aimer sa mere d'aussi bonne foi qu'il le faisoit, n'étant encore qu'enfant. Je ne sçai si Fulvia prie grand soin de l'éducation de son fils, & si elle ne s'aimoit point un peu trop , pour ne pas negliger une affaire de cette importance ; c'est de quoi je ne répondrois pas, car les secondes noces des jeunes veuves détournent fort de ces sortes de soins. Mais de quoi je puis répondre , c'est que ce Chevalier Romain , quelque jeune qu'il fut, ne negligea rien pour se rendre aussi accompli, que je viens de vous le dépeindre; puisqu'il quitta Volterre d'où il étoit , & alla se faire instruire à Rome dans les belles lettres, pour lesquelles il avoit beaucoup de genie : aussi s'en fit-il sa prin

cipale occupation, & s'y appliqua-t-il vivement. Il choisit pour y réussir Rhemmius Palemon Grammairien, & Flavius Rheteur, tous deux excellents, chacun en son genre; persuadé que les plus habiles dans leur art , ne sont pas encore trop bons, parce qu'enfin ils font hommes. Ce fut par cette raison, qu'étant extrêmement parfionné

pour l'étude de la sagesse, il se mit à seize ans, de son propre mouvement, sous la conduite de Cornutus fameux Stoïcien & un des plus honnêtes hommes de son fiecle. Quels égards quelle veneration n'eut-il pas pour ce grand Philosophe, avec qui il contracta depuis une liaison si étroite qu'il n'eut point de plus intime ami. Lisez fa cinquiéme Satire (où il ne laisse pas en passant de fe louer un peu) vous y trouverez un disciple penetré des sentimens de reconnoillance les plus tendres : & il fit bien voir à sa mort, que rien n'étoit plus fincere, puisqu'il donna à Cornutus , en vertu d'un codicile, vingt-cinq mille écus & sa Bibliotheque composée de sept cens volumes. Mais cet illustre maître se contenta des livres, & renvoia genereusement les vingt-cinq mille écus aux fæeurs de Perse, que cet aimable frere avoit declarées fes heritieres dans son testament. Combien aujourd'hui de Philosophes par état , auroient tout retenu, & fe feroient servis de la force de leur esprit pour se consoler de la mort de leur Eleve ? Les habitudes presque continuelles que notre Poëte eut avec Cornutus, lui

firent faire connoiffance avec quatre ou cinq grands personnages du premier merite; il les cul: tiva fort. Thrasea Poetus, vrai modele de la vertu païenne, lui fut plus cher que pas un autre. Ce Thrasea avoit épousé la proche parente de Perse, nommée Aria, fi celebre par l'action en ce tems-là prétendue heroïque qu'elle fit en se plongeant un poignard dans le sein à la vûe de fon mari condamné à mort. J'ai dit , prétendue heroique, car Perse n'en jugeoit pas ainsi, puisqu'il s'avisa de composer sur ce sujet des vers qui n'étoient point du tout à la louange d'une épouse si genereuse & fi fidelle: mais il suivit conseil supprima les vers, & fit bien. Il connut aussi Seneque, dont il ne gouta pas plus le caractere d'esprit & les manieres, que Saint Evremont goute les écrits de ce Philosophe qui avoit effectivement l'air un peu trop Magistral. Perse s'accommoda bien mieux de Lucain qui s'étoit peutêtre insinué dans son esprit à force de se recrier aux beaux endroits de ses Satires , en disant souvent avec admiration. Voilà ce qui s'appelle d'excellentes pieces. Car, quelque modeste qu'on soit, on se laisse aisement prendre aux appas de ces applaudissemens si flateurs donnez tout haut en pleine assemblée par un bon connoisseur. Lucain n'avoit-il point en cela ses vûes ? Ne s'attendoitil point au retour? Les Poëtes & les Auteurs, vous le sçavez , donnent rarement en ce genre, rien pour rien; & quand ils en viennent les uns

avec les autres, aux prises des complimens & des louanges, ils ne s'épargnent pas. Horace pousse loin cette metaphore dans son Epitre à Florus. Lucain ne fut pas le seul approbateur des ouvrages de notre Poëte: beaucoup d'autres de ses contemporains les honorerent de leur estime & de leurs fuffrages. Martial qui loue peu , en parle avantageusement dans cette Epigramme.

Sæpius in libro memoratur Persius uno Quam levis in tota Marsus Amazonide. 1.4.

Epigr. 29. Ce n'est pas qu'à le bien prendre, Monsieur & à examiner de près sa pensée, son Epigramme foit fort favorable à Perse; car l'epithete levis , eft dure à digerer pour le pauvre Poëte Marsus, & fon Amazonide selon toutes les apparences ne valoit

que la P. de ... or prétendre que les six Satires de Perse soient meilleures que tout un grand Poëte fade & languissant, ce n'est pas lui faire beaucoup d'honneur. Perse n'est donc pas fort relevé par l'Epigramme, comme yous voïez; il l'est bien plus par le témoignage de Quintilien. Perse, dit ce Rheteur celebre, s'eft acquis bsaucoup de gloire , mais de cette gloire vraie et solide, par le peu de vers qu'il a faits. Multum vere glorie , quamvis uno libro, Perfous meruit. Valerius Probus rapporte que, du moment que ce petit livre fut mis en lumiere, on l'admira; le Libraire entouré d'acheteurs n'y pouvoit suffire, on se l'arrachoit des mains.

pas mieux

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