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tre mauvais. Il prétendoit prouver ce dogme par ces paroles de l'évangile: L'arbre qui fait de mauvais fruits n'est point bon , & l'arbre qui fait de Luc.3.36 bons fruits n'est point mauvais. Il se servoit aussi de la parabole, de ne point coudre de drap neuf avec le vieux, & de ne point mettre le vin nouveau dans les vieilles oudres ; pour montrer, que l'ancienne loi ne convenoit point avec la nou- Epiphon hea velle, & que J.C. l'avoit ́rejettée. Il disoit, que lb. . . 14. is. le souverain Dieu étoit invisible & sans nom : que le créateur du monde étoit le Dieu des Juifs , & que chacun de ces dieux avoit promis son Christ. Que le nôtre qui avoit paru sous Tibere étoit le bon, & que celui des Juifs , promis par le créa. teur, n'étoit pas encore venu. Il rejettoit l'ancien testament comme ayant été donné par le mauvais principe, & avoit composé un livre nommé les antithéles , ou contrarietez de la loi & de l'évangile. Il disoit que J. C. descendant aux enfers, n'avoit point sauvé Abel , Henoc, Noé, & les autres justes de l'ancien testament , qui étoient les amis du Dieu des Hebreux ;. mais qu'il avoit sau- Iren. I.6. 19: vé ses ennemis, comme Caïn, les Sodomites & les Egyptiens. Il tenoit ce Dieu des Hebreux pour le créateur & l'auteur de la matiere , & par conséquent de la chair. C'est pourquoi il nioic qu'elle deût résusciter : & condamnoit le mariage, ne baptisant que ceux qui faisoient profesfion de continence. Ses sectateurs s'abstenoient de la chair , des animaux & du vin , & n'usoient

XXXV.

Apelles hcsetique. Iertull.praf. 30. Epiph. her. 44

que

d'eau dans le sacrifice. Ils jeûnoient le same di , en haine du créateur: & ils poussoient la haine de la chair, jusques à s'exposer d'eux-mêmes. à la mort sous prétexte de martyre. Cette herefie euc un grand nombre de sectateurs : elle s'étendit loin, & dura pendant plusieurs siécles.

Entre les disciples de Marcion, le plus fameux. fut Apelles, qui étant tombé dans un peché d'incontinence avec une femme fut, retranché de la. communion par son maître, & pour se dérober à faveuë,s'enfuit à Alexandrie. Il disoit, que Dieu avoit fait plusieurs anges & plusieurs puissances ;. & de plus une vercu , qu'il nommoit le Seigneur:: qui avoit fait le monde, à l'imitation d'un monde superieur , dont toutefois il n'avoit pû atteindre la perfection. C'est pourquoi il avoit mêlé au fien le repentir. Il disoit que J.C. n'avoit pas eu seulement l'apparence d'un corps.,.comme disoit Marcion , ni une veritable chair comme dit l'é vangile : mais qu'en descendant du ciel, il s'étoit fait un corps celeste & aërien : & qu'en remon tant aprés la résurrection, il en avoit rendu chaque partie : en sorte que l'esprit seul étoit retourné au ciel. Aussi nioit-il la résurrection de la chair:. & tenoit les autres dogmes de Marcion.

Il avoit des écrits qui lui étoient particuliers, & qu'il appelloit phaneroses you révelations ; c'écoit les réveries d'une fille nommée Philumene, qu'il tenoit pour prophécesse , & quel l'on croit plutôt avoir été posledée. Apelles vêcut long,

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temps, & en sa vieillesse il paroissoit fort grave Emf. voc. 15. & fort severe, par son âge & par sa maniere de vivre. Rodon docteur catholique disputant un jour avec lui , & l'ayant convaincu, d'avoir dit plusieurs choses mal à propos , il fut contraint de dire qu'il ne faut point examiner la religion : que

chacun doit demeurer ferme dans la créance qu'il a une fois embrassée: & que ceux qui ont mis leurs esperences en J. C. crucifié , seront fauvez, pourveû qu'ils soient trouvez pleins de bon

nes æuvres.

Du même temps de Marcion vivoit $. Justin philosophe chrétien, dont les ouvrages sont venus jusques à nous. Il étoit de la province de Samarie, de la ville de Sichem, nommée aufli Flavia, à cause d'une colonie de Grecs, que Vespafien ou ses enfans y avoient envoyez : toutefois il n'étoit pas Samaritain, mais Grec payen & incirconcis.Il se fit chrétien avec grande connoifsance de cause , aprés avoir eslayé de toutes les fectes de philosophes, comme il raconte lui-même en ces termes: D'abord je me donnai à un Stoïcien ; & aprés avoir passé bien du temps avec lui , voyant que je n'apprenois rien de Dieu, car lui même n'en savoit rien, & disoit que cette connoisance n'étoit pas necessaire ; je le quittai & m'adressay à un Peripateticien ; homme subtil, comme il croyoit. Aprés m'avoir souffert les premiers jours , il me pria de lui fixer son salaire afin que nos conversations ne nous fussent pas

XXXVI. S. Justin phic lofophc chré. tien.

Diak cum Triph. init. p. 218 D.

edir. 1615.

inutiles : ce qui me le fit quitter , jugeant qu'il n'étoit point du rout philosophe. Et comme j'étois encore dans le plus grand empressement d'aprendre ce que la philofophie a de propre & de lingulier : j'allai trouver un Pytagoricien qui étoit en grande réputation , & n'avoit pas luimême une moindre opinion de la sagesse. Aprés que je lui eus témoigné que je voulois être son disciple: Et bien, me dit-il, avez-vous étudié la musique, l'astronomie, la géometrie? Où croyezvous pouvoir entendre quelque chose de ce qui mene à la beatitude ; sans avoir acquis ces connoissances qui dégagent l'ame des objets sensibles , la rendent propreaux intelligibles , & la mettent en état de contempler la beauté & la bonté elsentielle : Comme j'avoüay que je n'avois point étudié ces sciences , il me renvoya : car il les tenoit necessaires.

On peut juger qu'elle étoit ma peine', de me voir frustré de mon esperance, d'autant plus que je croyois qu'il favoit quelque chose: mais d'ailleurs voyant le temps qu'il m'auroit falu employer à ces études, je ne pus souffrir un silong délai : & je me déterminay à suivre les Platoniciens. Il y en avoit un dans notre ville , homme de bon sens, & distingué parmi eux. J'eus plusieurs conversations avec lui, & j'y profitay beaucoup.Je prenois grand plaisir à connoître les choses incorporelles, & la consideration des idées élevoit mon esprit comme sur des ailes : en sorte

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que je croyois être devenu lage en peu de temps, & j'avois conceû la folle esperance de voir Dieu bien-tôt ; c'est le but de la philosophie de Platon. Cette disposition d'esprit me faisoit chercher la solitude. Comme je me promenois au bord de la mer, je vis, en me retournant un vieillard , qui me suivoit d'assez prés. Son exterieur n'étoit pas méprisable , & moncroit beaucoup de douceur & de gravité. Nous entrâmes en conversation, & il me dit : Je voi que vous aimez les discours , & non pas les æuvres & la verité ; & que vous cherchez la science & les paroles , plûtôt que de venir à la pratique.

S. Jultin rapporte en suite un grand entretien, dans lequel ce vieillard lui fit voir , que les philofophes mêmes qu'il estimoit le plus, Platon & Pytagore , avoient erré dans les principes, & n'avoient bien connu ni Dieu , ni l'ame raisonnable. que les veritables sages étoient les prophetes, que Dieu avoit inspirez : comme il paroissoit 2134.D: par leurs prédictions & par leurs miracles. Ce qui leur avoit donné créance, en sorte qu'ils ayoient établi la verité par l'autorité, & non par des disputes & de longs raisonnemens , dont peu de gens sont capables. Que ces prophetes faifoient connoître Dieu le Pere. & l'auteur de toutes choses , & fon Fils le Christ qu'il a envoyé : qu'il falloit prier de nous ouvrir le portes de la lumiere, & nous faire connoître la verité. Le discours de ce vieillard donna à S. Justin un amour

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