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LVII. Martyre de Saint Juftin.

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Ata Martyr. fincera. p. 43. An. 167.

grandes choses. Et après avoir expliqué ces myf teres, il ajoûte : que la conduite de David à l'égard de la femme d'Urie, & fa penitence, marque bien, que les anciens ne croyoient pas, qu'il fût permis à chacun d'époufer autant de femmes qu'il voudroit, & comme il voudroit: ainsi que font, dit-il, aujourd'hui les gens de vôtre nation; qui prennent des femmes, fous le nom de mariage, en tous les païs où ils vont. Ce que S. Juftin dit ici de David, femble avoir ce fens. Si David eût crû pouvoir ufer felon fa paffion, de la liberté du divorce & de la polygamie: il n'eût eu rien à cacher: & fans faire mourir Urie, il l'eût obligé d'autorité à répudier fa femme: comme Augufte depuis obligea Drufus à répudier Livie: mais ces mariages n'étoient que des concubinages palliez

S. Juftin fcella de fon fang la foi qu'il avoit fi bien défenduë, & fouffrit le martyre, environ l'an cent foixante & fept. Il fut amené, avec ceux qui l'accompagnoient, devant Rustique préfet de Rome: qui lui demanda à quel genre d'étude il s'étoit apliqué. S. Juftin répondit : J'ai effayé de toutes fortes de doctrines, & enfin je me fuis appliqué à celle des chrétiens: quoiqu'elle ne plaife pas à ceux qui fuivent l'erreur. Qu'elle eft cette doctrine: dit le prefet. Juftin répondit: La doctrine des chrétiens, eft de croire un feul Dieu, créateur de toutes les chofes vifibles & invifibles, & de confeffer N. S. J. C. fils de Dieu, qui doit

venir juger le genre humain, qui a anoncé le falut & inftruit ceux qui ont receu fa bonne doctrine. Pour moi je fuis un homme foible & incapable de dire quelque chofe de grand de sa divinité infinie. Je confeffe que c'est la charge des prophetes, qui par inspiration divine ont prédit, plufieurs fiecles auparavant, que le fils de

Dieu viendroit dans le monde.

Le préfet demanda en quel lieu s'affembloient les chrétiens. Juftin répondit: Chacun s'affemble où il veut, & où il peut. Croyez-vous que nous ayons accoûtumé de nous affembler tous en un même lieu ? Il n'en eft pas ainfi. S. Juftin parloit de la forte, pour ne pas trahir ses freres, en découvrant les lieux de leurs affemblées; & d'ailleurs il vouloit dire, que leur culte n'étoit pas attaché à de certains lieux, comme celui des payens. C'eft pourquoi il ajoûta: Le Dieu des chrétiens n'eft pas enfermé dans un lieu. Comme il eft invisible, il remplit le Ciel & la terre : les fideles l'adorent par tout & le glorifient par tout. Le préfet dit: Dis donc en quel lieu tu affembles tes difciples. S. Juftin répondit: J'ai demeuré jufques à present auprés de la maison d'un nommé Martin, & du bain Timotinum. C'est la feconde fois que je fuis venu à Rome, & je ne connois point d'autre lieu. Que fi quelqu'un à voulu me venir trouver, je lui ai communiqué la doctrine de la verité. Tu és donc chrétien? dit le préfet: Assurément, répondit Justin je fuis chrétien. Ooo iij

Alors le préfet dit à Cariton : Es-tu chrétien ? Cariton dit: Je fuis chrétien par la grace de Dieu. Il fit la même question à une femme nommée Caritine : & elle répondit de même. Puis il dit à Evelpiste: Et toi qui es-tu? Il répondit: Je fuis esclave de Cefar, mais chrétien : J. C. m'a affranchi; & par fa grace je fuis participant de la même efperance, que ceux que vous voyés. Enfuite le préfet demanda la même chose à Hierax, qui dit: Oui, je fuis auffi chrétien. Car je fers & adore le même Dieu. Eft-ce Juftin, dit le préfet, qui vous a faits chrétien? Hierax répondit: J'ai été chrétien, & je le ferai. Ne voulant pas en dire davantage pour ne pas dénoncer fon maître. Peon qui étoit prefent dit: Je suis chrétien.Et qui t'a inftruit? dit le préfet ; il répondit: Ce font mes parens. Evelpille ajoûta : J'écoutois les difcours de Justin, avec grand plaifir; mais j'ai auffi appris de mes parens à être chrétien. Le préfet dit: Où font tes parens ? En Cappadoce, dit Evelpifte. Le préfet demanda auffi à Hierax, en quel païs étoient fes parens? Hierax répondit: Notre vrai pere eft le Chrift, & notre mere la foi, par laquelle nous croyons en lui: quant aux parens que j'avois fur la terre, ils font morts. Au refte, j'ai été tiré de la Phrigie pour venir ici. Le préfet demanda à Liberien, ce qu'il dispit ; s'il étoit auffi chrétien & impie contre les dieux? Liberien dit. Je fuis auffi chrétien. Car je fers & adore le feul vrai Dieu.

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Alors le préfet fe tournant vers Justin, luidit: Ecoute, toi qui paffes pour éloquent, qui crois avoir la vraye science : quand tu ferasdéchiré de coups de foüet, depuis la tête jusques aux pieds : crois-tu que tu monteras au ciel? Je croy, dit Juftin: que fi je fouffre ce que vous dites, j'aurai ce qu'ont déja ceux qui ont gardé les préceptes de J. C. Car je fai que la grace de Dieu est refervée, jusques à ce que le monde finiffe, à tous ceux qui vivront ainfi. A quoy le préfet répon dit: Tu t'imagines donc monter au ciel pour recevoir quelque récompenfe ? Je ne me l'imagine pas,dit Justin je le sai; & j'en suis si affûré, que je n'en doute point. Le préfet dit : Venons à ̊ce dont il s'agit, & qui eft de plus preffé. Affemblez-vous, & facrifiez aux dieux, tous de concert. Juftin dit: Aucune perfonne de bon fens ne quitte la pieté, pour tomber dans l'erreur & l'impieté. Le préfet dit: Si vous n'obéissez à nos ordres, vous ferez tourmentez fans mifericorde. Juftin dit : ce que nous fouhaitons le plus, eft de fouffrir des tourmens pour N. S. J.C. Car c'eft ce qui nous donnera de la confiance devant fon tribunal terrible, où tout le monde doit comparoître. Les autres martyrs en dirent autant & ajoûterent : Faites vîte ce que vous voudrez; car nous fommes chrétiens, & nous ne facrifions point aux idoles.

Le prefet ayant oui ces paroles, prononça cette fentence: Ceux qui n'ont pas voulu facrifier &

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obeïr à l'ordonnance de l'empereur; foient fufti-
gez & emmenez, pour être punis de mort, com-
me les loix ordonnent. Les faints martyrs louant
Dieu, furent menez au lieu accoûtumé : & aprés
avoir été fouettez, ils furent décolez avec la ha-
che. Enfuite quelques fideles enleverent leurs
corps en cachette, & les enterrerent en un lieu
convenable. Tel fut le martyre de S. Justin le
philofophe. Il nous refte de lui plufieurs ouvra-
ges
écrits en grec, dont les principaux & les plus
cartains font les deux apologies pour les chré-
tiens, le dialogue avec Tryphon, la feconde par-
tie de fon traité de la monarchie, c'est-à-dire de
l'unité de Dieu. Son plus fameux difciple fut Ta-
tien Affyrien de naissance, & philofophe.

:

LVIII.

de Corinthe.

Dans ce même temps, Denis évêque de CorinS. Denis évêque the écrivit à l'église Romaine une lettre adreffée à Soter, qui la gouvernoit alors, où il difoit : Dés le commencement vous avez accoûtumé de répandre vos bienfaits fur les freres, & d'envoyer la substance a plusieurs églises. Ici vous foulagez les befoins des pauvres : particulierement de ceux qui travaillent aux mines: gardant, comme de vrais Romains, l'ancienne coûtume de vos peres: Votre bienheureux évêque Soter ne s'eft pas contenté de les imiter : il a fait plus & en prenant foin des liberalitez que l'on envoye aux faints ; ila confolé en même temps, par fes pieux discours, les freres qui font alléz vers lui;comme un pere tendre pour les enfans. Denis difoit dans la même lettre: Nous

Euf. hift. IV. c.

18.

Hur. feript. Enf.

Av. c. 13.

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