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« sans aucune innovation , et dont le siège était fixé, comme celui de l'ancienne Régence, dans la ville d'Ensisheim.

Louis XIV, qui n'avait alors que 19 ans, mais qui dès 1551 (à 13 ans) avait été déclaré majeur, qui, en 1654 (à 17 ans) était venu lui-même interdire au Parlement les assemblécs générales, encouragé d'ailleurs et secondé dans cette voie, par sa mère et par Mazarin, savait déjà se faire obéir sans délai et sans réplique, et ne supposait pas que la mise en vigueur d'un édit émané de son pouvoir souverain pût souffrir la moindre difficulté ni la moindre lenteur; aussi trouvons-nous, aux archives du Haut-Rhin, une lettre de lui qui indique que, dans sa pensée, « l'ouverture dudit conseil , devait avoir lieu très-prochainement, puisqu'il y invite l'évêque de Basle (0) en l'avertissant seulement que le jour de la cérémonie lui sera indiqué par Colbert, nommé présideņt de la compagnie. Cette lellre est ainsi conçue:

« Monsieur l'Evesque de Basle, ayant considéré l'interest que vous pouvez prendre par votre voysinage et par vostre affection vers celle couronne en ce qui peut estre du bien et des advantages de mes

(") Tous les Alsaciens saveot, mais quelques-uns de nos lecteurs étrangers à celle province peuvent ignorer que, jusqu'à la Révolution, la Haute-Alsace , dont Colmar faisait partie, appartenait spirituellement au diocèse de Basle ; seulement, à l'époque qui nous occupe, la ville épiscopale ayant, depuis plus d'un siècle , cmbrassé la Résorme, l'éréque résidait à Porrentruy, tout en conservant son titre d'évêque de Basle. — C'est à dessein que nous laissons à ce nom son ancienne orthographe qu'avait respectée avant ncus le sarant continuatour de Malle-Brun dont nous sommes fiers de porter le nom ; nous n'ignorons pas, il n'igoorail pas non plus que dans l'usage familier, et dans les livres de chemin de fer, on l'écrit, le plus souvent, en remplaçant la lettre S par un accent circonlère, mais il pensail et nous pensons avec lui que l'ancienne orthographe élant plus rapprochée de celle du nom que donnent à cette ville ses propres habitants (Basel), doit Cire préférée.

P. H.

a

subjectz en Alsace, et pour les faire jouir de ceux qu'ilz se doibvent promettre de la paix, et de ce que Dieu les a réunis à un si puissant état, j'ay esté bien ayse de vous donner part de la résolution que j'ay prise d'establir un conseil souverain audit pays d'Alsace pour l'administration de la justice et afin de rendre l'ouverture dudit conseil plus celebre, j'ay bien voullu vous convier et prier comme je faictz par cette lettre d'y assister ou d'y envoyer tel deputté qu'il vous plaira au jour dont vous serez adverly par le sieur Colbert, intendant de la justice police et finances audit pays lequel j'ay pourveu de la charge de president audit conseil, et je vous asseure que j'auray le plaisir que vous me serez en celà très-agréable, et qu'en toutes les occasions qui s'offriront, je vous donneray volontiers des essetz de ma bienveillance particulière, priant Dieu qu'il vous ayt, Monsieur l'Evêque de Basle, en sa saincle garde. Escril à Metz ce xxiie septembre 1657.

Signé : Louis

et plus bas : LETELLIER. ) Cette lettre est datée de Metz comme l'édit de création ('), comme la désignation des commissaires chargés de procéder à l'installation du Conseil (cette désignation est du 26). On sait en effet, que l'empereur Ferdinand III étant mort le 2 avril de cette année 1657, sans avoir fait élire -roi des Romains son fils Léopold , Mazarin envoya à la diète de Francfort le maréchal de Grammont et M. de Lionne précédemment ambassadeur à Rome, « pour éloigner à « lout prix l'élection d'un prince autrichien, tâcher de « faire succéder celle du roi de France ou du moins de a l'électeur de Bavière, et en tous cas, obtenir un recès « tel que le nouvel empereur ne pourrait diriger les forces « allemandes arbitrairement et dans un intérêt contraire « à celui de la France; » en même temps, le roi s'avançait jusqu'à Metz, pour appuyer la négociation , prenait

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(") L'édit de création du Conseil souverain est date du mois de seplembre , sans indication de jour ; la lettre ci-dessus établit qu'il est antérieur au 22.

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part à la campagne de Turenne et de Clerambault contre Condé et assistait au siège de Montmédy. La cour paraît avoir séjourné à Metz pendant plus d'un mois (1).

Malgré le désir manifesté par Louis XIV, de voir le conseil entrer immédiatement en fonctions, l'installation en fut retardée pendant plus d'un an < tant l'Autriche avait suscité d'obstacles à l'exécution du traité de Munster (2). »

Colbert, chargé de transmettre l'invitation du roi à l'évêque, ne put exécuter ses instructions qu'à la fin d'octobre 1658. Il joignit à la missive royale la lettre suivante :

« Monsieur «Vostre Excellence sera informée par la lettre du Roy que je luy envoye de la resolution que Sa Majesté a prise d'establir un conseil souverain pour l'administration de la justice dans les pays quy luy ont esté cédés par le traisté de Munster et comme elle est en mesme lemps conviée par sa dite Male d'y vouloir assister ou d'y envoyer tel deputé qu'il luy plaira au jour dont je l'avertiray, je prens la liberté de joindre celle-cy à la lettre de Sa Malé pour dire à V. Exce que je dois proceder le 4 du mois de novembre prochain å l'establissernent dudit conseil coniointement avec les autres commissaires deputés pour cet effet, el que nous esperons que V. Exce. ayant esgard à la prière de Sa Malé honnorera cet acte de sa presence ou sera trouver ses deputés en la ville d'Ensisheim le 3 dud. mois au soir pour estre presens le lendemain matin aud. acte ou ils reconnoitront sans doule que tous les ofliciers quy doivent composer led. conseil souverain ne sont pas moins disposés à entretenir le bon voisinage avec les sujels de V. Exce que Sa Maté a luy donner louttes les marques

(*) y me de Molleville, dit dans ses mémoires : « La 'cour revint à Paris après avoir été à Metz assez longtemps. Le roi, pendant le séjour de la reine en ce jieu, avait été faire une pelile course à Nancy. » Elle ne précise pas davantage, mais le siège de Montmédy ayant duré du 12 juin au 6 août , alors même que Louis XIV n'y serait arrivé que vers la fin des opéralions, son séjour en Lorraine dut avoir une certaine durée.

(*) Hist. du Conseil souveraia, p. 35.

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possibles de son affection. Je soulailte en mon particulier que l'honneur
que Sa Maté me fait de vouloir que j'y preside me procure aussy
celuy de rendre mes tres humbles services à V. Exce. et de luy les-
moigner le respect avec lequel je suis
« Monsieur

« Son très humble et très obeissant serviteur

« Signé: COLBERT (1) « A Brisach le 20 octobre 1658. »

On remarquera le style officiellement respectueux, mais néanmoins empreint d'une certaine raideur, qui règne dans cette lettre. Nous n'insistons pas sur l'absence de l'appellations Monseigneur, contestable, contestée, mais généralement donnée aux évêques; le roi de France ne

: la donnait

pas,

et Colbert dans cette circonstance, reprétait l'autorité royale; mais Louis XIV l'appelle : « Monsieur l'évesque de Basle » landis que son représentant, tout cn qualifiant le prélat d'Excellence , se contente de l'appeller « Monsieur. » C'est à dessein aussi que nous avons laissé dans le texte, les abréviations dont il est rempli, et qui, dans une lettre officielle, semblent dénoter un certain sans-gêne qui, surtout sous la plume de Colbert, peut paraitre prémédité.

Il est permis de supposer, en effet, que le destinataire de cette lettre, Jean Conrad 1er, de Roggenbach , ancien prévôt de l'église de Basle, élu évèque à Delémont par le chapitre assemblé, le 22 décembre 1656, (4) n'était pas

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(*) Celle leltre existe en original aus archives du Haut-Rhin; elle est encore revčiue de son cnveloppe portant, sur cire rouge, l'empreinte du cache personnel de Colbert (la couleurre) timbré d'un casque à visière fermée, et pour suscription: « Monsieur l'éresqne de Basle prince du saint-empire i Porrentruy. :

(*) Monuments de l'histoire de l'ancien évêché de Bale, par J. Trouillat, introduction, p. 134.

resté étranger aux obstacles qui avaient retardé la complète exécution du traité de Munster, et cela se conçoit facilement. Prince du saint empire, il ne pouvait voir sans regret la couronne impériale perdre un de ses plus beaux fleurons; pasteur d'âmes, il ne pouvait voir sans regret une partie de ses ouailles passer sous la domination d'un prince étranger; enfin il n'ignorait pas que le gouvernement français élait beaucoup moins disposé que la maison d'Autriche à tolérer certains empiètements du spirituel sur le temporel (1) et il est probable que, même en s'inclinant désormais devant les faits accomplis, il nc partageait pas complètement la joie que Louis XIV supposait à ses « subjectz d'Alsace, de ce que Dieu les avait réunis à un si puissant état. )

Est-ce à lui aussi qu'il faut attribuer les nouveaux délais que subit l'installation du conseil ? Nous n'oserions l'affirmer; toujours est-il que la cérémonie fixée par Colbert au 4 novembre, fixation tellement précise qu'il invitait l'évêque ou son représentant à se rendre à Ensisheim « le 5 dudit mois au soir pour estre présens , le lendemain audit acle » n'eut lieu que le 24, avec une solemnité dont nos lecteurs trouveront les détails dans l'histoire du Conseil souverain (p. 35 et 36); mais, ainsi qu'il était facile de le prévoir, ainsi que le prévoyaient

(4) 11 nc larda pas à en faire l'expéricoce: divers Alsaciens devenus sujets du roi ayant été cités desant l'official de Basle pour voir statuer sur des saisies de dismes, sur des paiemens arriérés d'anniversaires , une tentative plus singulière cncore ayant été faite pour attribuer à celle juridiction une portion de la justice répressive en citant derant elle le maire d'Ill furth (aujourd'hui commune du canton d'Allkirch, arrond'. de Mulhouse) comme inculpe d'injures envers le cure de sa paroisse, un arrèt du Conseil souverain, en date du 3 mars 1659 fil défense à l'official de connaitre du temporel (ordonnances d'Alsace, lom. I, p. 8).

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