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L'HISTOIRE ECCLESIASTIQUE.

JURISDICTION.
ES differends entre les ecclésiastiques &

I. Jo XX. 21.

Jurisdiction les laïques touchant la jurisdiction, ont esentiele à l'ééré si fréquens depuis le douziéme siècle, glise. que j'ai cru les devoir examiner dans un discours particulier. Pour en juger saine

ment, il faut commencer par bien conoître la jurisdiction propre & essentiele à l'église , & la distinguer soigneusement des accessoires qu'elle a reçus de temps en temps , soit par les concellions des princes, soit

par des coutumes introduites insensiblement. Il faut aussi convenir de bonne foi, que dans les derniers siécles la puissance ecclésiastique & la séculiere ont souvent entrepris l'une sur l'autre.

La jurisdi&tion essentielle à l'église est celle que J. C. a donée à ses apôtres, en leur disant aprés fa resurrection: Matth. XXVIM. Toute puissance m'a été donée au ciel & en la terre. Allés donc, instruisés toutes les nacions & les baptisés : leur enseignant d'observer tout ce que je vous ai ordoné. Vous voïés à quoi il réduit l'exercice de cette toutepuissance qu'il a reçuë de son pere , à l'instruction & l'administration des sacremens: la do&rine comprend les myfteres & les regles des mœurs, les sacremens sont tou's designés par le baptême. Dans ce même intervale entre

18.

Luc.X11. 14

la résurrection & l'ascension , il dit à ses apôtres : Comme mon pere m'a envoié, je vous envoie aussi : puis il foufla fur eux & leur dit: Recevés le S. Esprit: ceux dont vous remertrés les pechés ils leur sont remis & ceux dont vous les retiendrés ils leur font retenus : leur do

nant ainsi le pouvoir de lier & de délier, qu'il leur avoit Matth. xvIII.

déja promis pendant sa vie mortelle. Je ne parle ici que des pouvoirs ordinaires & perpetuels necessaires pour conserver l'église jusqu'à la fin des siécles : c'est pourquoi je ne dis rien des dons surnaturels, langues, propheties, guerisons & autres miracles , fi frequens pendant les trois premiers siécles.

Or ces pouvoirs que J. C.a conferés à son église, ne regardent que les biens spirituels, la grace , la fanétification des ames , la vie éternelle. Lui-même étant sur la terre n'en a pas exercé d'autres. Il n'a voulu prendre aucune part au.gouvernement des choses temporeles : jufques à refuser d'être arbitre entre deux freres pour le partage d'une succession : disant: Qui m'a établi juger ? Il est vrai qu'il est roi : mais son roïaume, comme il a dit lui-même, n'est pas de ce monde, il est d'un ordre plus élevé. Il ne veut regner que sur les cæurs, par la crainte filiale de ses sujets, le respect & l'amour qu'ils lui

portent. Il ne veut que les rendre meilleurs; il n'exige d'eux autre tribut que des louanges, des actions de graces, l'adoration en esprit & en verité. Tel est le roïaume de J.C.

Pour l'établir il n'a emploié que des moiens conve

nables à la noblesse de la fin. Il n'a rien fait par force, De vera relig. dit S. Augustin , mais tout par persuasion ; & pour per

suader il n'a pas emploïé comme les philofophes de longs raisonnemens, dont peu d'hommes sont susceptibles ; mais des miracles, qui sont à la portée de tout le monde, propres à attirer l'attention & à fonder l'autorité. Il a communiqué à ses disciples ce pouvoir de faire des misacles & d'en communiquer le pouvoir à d'autres autant de temps qu'il a jugé convenable pour établir suffilament l'autorité de son église.

pour vous

Jo. XVIII. 36.

Lüca.

Cette autorité est le fondement de la jurisdiction ecclésiastique, qui consiste à conserver la saine doctrine & les bonnes meurs. La doctrine se conserve en établirsant des docteurs pour la perpetuer dans tous les frécles, & en réprimant ceux qui la voudroient alterer. Or l'église a toûjours exercé ce droit, enseignant la doctrine qu'elle a reçuë de J.C. & ordonant des évêques qui en sont les principaux docteurs ; & qui pour leur aider ont ordoné, outre les prêtres, des diacres & d'autres ministres inferieurs. Tout cela malgré l'opposition des infidéles. & pendant les plus cruelles persécutions. S. Paul dans ses chaînes ne laissoit pas d'enseigner , & la parole de Dieu , comme il dit lui-même n'étoit pas enchaînée. 1. Tim. 1. 20. Il favoit aussi réprimer & chârier les faux docteurs , comme Hymenée & Alexandre , qu'il livra à faran à cause de leurs blasfêmes ; & l'apôtre S. Jean déposa le prêtre qui avoit fabriqué l'histoire des voiages de S. Paul & de Hier. feript. in sainte Thecle.

Comme dans le gouvernement temporel le premier acte de jurisdi&tion est l'institution des magistrats, des juges & des ministres de justice: ainsi l'ordination des évêques & des clercs cst le premier acte & le plus important du gouvernement ecclésiastique. Aussi avés - vous vû dans toure cette histoire avec quelle attention & quelle circonspection on ordenoit les évèques pendant les neuf ou dix premiers siécles: j'en ai marqué le détail au second discours, où j'ai relevé cette parole de S. Cyprien, 9.4.80.8. qu’un évêque ordoné canoniquement est établi par le jugement de Dieu. L'évêque une fois établi ordonoit les Cypr.epift. 67. prêtres & les autres clercs, mais avec le consentement de son clergé & de son peuple; & toûjours pour un titre certain, c'est-à-dire pour servir dans une certaine église. D'où est venuë la collation des benéfices depuis le partage des revenus ecclésiastıques.

L'autre partie de la jurisdi&ion qui tend à la conservation des bonnes moeurs, s'exerce principalement par l'administration de la pénitence: où le prêtre prend conoillance des pechés comme juge , pour savoir s'il les

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n. 3.

n. 16. to. 13.

doit remettre ou les retenir, lier ou délier le pecheur. Voiés encore ce que j'en ai dit au second discours, où j'ai montré que l'église n’imposoit que des peines médecinales , & à ceux qui les acceptoient volontairement: so contentant de prier pour les indociles & les endurcis, qu'elle se trouvoit quelquefois obligée à retrancher de son corps, de peur qu'ils n'infectaflent les autres. J'ai marqué dans le troisiéme discours deux abus tres-nuisibles à la pénitence, la multiplication excessive des peines canoniques & les pénitences forcées. Or je vous renvoïe à ces discours sur l'histoire pour éviter les redites.

Une autre partie de la jurisdiction ecclésiastique qu'il faloit peut-être placer la premiere, c'est le droit de faire des loix & des réglemens, droit eflentiel à toute societé.. Ainsi les apôtres en fondant les églises leur donerent des régles de discipline qui furent long-temps conservées par la simple tradition , & ensuite écrites sous le nom de canons des apôtres & de constitutions apostoliques. Les conciles qui se tenoient frequemment faisoient aussi de temps en temps quelques réglemens ; & c'est ce que nous apellons les canons, du mot grec qui signifie régle.

Comme un des devoirs des évêques étoit de conserver Arbitrages des l'union & la charité entre les fidēles, ils avoient grand évêques.

soin d'apaiser les querelles, de terminer ou prévenir les differends: du moins ils exhortoient ceux qui leur étoient

soumis à les regler entre eux à l'amiable, sans plaider de1.Cor. vi. 4. vant les juges ordinaires , qui étoient païens. S. Paul en

fait un grand reproche aux Corinthiens ; & dir, que les plus méprisables d'entre cux ne sont que trop

bons

pour juger leurs affaires temporelles, tant ils doivent faire peu de cas de ces sortes d'affaires ; & prendre garde de ne pas scandaliser les païens en plaidant pour de petits interêts comme les autres hommes. Vous avés déja tort, continue l'apôtre d'avoir des procés:que ne soufrés vous plutôt l'injustice & la fraude ? & là-dessus il leur fait une puissante exhortation touchant le désintéressement & l'éloignement de l'avarice. Ainsi quand J.C. refusa d'être arbitre entre les deux freres , il cn pric occasion d'inf

II.

V. 7.

cruire le peuple sur le mépris des biens temporels.

Or, quoique selon S. Paul , les moindres des laïques puslent être pris pour arbitres de leurs freres , c'étoit toutefois l'évêque qu'ils choisissoient ordinairement comme leur pere commun ; & l'on voit la forme de ces jugemens charitables dans le livre des constitutions apof- lib. 11.6.47. toliques , écrit avant la fin des persecutions. L'évêque étoit aflis au milieu des prêtres, comme un magistrat alfifté de ses conseillers : les diacres étoient debout, comme servant d'appariteurs , ou ministres de justice : les parties se présentoient en persone & s'expliquoient par leur bouche. L'affaire écoit examinée simplement & de bonne foi , sans formalités rigoureuses, & decidée suivant la loi de Dieu , c'est-à-dire les saintes écritures. Le juge avoit égard à la qualité des parties, principalement à leurs mæurs, pour ne doner lieu ni à la calomnie ni à la chicane; & non content de juger l'affaire au fonds en déclarant ce qui étoit juste, il s'efforçoit d'en persuader les parties, les faire acquiescer à son jugement , les réconcilier parfaitement & les guerir de toute aigreur & de toute animosité. C'est pourquoi l'audiance de l'évêque se tenoit le lundi , afin que les parties eussent le reste de la semaine pour calmer leurs pafsions; & que le 1. Tim. 11. 8. dimanche suivant ils pussent dans leurs prieres lever à Dieu des mains pures, comme dit l'apôtre.

Les affaires plus importantes, comme les plaintes contre les évêques mêmes , se jugcoient dans les conci- Conciles. les provinciaux : qui se tenoient régulierement deux fois l'an', à moins que la persecution ouverte ne l' ; & au-dessus de ces conciles il n'y avoit point de tribunal ordinaire. S. Cyprien parlant des Chrétiens qui é- epift. 19. toient tombés dans la persecution, dit : Qu'ils attendent la paix publique de l'église, afin

que

dans une assemblée de plusieurs évêques nous puillions tout régler d'un commun avis. Le concile de Nicée tenu au commencement de la liberté de l'églite, ordone deux conciles par an : ce qui semble montrer que c'étoit déja la coutume de les tenir frequemment.

III.

can.si

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