Imágenes de páginas
PDF
EPUB
[merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][merged small][ocr errors]

TEMPLIERS

ems à l'efprit & au cœur de s'en nourrir. On n'apperçoit de ORDRE DES mouvement, que dans les feules lévres de ceux qui chantent, fans quoi on les prendroit pour des corps fans vie. C'est ainfi qu'en parle M. de Ville Fore comme témoin cculaire, pour avoir fait plufieurs voïages dans cette fameufe Abbaïe.

Il ajoûte qu'une des chofes qui édifie davantage dans ce Monaftere,c'eft qu'outre le filence inviolable qu'on y garde, on eft charmé de la modeftie des Religieux dans leur marcher, quand ils vont tous ensemble au travail ou à la conference: c'est ainsi que l'on appelle ce qu'on nomme ailleurs la Recreation après le repas, & celui qui y préfide, y parle feul de quelque matiere de pieté aucun n'ouvre la bouche qu'il ne foit interrogé. Outre cent Religieux deftinés pour le Choeur, qui font préfentement dans cette Abbaïe, il y a encore près de cinquante Freres Convers, qui y vivent tous par le travail de leurs mains, fans être à charge au public, faifant au contraire l'aumône à tous venans, & ne refufant l'hofpitalité à perfonne.

:

Enfin Dom Eustache de Beaufort, après avoir gouverné ce Monaftere près de quarante-cinq ans, depuis que la Réforme y avoit été établie par fes foins,y mourut le 22. Octobre 1709.

Droüet de Maupertuis, Hift. de la Réforme de l'Abbaie de Sept-Fons. De Villeforre, Vies des Peres d'Occident. & Thomás Corneille, Dict. Geographique.

CHAPITRE

I I I.

Des Chevaliers Templiers,

de leur abolition.

D

la

E tous les Ordres qui ont été fupprimés, il n'y en a point qui ait eu une fin plus tragique que celui des Templiers. Il prit naiffance à Jerufalem l'an 1118. par pieté de Hugues de Paganis, de Godefroi de Saint-Amour, & de fept autres, dont les noms font inconnus, qui établirent entre eux une focieté pour défendre les Pellerins de la cruauté des Infideles, pourvoir à la fureté des chemins, & défendre la Religion : & afin que rien ne les empêchât d'emploïer toute leur vie à ces œuvres de charité, ils jugerent

TEMPLIERS

ORDREDES qu'il étoit plus à propos de s'y obliger par des vœux : c'eft pourquoi ils allerent trouver Guarimond Patriarche de Jerufalem, qui approuvant leur deffein, reçut les trois vœux,de pauvreté, de chafteté & d'obéïffance, qu'ils firent entre fes mains, fe confacrant ainfi au service de Dieu & du prochain. Baudouin II. Roi de Jefusalem, voïant leur zele, leur donna pour un tems feulement, une Maison proche du Temple de Salomon, dont ils prirent le nom de Templiers ou Chevaliers de la Milice du Temple. Les Chanoines Reguliers du faint Sepulchre leur accorderent dans la fuite une place qu'ils avoient près le Palais, à certaine condition, & ils y établirent leur demeure. D'abord ils ne vivoient que d'aumônes, & cette grande pauvreté dont ils faifoient profeffion, fit qu'on les appella auffi les pauvres Chevaliers du Temple Pendant les premieres années de leur établissement, ils ne reçurent perfonne dans leur Societé, qui ne s'augmenta qu'après la tenue du Concile qui fut célebré à Troïes l'an 1128. où préfidoit l'Evêque d'Albe, de la part du Pape Honorius II. Hugues de Paganis & cinq de fes Confreres s'y trouverent, & demanderent une Regle, afin que vivant en focieté, ils puffent avoir les mêmes Obfervances, & les mêmes Ufages. Cette demande paroiffant jufte aux Peres du Concile, elle leur fut accordée; & faint Bernard, Abbé de: Clairvaux, qui fe trouvoit auffi à ce Concile, fut chargé de ce foin, dont il s'acquita avec beaucoup de prudence & de pieté, leur donnant une Regle conforme à leur profeffion & à l'efprit de leur Institut.

L'on trouve dans Mennenius, & dans quelques autres Hiftoriens, la Regle que l'on prétend avoir été composée par faint Bernard pour ces Chevaliers : mais M. du Pui dans l'Histoire qu'il a donnée de la condamnation de ces Templiers, prétend qu'elle n'eft pas venuë jufqu'à nous, & que cette Regle que nous avons, eft plûtôt l'abregé de la Regle, que la Regle entiere. En effet, il n'y eft point parlé du ferment que devoient faire les Maîtres particuliers de cet Ordre aprés leur élection, comme nous le voïons par un Manufcrit de l'Abbaïe d'Alcobaza en Portugal, où l'on trouve le ferment que devoit faire le Maître du Temple en ce Roïaume, conformément à la Regle que faint Bernard kur avoit donnée. Voici la Formule de ce ferment, rappor

[ocr errors][ocr errors]

TEMPLIERS

tée par Chryfoftome Henriqués, dans le Recueil qu'il a fait ORDREDES
des Regles & Conftitutions des differens Ordres Religieux
& Militaires foumis à celui de Citeaux, & qui fe trouve
auffi dans Manrique, Britte, & autres Hiftoriens de cet
Ordre.

>

Je N. Chevalier de l'Ordre du Temple & nouvellement élu
Maitre des Chevaliers qui font en Portugal, promets à fefus-
Chrift mon Seigneur & a fon Vicaire N. le Souverain Pontife
& à fes Succeffeurs obéiffance & fidelité perpetuelle, & je jure
que je ne défendrai pas feulement de parole mais encore par
la force des armes & de toutes mes forces, les mysteres de la
Foi, les fept Sacremens, les quatorze Articles de Foi, le Sim-
bole de la Foi & celui de faint Athanafe, les Livres tant de
l'Ancien
que
du Nouveau Teftament, avec les Commentaires
des Saints Peres qui ont été reçus par l'Eglife, l'Unité d'un
Dieu, la Pluralité des Perfonnes de la fainte Trinité: Que
Marie Fille de Joachim & d'Anne de la Tribu de fud & de
La race de David, eft toûjours demeurée Vierge avant l'enfan-
pendant l'enfantement, & après l'enfantement. Fe
promets auffi d'étre foûmis & obéiffant au Maitre Général de
l'Ordre, felon les Statuts qui nous ont été prefcrits par notre
Pere Saint Bernard que toutes les fois qu'il fera befoin, je
pafferui les mers pour aller combatre: que je donnerai Secours
contre les Rois & Princes Infideles, & qu'en présence de trois
ennemis je ne fuirai point & leur tiendrai tête, s'ils font aussi
infideles: que je ne vendrai point les biens de l'ordre, ni ne
confentirai qu'ils foient vendus ou alienés: que je garderai
perpetuellement la chasteté, & que je ferai fidele au Roi de
Portugal: que je ne livrerai point aux ennemis les Villes &
les Places appartenantes à l'Ordre, & que je ne refuserai
point aux perfonnes Religieufes, principalement aux Reli-
gieux de Citeaux & à leurs Abbés, comme étant nos freres
& nos compagnons, aucun fecours, foit par paroles, par bon-
nes œuvres, & même par les armes. En foi de quoi de ma pro-
pre volonté, je jure que j'obferverai toutes ces chofes. Dieu me
foit en aide & fes faints Evangiles.

On voit

par là que c'eft à tort que Schoonebeck & quelques autres ont avancé que faint Bernard avoit foûmis par fa Regle les Chevaliers Templiers à celle de faint Auguftin, puifque par la formule de ce ferment, les Tem

[ocr errors][ocr errors]

ORDREDIS pliers reconnoiffoient les Religieux de Cîteaux pour leurs TEMPLIERS freres.

"

Les Chevaliers Templiers aprés avoir reçu leur Regle, prirent un habit blanc,tel qu'il leur avoit été prefcrit par le Concile de Troïes, & le Pape Eugene III. y ajoûta une croix rouge l'an 1146. Ils reçurent enfuite beaucoup de Chevaliers, & leur nombre s'augmenta de telle forte, que Guillaume de Tyr écrit que de fon tems il y avoit dans la Maifon du Temple à Jerufalem plus de trois cens Chevaliers, fans y comprendre les Freres Servans qui étoient fans nombre que leurs biens tant en Orient qu'en Occident étoient immenfes qu'il n'y avoit aucun lieu dans la Chrétienté, où ils n'en cuffent, & qu'ils alloient de pair avec les Rois pour les richeffes, &c. Matthieu Paris affure qu'ils avoient plus de neuf mille maifons.

:

Ces biens les rendirent fi fuperbes, que non feulement ils refuferent de fe foumettre au Patriarche de Jerufalem, mais qu'ils oferent même s'élever au deffus des Têtes couronnées, leur faire la guerre, & piller indifferemment les terres des Chevaliers & des Infideles. Ils userent même d'une grande perfidie contre l'Empereur Frideric III. Ce Prince étoit allé en Terre Sainte, dans l'intention de combattre contre les Infideles. Il communiqua fon deffein à quelques Templiers qui oubliant tous les fentimens du Chriftianifme, & facrifiant les intetêts de Dieu à leur ambition & à leur jaloufie, en donnerent avis au Soudan de Babilone, lui indiquant les moïens de le furprendre. Le Soudan tout Infidele qu'il étoit, détesta tellement cette perfidie qu'il en avertit l'Empereur qui autant étonné de l'indigne procedé de ces Chevaliers, que charmé de la générofité du Soudan, fe trouva obligé, foit par reconnoiffance, foit par néceffité, de faire avec lui une étroite alliance, en forte que l'efperance que l'on avoit conçuë de fon expedition s'évanouit au grand regret de toute la Chrétienté.

Ces Chevaliers aïant eu differend avec le Prince d'Antio che, armerent fept galeaffes contre lui, lui firent la guerre trois ans entiers, & auroient continué, fi le Grand Maître de l'Hôpital n'eût terminé leur differend. Ils acheterent de Richard I. Roi d'Angleterre l'Ifle de Chipre, moïennant rente cinq mille marcs d'argent ; mais ils n'en joüirent pas.

long

« AnteriorContinuar »