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T.VI.P. 24

Autre Templier

Aussi habit de maison

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TEMPLIERS

long-tems. Car cette acquifition jointe aux autres richelles ORDRE DES & aux terres qu'ils poffedoient, leur aïant fait oublier ce qu'ils devoient à Dieu & au prochain, ils donnerent entrée dans leur cœur à toutes fortes de vices, mais principalement à l'orguëil & à l'avarice. Leur orguëil étoit arrivé à un tel excès que Mathieu de Westmunster rapporte que Foulques, homme de fainte vie conseillant à Richard, Roi d'Angle terre, de marier l'orgueil qui regnoit à la Cour, afin de s'eu défaire, comme d'une mauvaife fille, ce Prince répondit qu'il avoit raifon, & qu'ainfi il la'donnoit aux Templiers. Leur avarice étoit fi grande, qu'aimant mieux gagner de l'argent que des ames a J. C. ils refuferent les offres qui leur furent faites de la part du Vieil de la Montagne, Prince des Affafiniens & de fes peuples, qui (quoique redoutables par leur courage & leur valeur, aiant été forcés à demander la paix à ces mêmes Templiers, à condition qu'ils leur païeroient un tribut annuel) demandoient à fe faire Chrétiens, afin que d'ennemis qu'ils étoient auparavant, ils fuffent regardés comme amis & comme freres, & ainfi être déchargés de ce tribut. Un refus fi indigne ne pouvoit être que trés défagreable à Dieu, qui pour les punir du mépris qu'ils faifoient de la propagation de fa gloire, & de l'Obfervance de fa Loi, à laquelle ils préferoient l'or & l'argent, les abandonna à leur fens réprouvé, dans lequel ils s'aveuglerent tellement,que s'étant laiffés entrainer au torrent de toutes leurs paffions, aprés la ruine de la Religion & la perte du Roïau me de Jerufalem, dont ils furent caufe, ils devinrent les objets de la malediction de Dieu, qui les difperfa tellement, qu'ils étoient comme des vagabons fur la terre, odieux à fa divine Majefté & aux hommes, mais principalement aux Princes, qui informés des excès de leurs déreglemens, ne fongerent plus qu'à abolir cet Ordre, comme devenu autant préjudiciable au Roïaume de Jesus-Chrift qu'il lui avoit été utile dans fon commencement. Le Prieur de Montfaucon dans la Province de Toulouse, & un Italien nommé Noffo Dei, furent les inftrumens de leur perte. Le premier avoit été condamné par jugement du Grand Maître de l'Ordre à finir fes jours dans une prifon pour caufe d'herefie, & pour avoir mené une vie infame, & l'autre avoit été condamné par le Prévôt de Paris à de rigoureuses peines, en punition

Tome VI.

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TEMPLIERS

ORDRE DES de fes excès. Ces deux criminels reduits à endurer ces juftes châtimens de leurs crimes crurent s'en délivrer en révélant plufieurs fecrets de leur Ordre qui avoient été cachés jufqu'alors. Ils accuferent les Chevaliers de crimes fi énormes, que le Roi Philippe le Bel, quoique leur ennemi, eut peine à y ajoûter foi. Il en parla au Pape Clement V. à Lion, fors de fon couronnement l'an 1306. & depuis il lui en fit encore parler par fes Ambaffadeurs à Poitiers. Le Pape qui ne pouvoit croire que ces accufations fuffent veritables, écrivit au Roi, lui promettant de fe rendre à Poitiers dans peu de jours pour éclaircir lui-même ces accufations que le Grand Maître de l'Ordre foûtenoit être fauffes. Mais le Roi craignant que cette affaire ne troublât la tranquilité de l'Etat (cet Ordre étant fort puiffant en France), fit arrêter en même jour le 13. Octobre 1307. tous les Templiers, & fe faifit en même tems du Temple à Paris où il alla loger. Il y mit fon tréfor & les Chartes de France, & fit faifir tous les biens qui appartenoient à cet Ordre.

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Le Pape trouva mauvais qu'on eût procedé fans lui dans une affaire de cette importance, parce que les Chevaliers étoient des perfonnes Ecclefiaftiques & fujets immediats du faint Siége. Il envoïa au Roi deux Cardinaux pour faire remettre les chofes en état qu'il en pût être fatisfait, le priant de commander que les accufés & leurs biens fuffent mis au pouvoir de ces deux Cardinaux. Il fufpendit en même tems le pouvoir des Archevêques, Evêques, Prélats & Inquifiteurs de France, & évoqua toute cette affaire à fa perfonne. Le Roi témoigna du reffentiment de ce que le Pape avoit fait, & ne put s'empêcher de lui en faire faire des plaintes. Mais voulant néanmoins montrer à tout le monde qu'il agiffoit dans cette affaire avec fincerité, il contenta les deux Cardinaux, & fit conduire à Poitiers où étoit le Pape, quelques uns des Templiers. Le Pape les interrogea & aprés eux foixante & douze autres du même Ordre, qui reconnurent tous que les accufations qui avoient été formées contre eux étoient veritables. Ces crimes étoient 1°. d'obliger ceux qui entroient dans leur Ordre de renier Jesus-Christ dans le tems de leur reception, & de cracher trois fois contre un Crucifix: 2o. de les engager à baifer celui qui les recevoit, à la bouche, au nombril & au fondement: 3o. de leur

permettre de s'abandonner au crime de Sodomie avec leurs ORDREDTS Confreres, pourvû qu'ils s'abftinffent du commerce des TEMPLIERS femmes 4°. d'expofer dans cette cérémonie & dans les Chapitres Généraux une tête à grande barbe de bois doré ou argenté, qui étoit adorée par tous les Chevaliers.

Le Pape voïant bien qu'il avoit manqué en suspendant le pouvoir des Prélats & des Inquifiteurs de France, leva cette fufpenfion, & permit aux Ordinaires de proceder en toute diligence contre les Templiers jufqu'à Sentence qui feroit donnée contre les particuliers aux Conciles Provinciaux, à la charge de ne rien entreprendre contre le Genéral de l'Ordre ; se reservant à lui & au faint Siége, de faire le procès au Grand Maître & aux Maîtres & Précepteurs de France, d'Outre-Mer, Normandie, Poitou & Provence: & fa Sainteté écrivit au Roi, lui mandant que fon intention étoit qu'au cas que l'Ordre fût aboli, fes biens fuffent emploïés au recouvrement de la Terre-Sainte, & qu'il avoit nommé des perfonnes pour adminiftrer ces biens, le priant d'en nommer auffi de fa part. Le Roi lui fit réponse qu'il agréoit cette destination, & nomma des perfonnes pour agir de concert avec les Commiffaires du Pape dans l'adminiftration de ces biens.

Le Pape adreffa enfuite des Bulles aux Prélats de France, leur ordonnant de députer dans leurs Diocéfes des perfonnes pour regir les biens qui avoient été faifis fur cet Ordre, & defigna ceux qui devoient affifter avec ces Prélats à l'inftruction des procès des Templiers, fçavoir deux Chanoines de leur Eglife, deux Freres Prêcheurs, & deux Freres Mi

neurs.

Pendant que ces chofes fe paffoient, le Roi qui voïoit que le mal augmentoit en fon Roïaume, & que l'inftruction du procès ne fe faifoit point, donna des Commiffions tant à frere Guillaume de Paris, de l'Ordre des Prêcheurs, Inquifiteur pour le Pape en France pour interroger les Templiers, qu'à quelques Gentilshommes fur les lieux où étoient les prisonniers accufés, pour affifter de fa part à leur interrogatoire conjointement avec cet Inquifiteur.

Enexécution de ces Commiffions, l'Inquifiteur & les Genilshommes ne perdirent point de tems, & travaillerent fans relâche au procès des Chevaliers. L'Inquifiteur affifté de

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