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VRAUD

Quoique le Bienheureux Robert eût mis son Ordre sous ORDRE DI la Regle de saint Benoît , les Religieux se qualifierent néan- FONTE moins dans la suite Chanoines Reguliers, &- prirent la Regle de saint Augustin ; mais ils furent derechef soûmis à la Regle de saint Benoît par les Statuts de la Réforme quifut faite en 1414. par le zele de varie de Bretagne vingt-sixieme Abbesse. Comme cer Ordre étoit tombé dans un grand relâchement, cette pieuse Abbesse s'adressa l'an 1459. au Pape Pie II. le priant de remedier aux abus qui s'y étoient glissés. Ce Pontife députa Guillaume Chartier , Evêque de Paris & les Abbés de Cormerie & d’Airvau , avec le Doïen de Nôtre-Dame de Paris pour réformer cet Ordre, avec un plein pouvoir de dresser des Constitutions selon qu'ils jugeroient être plus à propos. Ces Commissaires visiterent la Maison de Fontevraud & celles de fa dépendance , & y frent quelques Ordonnances. Ils supprimerent même quelques Prieurés qui étoient trop ruinés , où il n'y avoit aucune esperance d'y pouvoir rétablir la discipline régulicre , & ils en appliquerent les revenus à la Mense du grand Mona ftere , à condition qu'aprés la mort des Religieuses qui y demeuroient,on y envoieroit quelques Religieux pour y célébrer l'Office :ivin , lesquels Religieux seroient revocables à la volonté de l'Abbeste de Fontevraud. Mais comme dans la plûpart des Maisons, les lieux & les personnes n'étoient pas pour lors disposés à recevoir une entiere & parfaite Réforme', ils ne purent remettre l'Ordre dans son premier esprit, &'ils userent de grandes moderations. Ils permirent même aux Religieuses de sortir de leur Clôture avec la seule permission de la Prieure, attendu la pauvreté où étoient reduits la plûpart des Monasteres, dont les Religieuses nesubsistoiene qu'autant qu'elles se procuroient quelque soulagement par leurs sorties.

Quelques Religieuses ne furent pas contentes de cette Réforme,& voulant vivre dans une Obfervance plus exacte, elles engagerent Marie de Bretagne à se retirer au Monas Atere de la Madelaine prés d'Orleans', dans l'esperance d'y pouvoir plus aisément commencer une Réforme plus parfaite. Cette sainte Religieuse qui ne respiroit que le zele de la Maison de Dieu, accepta cette proposition. Elle se retira dans ce Monastere, & y prit toutes les mesures nécessaires Tome VI.

N

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YRAUD,

ORDRE Dx pour y établir une Réforme fixe & stable. Elle commença FONTI- pour cet effet par faire faire un recuëil de divers Statues tirés

en partie de ce que les Visiteurs Apostoliques avoient fait, & en partie des Constitutions du Bienheureux Robert,comme aussi des Regles de saint Augustin & de saint Benoît , & pria des Religieux des Ordres de saint François, des Chartreux & des Celestins de les mettre en ordre, ce qui fut executé en fort

peu

de tems : mais avant toutes choses elle fic rebâtir de nouveau le Monastere de la Madelaine , & le sépara en deux habitations séparées , l'une pour les filles, l'autre pour les hommes. Elle y fit ensuite observer les nouveaux Statuts, & elle s'adressa au Pape Sixte I V.l'an 1474. pour en obtenir la confirmation. Sa Sainteté députa les Archevêques de Lion, de Bourges & de Tours, avec les Abbés de Cormerie & de saint Laumer pour les examiner, avec pouvoir d'y changer ce qu'ils jugeroient à propos. L'Archevêque de Lyon subdelegua Jean Berthelot Chanoine & Chantre de saint Martin de Tours. Ces Commissaires aprés y avoir fait quelques changemens les publierent,& ils furent acceptés le

23. Juillet 1475. par les Religieuses & les Religieux du Monastere de la Madelaine d'Orleans , qui fut le seul pour lors qui reçut la Réforme. Mais

peu ceux de la Chaize-Dieu & de Fontaine imiterent celui de la Madelaine , & ces trois Maisons furent les seules qui furent reformées du vivant de Marie de Bretagne,qui mourut l'an 1477. sous le gouvernement d’Anne d'Orleans , qui lui avoit succedé à l'Abbaïe de Fontevraud, lorsqu'elle la quitta pour se retirer au Monastere de la Madelaine. Il y y en eut encore quatre qui se soûmirent à la reforme , qui furent celles de l'Encloistre en Gironde,de Foici en Champagne,des Filles-Dieu de Paris, & de Varville en Bauvoifis. Ce fut pour lors que l'Archevêque de Bourges & quelques autres des Commissaires qui avoient été députés par le Pape Sixte IV. pour examiner les Statuts de la Réforme, avec pouvoir d'y retrancher ou d'y ajoûter comme ils le jugeroient à

propos

les rendirent communs pour tous les Couvens Réformés par un acte du mois de Janvier 1479:

Renée de Bourbon aïant succedé à Anne d'Orleans l'an 1491. un de ses principaux soins fut de travailler à faire re. cevoir la Réforme dans tout l'Ordre : ce qu'elle fit avec un

de tems aprés

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VRAUD.

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di grand succès, qu'elle introduisit la Réforme dans vingt- ORDRE DI
huit Maisons. Elle commença par le Monastere de Fonte-FONT-
vraud qui étoit le Chef de l'Ordre : mais elle y trouva de
fi grands obstacles de la part des Religieux & des Religieu-
fes qui ne vouloient point de réforme, qu'elle fut obligée
de recourir à l'autorité de Louis XII. qui la favorisa dans
fon pieux dessein : & l'an 1504. elle y fit venir

par

ordre
de ce Prince quarante deux Religieuses Reformées qu'elle
tira des Monasteres de la Madelaine d'Orleans de la
Chaize-Dieu, de Fontaine , de Foicy, de l’Encloistre en
Gironde , de Varville & des Filles-Dieu de Paris, tous
Couvens réformés par Marie de Bretagne & Anne d'Or-
leans , & elle envoïa les Religieuses qui avoient été les plus
opposées à la Réforme en d'autres Monasteres.

Comme selon les nouveaux Statuts il falloit faire veu de
Clôture , elle fut la premiere à en donner l'exemple : ce
qu'elle fit l'an 15os. entre les mains de Louis de Bourbon
Evêque d'Avranche', son frère naturel, en présence de la
Reine de France Anne, Duchesse de Bretagne, de Jean-
ne d'Orleans Duchesse de Valois , de Charlotte de Bour-
bon Comtesse de Nevers la seur,& de plusieurs autres Prin-
ces & Princesses. Deux jours aprés les Religieuses ancien-
nes qui étoient restées à Fontevraud firent le même veu de
Clôture , & le decret de la réforme fur universellement reçur
dans ce Monastere l'an 1507. par toures les Religieuses áu
nombre de quatre-vingt-deux Professes & de dixNovices, &
par plusieurs Religieux.
Mais ce ne fut pas sans peine qu'elle réüflit dans l'établisse-
fement de cetteRéforme générale:car elle eut àsurmonter des-
traverses que lui susciterent les Religieux, qui avoient déja
reçu la Réforme, qui pour leur interêt particulier ne soấ-
Haicoient point cette Réforme générale : car il étoit dit par
les Statuts de la Réforme dresés par les Commissaires de
Sixte IV.que l’Abbesse de Fontevraud ne joüiroit point de
fa jurisdiction en tour l'Ordre , que lorsque la: Réforme au-
roit été introduire dans le Monastere de Fontevraud : c'est
pourquoi les Religieux réformés voïant que quand la Ré-
forme seroit reçuë à Fontevraud, le pouvoir qui leur avoit
été accordé par provision de visiter les Couvens réformés
vesseroit , ils traverferent l’Abbesse dans le dessein de la Ré

VRAUD.

ORDRE DE forme générale , & n'y consentirent qu'à condition.qu'elle FONTE- leur continueroit la même autorité, la menaçant de la faire

déclarer triennale, si elle ne leur accordait leur demande. Ce fut pour le bien de la paix & pour réussir plus aisément dans son entreprise, que cette Princesse fit un concordac avec eux l'an 1504: par lequel elle leur accorda que les Religieuses & les Religieux des Couvens Réformés vivroient selon leur maniere accoûtumée, sans qu'elle eût aucune puifsance sur eux, à raison de la Réforme qu'elle venoit d'écablir à Fontevraud , nonobstant ce qui étoit contenu dans ses Statuts au sujet de la jurisdiction, dont elle se démettoit en leur faveur, & que quant à la personne de l’Abbese pour Içavoir par qui, en quel tems , & de quelle maniere elle seroit visitée , quelle seroit son autorité & celle des Vifiteurs , & si celles qui lui succederoient , seroient

perpetuelles , ou pour un tems ; on s'en rapporteroit à des arbitres qui seroient

nommés de part & d'autre. Cette Princesse étant tombée malade en 1906. on exigea d'elle dans l'extrêmité de la maladie une procuracion pour terminer ces differens : & par un Concordat qui fut passé en vertu de cette procuration, elle devint soûmise à fes Inferieurs, en ce qu'elle devoit être visitée par ses Religieux qui avoient même le pouvoir de la suspendre & de la déposer. Mais étant revenuë en santé , elle revoqua cette procuration, & poursuivit avec zele la Réforme. Elle obtint une Bulle de Leon X. qui l'approuvoit , & la confirmoit dans son pouvoir , & des Lettres Patentes du Roi qui l'autorisoic dans son pieux dessein.

Les Religieux réformés voulant se prévaloir du Concordat qui avoit été signé en vertu de cette procuration qu'elle avoit revoquée, voulurent le faire omologuer au Parlement de Paris. Mais les anciens Religieux s'y opposerent, comme étant contraire aux Coûtumes & à l'esprit de l'Ordre. L'Abbesse & le Procureur Général se joignirent à eux , le procès fut pendant à la Cour depuis l'an 1508. jusqu'en l'an IS18. que

le Roi évoqua l'affaire au Grand Conseil, qui rendit le 18. Mars 1520. un Arrêt qui casa le Concordat , & ordonna que l'Abbesse seroit perpetuelle , & pe seroit visitée que d'autorité Apostolique, par un Religieux d'un autre Ordre réformé : ce qui fut confirmé par le

ORDRE DE
FONTE

Pape Clement VII. l'an 1523.

Eleonor de Bourbon qui avoit été nommée Abbesse de vrave. Fontevraud en 1575. aprés avoir gouverné cet Ordre avec beaucoup de conduite & de prudence pendant prés de trente aps, se voïant dans un âge fort avancé, demanda une Coadjutrice au Roi Henri IŤ. fon neveu,pour foûtenir avec elle le fardeau du gouvernement de l'Ordre,& l'aider à en déra.ciner quelques abus qui s'y étoient glissés par le malheur des guerres civiles

. Elle jetra pour cela les yeux sur la Mere An. toinette d'Orleans fa niéce, qui s'étoit retirée au Couvent des Feüillantines de Toulouse, où elle avoit pris l'habit, comme nous avons dit ailleurs. Cette Princesse lui fut accordée pour Coadjutrice, & les Bulles en furent expediées à Rome l'an 1604. La Mere Antoinette d'Orleans ne consentit à aller à Fontevraud qu'à condition qu'elle n'y demeurevoir qu'un an, & qu'elle ne quitteroit point l'habit de Feüillantine , .en sorte qu'il fallut obtenir un second Bref du Pape Paul V. pour l'obliger à prendre l'habit de Fontevraud, & la Charge de Coadjutrice. Elle obéit, sans perdre pourtant l'esperance de revoir son Convent de Toulouse

. Elle commença l'exercice de sa Charge par bannir de Fontevraud la proprieté de tout ce que poffedoient les Religieuses , & les obligea par son exemple & par le pouvoir qui lui avoit été donné par l'Abbesse, à vivre dans une observance exa&e de leur Regle. Elle procura la même chofe dans les autres MaiLons : mais aprés la mort de l'Abbesse sa tante, elle se démit de fa Coadjutorerie,& obtint du Roi la permission pour proceder à l'élection d'une autre Abbesse. Il

y eut encore de grandes contestations dans l'Ordre, sous le gouvernement de Jeanne Baptiste de Bourbon , au sujet de quelques maisons que les Religieux prétendirent avoir pour y demeurer seuls & y recevoir les Novices. Dès l'an 1621. ils folliciterent l'Abbesse Louise de Bourbon Lawedan de faire revoir la Regle. Cette Princesse demanda pour ce sujet des Commifaires au Pape Gregoire XV. qui nomma pour cette revision quelques Prélats par sa Bulle de l'an 1621. mais on insera dans la Regle qui fut dressée de nouveau , tant de choses qui tendoient à la ruine & à la deftruction de l'Ordre, qu'elle ne fut reçuë ni par les ReligieuLes, ni par les Religieux. Ce qui fit que la chose resta inde

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