Imágenes de páginas
PDF
EPUB
[merged small][ocr errors][merged small][ocr errors][merged small]
[merged small][ocr errors][merged small][merged small]

Q!
O

[ocr errors]

I.
De l'origine de la Souveraineté.
UOIQU'IL paroisse que la nature ait rendu tous

les hommes égaux entr'eux, on ne peut cependant douter que Dieu n'en ait destiné quelques - uns pour les associer à fon Empire souverain : & il ne faut pas s'imaginer , que cette souveraineté, qui les éleve audessus des autres hommes , n'ait pour premier principe que l'ambition. Elle n'est point de pure institution humaine ; elle est une suite nécessaire de cet ordre harmonieux que la fage Providence a établi dans l’Univers, & par lequel il se conserve.

, L'homme est né libre dans ses actions, il est destiné par la nature à la société, il faloit donc nécessairement pour en former les liens & pour unir les peuples , qu'il fùt assujéti à une autorité. Habiter la même terre , parler le même langage ne sufit pas : ces premiers liens de la société auroient été bientôt rompus, & la liberté même dont jouit l'homme, feroit devenuë funeste aux uns & inutile aux autres, si la Providence n'avoit assujéti les hommes à une autorité, qui métant un frein aux passions & à la violence, les reglât tous. Car quand chacun fait ce qu'il veut & n'a pour régle que ses désirs, tout va en confusion , & il n'y a point de pire état que l'Anarchie; c'est-à-dire, l'Etat où il n'y a point de Gouvernement & d'autorité. Où tout le monde veut faire ce qu'il veut, nul ne fait ce qu'il veut; où il n'y a point de maître , tout le monde est le maître , & où tout le monde est le maître tout le monde est esclave. Ce n'est qu'à l'abri de l'autorité du Gouvernement que chacun joüit & de son bien & de la liberté, que les sociétés se forment, qu'elles s'aug

[ocr errors]

iv

DISCOURS mentent , & qu'elles se soutiénent. * Chaque particulier y est en repos contre les opressions & la violence; les veu. ves, les orfelins , les pupiles, les enfans mêmes y sont forts , chacun y trouvant toutes les forces de la nation réunies en fa faveur.

Le premier Empire parmi les hommes est l'Empire paternel, qui les acoutumant à obéir , les acoutume en même tems à n'avoir qu'un chef. Dieu ayant mis dans nos parens, comme étans en quelque façon les auteurs de notre vie une image de la puissance , par laquelle il a tout fait , il leur a aussi transmis une image de la puissance qu'il a sur ses cuvres. Dans les premiers tems du monde, chaque pere de famille l'exerçoit dans toute son étenduë. Il étoit le chef souverain de sa famille , l'arbitre & le juge des diférends qui y naissoient , & le législateur né de la fociété qui lui étoit soumise. A mesure que chaque famille croissoit

par

la naissance & par la multiplication des alliances, leur perit domaine s'étendoit , & elles vinrent

peu à former des bourgs & des villes qu'elles firent entr'elles, pour s'affister mutuellement contre la jalousie , ou les insultes de leurs voisins. Ces sociétés' étant devenuës plus nombreuses par la succession des tems , & les familles s'étant partagées en diverses branches, qui avoient chacune leur chef, la diférence des caracteres & des interêts de chacun de ces chefs, fit naître des querelles , qui n'étant décidées que par la force , ne pouvoient manquer d'avoir des suites très-dangereuses. il fut donc nécessaire de réunir tous ces chefs fous une même autorité, & de confier le gouvernement à un seul pour maintenir le repos public. Er les hommes qui avoient vû une inage de Royaume dans l'union des familles sous la conduite d'un pere commun, se portérene aisément à se faire des sociétez de familles sous des Rois qui leur tinflent lieu de peres.

C'est pour cela aparament que Si desint qui imperint , nullâ in re præclarè quicquam geri potrit. Xenophon, 1. 3. Magiftratibus opus eft , fine quorum prudentia & diligentia , effe civitas non por rest. Cic. I. 3. de Legibus.

Fallitur, egregio quisquis sub principe credit
Servitium , nunquam libertas gratior extat
Quam lub Rege pio. Claudien in laudes Suiliconis , Paneg. 3,

peu à

par l'union

*

[ocr errors]

les anciens peuples de la Palestine apelloient leurs Rois ABIMELECH , c'est-à-dire , mon pere le Roi. Les sujets se tenoient comme les enfans du Prince, & chacun l'apellant mon pere le Roi , ce nom devint comun à tous les Rois du pais. De-là nous pouvons juger que la premiere idée de comandement & d'autorité humaine, est venuë aux hommes de l'autorité paternelle.

Ces nouveaux chefs , pour relever l'éclat de leur dignité, prirent ou reçurent avec le nom de Roi , tout cet apareil, qui imprime du respect aux peuples, c'est-à-dire, un trône, un sceptre, des oficiers, des gardes; on leur acorda des tributs, & on leur confia un plein pouvoir pour administrer la justice; & dans cette vûë , on les arma du glaive , pour réprimer les injustices & pour punir les crimes. On voit des Rois de bonne heure dans le monde , & il paroît par l'Ecriture, que chaque ville, & chaque petite contrée, avoit son Roi.

On compte 33 Rois dans le seul petit pais que les Hebreux conquirent,

Outre cette maniere inocente de faire des Rois , l'ambition en a inventé une autre. Elle a fait des conquérans, dont Nemrod , petit-fils de Chus , fut le premier.

Il y a eu encore d'autres formes de gouvernement que celle de la Royauté. Les Histoires font voir un grand nombre de Républiques, dont les unes se gouvernoient par tout le peuple; ce qui s'apelloit Democratie, & les autres par les Grands , ce qui s'apelloit Aristocratie. De toutes les formes de gouvernement, la Monarchie est la plus comune , la plus anciéne , & aussi la plus naturelle. Elle a son fondement & son modele dans l'empire paternel; c'est-à-dire , dans la nature même. Aussi voyons-nous que tout le monde comence par des Monarchies , & que prefque tout le monde s'y est conservé, comme dans l'écar M. de Meaux,

Politique tile plus naturel. Comme ce gouvernement est le plus na- rée de l'Ecria turel, il est par conséquent le plus durable , & dès-là ture Sainte. aussi le plus fort , par l'union qu'il établit parmi les hommes , & dont l'éfet nous est marqué par ces paroles de l'Ecriture : Au comandement de Saül tout Ifrael fortit comme un feul homme. Il est le plus oposé à la divifion , qui est le mal le plus essentiel des Etats & la cause la plus cer,

fure Sainte.

[ocr errors][ocr errors]

le mort,

[ocr errors]

taine de leur ruine. * Jamais on n'est plus uni que sous
un feul chef; jamais aussi on n'est plus fort , parce que
tour va au concours. Les armées , où paroît le mieux la
puissance humaine , veulent naturellement un seul chef.
Tout est en péril quand le comandement est partagé.

Mais de toutes les Monarchies, la meilleure est la suc-
cessive & héréditaire , sur-tout quand elle va de mâle en
mâle , & d'aîné en aîné. C'est celle que Dieu établic
parmi son peuple , après l'avoir fait passer par les autres
formes de gouvernement , pour le conduire comme par

degrés au plus parfait. Politique ti

Trois raisons font voir que ce gouvernement est le rée de l'Ecri- meilleur.

La premiere , c'est qu'il est le plus naturel, & qu'il se
perpétuë de lui-même. Les peuples s'y acoutument d'eux-
mêmes. Point de cabales, point de brigues pour se faire
un Roi: la nature y a pourvû ; elle en a fait un; ;
disons-nous , saisit le vif, & le Roi ne meurt jamais. Le gou- .
vernement est le meilleur , qui est le plus oposé à l'Anar-
chie, le pire de tous les Etats, puisqu'elle est toujours
acompagnée de mille desordres. L'Ecriture, en raportant

l'exemple du Levite , qui viola ce qu'il y a de plus saint, Juges nous en done la raison : c'est, dit-elle , qu'en ce tems-là XVII.6. il n'y avoit point de Roi en Israel, & que chacun fai

soit ce qu'il trouvoir à propos.

La seconde raison qui favorise ce gouvernement, eft que c'est celui qui interesse le plus à la conservation de PEtat, les Puissances qui le conduisent. Le Prince qui travaille

pour fon Erar, travaille pour ses enfans. L'amour
qu'il a pour son Royaume , confondu avec celui qu'il a
pour

sa famille , lui devient naturel. Il est naturellement
doux de ne montrer au Prince d'autre successeur
fils ; c'est-à-dire , un autre lui-même,

ou ce qu'il a de plus
proche. Alors il voit sans envie passer son Royaume en
d'autres mains ; il ne faut pas craindre ici les désordres
causés dans un Erat par le chagrin d'un Prince', ou d'un
Magistrat , qui fe fàche de travailler pour son successeur.

La troisiéme raison est tirée de la dignité des Maisons
* Tout Royaumc divisé en lui-même fera désolé, Math. XII. 25.

[ocr errors][ocr errors]

que son

1

« AnteriorContinuar »