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LE NOUVEAU

THEATRE

D'AGRICULTURE,

E T

MENAGE

DES CHAMP S

C

Omme l'Agriculture univerfelle eft un Art fur lequel on trouve toûjours quelque chofe à dire, & qu'il fe pratique différem ment felon les différentes Contrées, & qu'on ne doute point que cet Ouvrage ne paffe avec le temps en bien des fortes de Pays: on a cru devoir avertir les Curieux, pour tâcher d'y donner un jour la derniere main, qu'ils feront plaifir, en quelqu'endroit qu'ils puiffent être,de nous faire part de leur maniere d'agir en fait d'Agricultu re, au cas qu'elles différent de celles qu'on a introduites dans cet Ouvrage, & qu'il y ait des chofes qu'on y ait omifes pour n'en avoir peut-être pas la connoiffance: ils marqueront, s'il leur plaît, les Pays d'où ils écriront, la nature des terres, les Outils differens. dont on s'y fert, & en donneront même, s'il fe peut quelques Figures deffinées, afin qu'à la premiere impreffion de ce Livre, on puiffe y mettre tout ce qu'on envoyera d'utile. L'Auteur de fon côté avertit auffi qu'il eft Architecte pour les Jardins, & que tous ceux qui voudront luy faire l'honneur de l'y employer pour leur fervice, il tâchera de répondre dans la conduite qu'il y tiendra, à l'idée que fon Ouvrage leur aura donné de fon fçavoir faire en cet Art. S'ils veu-lent même quelque plan deffiné, ou quelque Parterre fimplement, fans qu'il foit befoin que l'Auteur y aille, à caufe de l'éloignement des Pays qu'il pourroit y avoir, ils n'auront qu'à envoyer un plan de l'affiette des lieux, le toifé, & de quel côté enviendront les vûës, afin de les y ménager, & tout cela par un trait groffier qu'ils en tireront, enfuite il fera en forte de les rendre contens fur tout ce qu'ils fouhai teront. On fçaura toûjours fa demeure chez les Libraires qui débitent fon Ouvrage, aufquels auffi on pourra adreffer toutes les lumieres: qu'on voudra. donner fur toutes les matieres dont on vient de parler..

THEATRE

NOUVEAU THEATRE

LE

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D'AGRICULTURE.

CHAPITRE

PREMIER.

De la neceffité abfoluë de fe connoître foy-même pour bien réüssir au Ménage des Champs, & comment regarder les Terres telles qu'elles foient, pour fe les rendre utiles par ses travaux.

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LIVRE PREMIER.

A connoiffance de foy-même eft une fcience qu'il faudroit qui fût plus commune à tout le monde qu'elle n'eft pas. On ne tomberoit point comme on fait tous les jours, dans tant de défauts tres-confiderables, & tout ce qu'on entreprend, réüffiroit bien mieux, parce que tout n'y feroit que proportionné aux forces, & aux lumieres dont on feroit pourvû.

Chaque employ demande, pour ainfi dire, un talent particulier, fans lequel on ne l'exerce qu'imparfaitement; l'Agriculture en general exige des talens que tout le monde n'a pas; elle a fes peines à effuïer, & fes douceurs à recueillir. pour récompenfe: des fecrets à développer, & des inventions qui doivent faire plaifir à rechercher pour la perfectionner de plus en plus: Tout cela, comme on voit, veut beaucoup d'attention fur foy-même.

Les travaux de l'Agriculture font pénibles, il faut de la force de corps, & d'efprit pour s'en tirer avantageufement: on doit toûjours étre en action, & s'attendre par là à s'expofer en tout temps à toutes les injures de l'air..

A

Une vigilance endormie eft la perte de la plupart de ceux qui vivent à la Campagne, l'efprit tout préoccupé des foins qui y font attachez, doit fe les repafler fouvent en lui-même, afin qu'aprés y avoir établi un ordre qui y conviene, il s'en acquitte avec fuccés.

Et comme tous ces travaux ne font propres que pour des perfonnes robustes, on fondera fon temperamment pour juger fi l'on est capable de les entreprendre. On parle ici de ces gens qui forment de grands projets pour le commerce de la Campagne, & qui n'y demeurant point ordinairement, prennent la réfolution d'y faire leur féjour, foit dans des Fermes étrangeres, ou des Domaines qui leur appartiennent, & qui veulent exploiter par leurs

mains.

Ce n'eft pas le tout que d'avoir du genie, fi tant eft que le Ciel ait voulu nous favorifer jufqu'à ce point, il faut que ce foit un genie né pour cette forte d'employ, un genie vigilant pour ne s'y point laiffer furprendre, actif pour fe promener fans ceffe fur tout ce qui l'y regarde, & entreprenant, puifque ce n'eft que par les entreprises, lorfqu'elles font bien concertées, qu'on fe dédommage abondamment de tous les foins qu'on fe donne à la Campagne.

Il feroit à fouhaitter que tous ceux qui y ont pris naiffance, & qui y demeurent toujours, fuffent capables de faire toutes les réfléxions dont on vient de parler, ou plutôt que le Ciel, par une faveur fpcciale, les eut fait naître avec eux, tout leur y feroit bien plus avantageux; mais un pareil bonheur n'eft pas commun à tout le monde, heureux celui qui le poffede! & plus heureux encore qui fçait en ufer comme il faut.

Ces Campagnarts d'origine, & qui vivent ainfi actuellement, ne font pas moins exemts que les premiers de s'examiner interieurement fur l'employ auquel leur état les deftine, & méme on peut dire, quand ils y manquent, que c'eft un reproche qu'ils s'attirent avec d'autant plus de raifon, que la perte de leur bien qu'ils en fouffrent, en eft certaine.

On ne dit pas qu'il faille abfolument qu'ils aient en partage tous les talens neceffaires pour réüffir au ménage des Champs, puifque c'eft un avantage qui ne dépend point de nous : mais à cela prés, il eft bon toûjours de fe fonder & de n'entreprendre que cequ'on peut faire. Un ferieux examen fur foymême, fur fes forces, & fur fes moyens, pourvu qu'il n'y ait point de prévention mêlée, nous conduit en celá toujours affez heureusement au port où nous voulons furgir.

Un petit ménage des Champs fçait donner à fon maître dequoy vivre doucement, quand il est bien conduit; s'il eft plus fort,les fruits en font plus abondans, & tout cela par l'economie, la vigilance, & le fçavoir faire qu'on a dans cet exercice.

C'est ce fçavoir faire, principalement fur qui tout roule, fur lequel il faut fe confulter; c'est la pierre de touche pour ainfi parler, qui nous rend heureufes toutes les tentatives que nous faifons, & fans laquelle nous donnons fouvent du nez en terre.

Il eft certain que c'eft de-là que nous voions fortir tout ce qui peut récompenfer nos peines, nous enrichir, & nous fatisfaire à la Campagne dans nos trauvaux; mais ce roint important doit étre accompagné d'une volonté fuivie d'une grande réflexion.

On ne parle pas ici feulement de ceux qui cherchant à s'employer, entreprennent des Domaines à forfait ; on y comprend encore les perfonnes privées, qui par un efprit de ménage font valoir leurs terres eux-mêmes, tous ces gens ont également befoin l'un & l'autre de fe tâter fur le projet qu'ils médicent.

On convient que l'Art de fe connoître à fonds ne s'acquiert pas aisément, qu'il demande beaucoup d'attention fur nous-mêmes, & que cet égard fous lequel l'Agriculture nous oblige à nous confiderer, nous engage, pour nous y rendre habiles, à emprunter quelquefois des autres fciences, certains principes que l'on prend de ce qu'elles ont de plus évident; car pour bien connoître un employ, il faut neceffairement comprendre quelle eft fa nature, fa fin & fon excellence.

Si ce qu'on a dit fur ce fujet paroît en quelque façon un peu difficile à pratiquer, éloigné de la portée ordinaire du vulgaire, & embaraffant pour bien des gens, qui pourroient s'en accommoder facilement, s'ils vouloient s'en faire une étude; on doit fçavoir qu'on traite de ce qui eft effentiel pour réüffir dans le commerce de tout ce qui croît, & qu'on éleve à la Campagne,& confiderer qu'on n'a point ici deffein de refpecter les préjugez, & qu'on n'écrit que pour établir un fondement, fans lequel toutes nos idées, en fait d'Agriculture, s'en vont en fumée.

Du jugement qu'on doit porter des differens Terroirs, pour en tirer du profit.

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I

Left conftant qu'il n'y a point de terres en Europe qu'on ne puiffe habiter, & qui ne foient même habitées de quelque nature qu'elles foient;ce qui fait juger qu'il faut bien qu'elles ayent chacune certaines proprietez particulieres qui les rendent fécondes en quelque façon, & qui donnent à leurs habitans dequoy fe nourrir & s'entretenir; il eft vrai qu'il y en a de plus recommandables les unes que les autres, & qu'on prendroit par préference, si l'on étoit au choix de toutes dans une même Contrée ; Mais comme cet avantage ne fe trouve pas, & qu'on eft obligé de s'en tenir à celles qui font le plus à nôtre portée, on fe contente de voir quelle est l'utilité qu'on en peut tirer, & de faire aprés fon poffible pour ne s'y point endormir.

res.

C'est à tort qu'on fe plaint qu'une terre eft infertile, & qu'on impute cette Columel. I. infertilité au Ciel, à la mauvaise conftitution de l'air, & à l'épuifement de 1. c. 1.Traifubftance de cette terre. C'eft nous uniquement qu'il faut accufer de ce dé- té des Ter faut, c'eft nôtre nonchalance, & rien autre chofe ; ainfi dans le choix qu'on en fera, qu'on s'applique donc à la faire valoir autant qu'il fera poffible: voici quelles font les diférentes efpeces de terres qu'on pourra confiderer chacune par rapport à fon utilité.

Tous les Auteurs qui, jusqu'à présent, ont parlé de la connoiffance des terres, les ont traitées dans un efprit tout autre que le demande la matiere de ce Chapitre, où elles ne doivent être regardées que fur l'idée du profit qu'on peut tirer de chacune, & non pas de la bonne ou mauvaise conftitution dont elles font: on se referve à approfondir ces connoiffances dans un lieu qui conviendra mieux à ce fujet.

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