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d'argent. Cette verité, dont on n'eft que trop perfuadé, doit animer nos bonnes Ménageres à y donner toute leur attention.

La Poule, le Coq & le Chapon, font trop connus de tout le monde pour en faire icy la defcription; ces Oifcaux font de plufieurs efpeces, & different beaucoup, fuivant les endroits où ils croiffent, & les alimens dont on les nourrit ; nous parlerons d'abord des Poules, puis nous pafferons au Coq & au Chapon.

Differences

Les Poules domeftiques ou communes (ce font celles ordinairement des Poules qu'on éleve dans une Baffe-court) different donc entre elles en grandeur de corps & en couleur de plumage; il y en a de noires, de blanches, de pommelées noir & blanc, de rougeâtres mêlées de blanc, de grifes & autres, les unes plus groffes de corps que les autres : nous avons les Poules hupées & les frifées.

le.

Signe d'ure
Weft conftant que cette diverfité que la nature a mis en ces Oiseaux les
bonne Pou- rend d'un temperamment different; car, par exemple, on dit que la Poule
rouffe ou rougeâtre eft la meilleure efpece, on n'eftime pas moins la noire,
mais on ne fait pas tant de cas à peu prés de la grife ni de la blanche; parce
qu'elles ne font point fi fecondes que les autres, qu'on les éleve difficile-
ment, & qu'elles font toûjours maigres, mal faines, & d'une chair peu
favoureufe.

pre

La taille d'une bonne Poule doit être moyenne. Cet Oifeau doit avoir la tête grande, la crête droite & bien rouge; il y en a qui difent que lors Columel qu'elle panche c'eft un figne de fertilité. Un ancien Auteur eft du lib. 8. ch. mier sentiment: elle doit avoir le corps quarré,le cou gros & la poitrine large: les Poules noires donnent des œufs plus fouvent que les autres, mais elles ne font pas fi propres à couver. Signes de

2.

Les Poules montées haut fur jambes ne pondent gueres volontairement, Poules peu non plus que celles qui font trop argotées, c'eft à dire qui ont chaque pied armé de cinq argots comme les Coqs: ces dernieres font trop acariâtres & trop fauvages, outre qu'elles font tres fujettes à caffer leurs œufs quand elles couvent, ou aprés qu'elles les ont pondu; c'eft l'effet de leur naturel agref

>

& de cette trop grande vivacité d'efprits, qui fe diffipant en elles, mal. à propos, leur rend l'ovaire fi peu fecond.

La Poule qui eft trop graffe ne pond que rarement, parce que les parties qui devroient concourir à la production des œufs, fe convertiffent prefque toutes en substance; il y en a qui lorfqu'ils s'en apperçoivent, au lieu de les mettre au pot leur font perdre cette graiffe par le moyen de la poudre de brique qu'ils mêlent parmi leur nourriture, & de la craye dont ils blanchiffent leur eau; il faut apparemment que ces matieres ayent des corpufcules qui rendent les parties des alimens que prennent ces poules, moins fixes & par là les rendent plus fertiles en œufs.

Si l'on voit qu'une Poule a le flux de ventre, il faut l'en guérir fi l'on veut qu'elle ponde; on dira comment dans l'article des Maladies. Les Poules qui font trop jeunes ne pondent des oeufs qu'en petite quantité, mais il faut attribuer ce défaut à la trop grande vivacité de leur inftinet qui fe paffe dés leur feconde année, & c'eft à cet âge qu'on peut juger dequoy une Poule eft capable; quand par fon gloffement elle fait connoître qu'elle

veut couver, il faut luy en empêcher en lui traversant les nazeaux avec une petite plume; car ce feroit autant d'œufs perdus à l'égard de la plúpart, il n'eft, dit le Proverbe, que jeune Poule à pondre, c'est à dire de deux ans, & vieille à couver. D'autres pour empêcher ces Poules de couver leur plument le ventre jufqu'au duvet ; & les plongent dans l'eau, ou bien les enferment fous une Cage, & ne leur y donnent que tres peu de nourriture pendant trois ou quatre jours, ce jeûne qu'on leur fait obferver leur ôte l'envie de couver..

Choix du Coq.

peut

Omme la génération des Animaux ne fe faire fans l'accouplement du måle & de la femelle, il faut un Coq pour les Poules, mais un Coq bien choifi & tel qu'on va le dépeindre..

Com

,

Un bon Coq doit être hardi, fier, courageux, vigilant; tout cet exterieur est une marque qu'il eft amoureux, & c'est ce qu'on recherche en luy. Columelle veut qu'il ait la crête élevée, d'un beau rouge, les yeux noirs, ou de couleur d'azur, le bec court & crochu, les ouyes grandes & blanches, les barbes grifes, mélées d'un rouge fort clair, que les plumes qui luy partent du cou & de la tête, s'étendent jufques fur les épaules, & qu'elles foient de couleur changeante & tirant fur un jaune doré; qu'il ait la poitrine large & forte, les muscles des aîles robuftes & bien tendus, les aîles longues, la queue partagée en deux rangs, dont les plumes feront élevées & recoquillées fur le dos; il aura les cuiffes grandes, groffes & bien couvertes de plumes, les jambes courtes, nerveufes & armées de longs argots.

A

S'il faut qu'un bon Coq foit alerte, fier & courageux, comme nous l'a vons dit, c'eft parce qu'il doit deffendre fes Poules contre les infectes qui les menacent: un Coq prompt à chanter prouve encore par là fa bonté. Ôn n'eftime point ceux qui font trop en chaleur : la raison en eft qu'étant trop lafcifs, il fe fait inutilement en eux une trop grande déperdition d'efprits. feminaux, ce qui fait que la plupart ne font que caqueter, gratter la terre, & fe battre à tout moment contre les autres fans aller à l'acte, & tous ces mouvemens inutiles font plus nuifibles qu'avantageux, parce qu'ils détour nent les bons Coqs de faire leur devoir & les Poules de les recevoir; un: Coq trop acariâtre n'eft propre que pour les joûtes, qui font des combats aufquels on les exerçoit autrefois.

du

Columelle dit que pour rallentir en eux cette chaleur, il faut prendre lem. gros cuir, le couper en rond, un peu plus grand qu'un liard, le percer par le milieu, & paffer par dedans la jambe du Coq, qui les ayant com me dans des entraves, devient plus moderé, & ne court plus fur les autres Coqs pour les battre.

Columel. I.. 8. ch. 2.

Remarques

Aprés avoir fait choix des Poules & des Coqs, comme on vient de le dire, on les met dans le Poulailler; on a parlé affez au long de ce inembre de bâtiment de campagne à la page 41. on peut en voir la conftruc- lailler. tion, & remarquer feulement, outre ce qu'on en a dit, qu'il faut que l'entrée en foit fermée à clef tous les foirs aprés que la volaille y eft entrée, & foigner de l'ouvrir le matin pour luy donner la liberté d'en fortir.

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On foignera de nettoyer fouvent le Poulailler, & de mettre la fiante à part; c'est un amandement tres-bon pour les Prez, les Paniers ou les Nids où les Poules auront coûtume de pondre, feront auffi entretenus proprement, & renouvellez de paille tous les quinze jours; on leur changera d'cau tous les jours, crainte qu'elle ne s'enpuantiffe; il ne faut que cela pour leur caufer la pepie. Il eft bon dans le coin d'une court de porter les ordures de la maifon aprés qu'elle a été balayée, cela amufe les Poules qui les grat tent & fe veautrent dedans. On prétend que cela fait mourir leur vermine, ou du moins on s'accommode en cela au naturel de ces Oifeaux, qui aiment à y chercher ainfi à manger: c'eft pourquoy un grand Naturaliste Aldrovan- les réduit fous le genre de ceux qu'il appelle Aves pulverulenta, qui veut

dus.

dire des Oifeaux qui aiment la pouffiere.

Il faut prendre garde que les Chats, les Renards, les Fouines & autres Bêtes ennemies de la volaille n'entrent dans le Poulailler de jour ni de nuit, & pour cela on le vifitera fouvent pour voir s'il n'y aura point quelque trou par où ces cruels animaux pouroient s'y introduire. Car il ne faut ainfi qu'un coup malheureux pour détruire toute la volaille d'une baffe-court: car une Fouine, ou un Renard, outre les Poules qu'ils mangent, ont la malice de tuer les autres, & d'en emporter ce qu'ils peuvent.

La prudence veut qu'on n'ait jamais plus de Poules qu'on n'en peut nourrir ; c'est à dire, qu'on n'a de grain pour fuffire à leur nourriture; un petit nombre bien entretenu rend plus de profit qu'un grand troupeau mal nourri; il y en perit tous les jours, & telle volaille ne rend qu'un profit tres médiocre. Celle qui a foin de la Baffe-cour ne doit donc point selon les faifons, épargner le grain aux Poules, ou autre chose qui leur en tienne licu.

Un Coq fuffit pour douze ou quinze Poules, ainfi on peut juger par là combien on aura de ces mâles par rapport au nombre de femelles qu'on voudra nourrir. Columelle ne donne que cinq Poules à chaque Coq, lib. 8. ch. & quelquefois que trois, felon les differens pays d'où on les tiroit de fon

Columel.

2.

temps mais c'est trop peu pour un Oifeau qui eft fi lafcif, & qui abonde tant en efprits & en humeur feminale, & l'experience nous a appris qu'il peut fuffire à un bien plus grand nombre.

Nourriture ordinaire de la Volaille.

Idem.chap.

14.

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L

A meilleure mangeaille pour les Poules, au fentiment d'un ancien Auteur, eft l'Orge pilé, la Vefce & les Pois chiches, il leur ordonne auffi le Millet & le Panis, quand ils font à bon marché. La coûtume en est abolie aujourd'huy, à moins que ce ne foit dans les pays où ces grains font fort communs : les criblûres du bled qu'on met au Moulin leur font encore trés-bonnes, le froment pur les engraifle trop, & les empêche de pondre.

L'Yvroye bouillie, & le Son qui n'aura gueres été tamifé font auffi une tres-bonne nourriture pour la Volaille. On fe donnera bien de garde de leur jetter du marc de raifin, fi ce n'eft en Hyver; car cet aliment leur fubtilife tellement les parties du fang & les leur rend fi volatiles,qu'au lieu de fe fixer

en auffi grand nombre qu'elles devroient à l'ovaire, elles fe diffipent inutilement, ou leur font produire de tres petits œufs.

Endroit où donner à manger à la Volaille.

Ndonne à manger à la Volaille deux fois par jour, à certaines heures limitées, & aufquelies on ne manque point, de peur que cette Volaille ne fe dérange, & ne ponde pas à fon ordinaire; ce qui ne peut être que préjudiciable au Maître. Il faut auffi que ce foit toujours en un méme endroit, & que ce lieu foit plat & uni, & à l'abri des grands vents, afin que les Poules n'en foient point incommodées; ces Cifeaux n'aiment point le vent, & cherchent autant qu'ils peuvent à s'en garantir.

Heure à laquelle on donne à manger à la Volaille.

Njette à manger plus ou moins à la Volaille, qu'on voit qu'elle peut trouver dans la Campagne plus ou moins dequoy fe nourrir; car d'ailleurs, ou il y a de l'herbe à pâturer, ou de la vermine à prendre; c'eft en quelque façon une épargne pour le grain & le Son qu'on leur donne. Leur premier repas eft à Soleil levant; car comme cette Volaille n'eft point pareffeufe à fe lever, dés qu'elle voit le jour, auffi veut-elle déjeuner du matin, autrement elle s'écarte & ne cherche qu'à aller en dégât où elle peut, & les jardins fouvent fouffrent de fon impatience.

Le fecond repas eft le foir une heure avant Soleil couché, dans le temps qu'on bat le bled à la Grange, on peut ne leur donner que le matin à man-ger; car pendant toute la journée les Poules trouvent affez à vivre au tour de ceux qui battent, autrement il faut que ces Oifeaux ayent leur repas reglez, comme on a dit, & c'eft le moyen de les maintenir toûjours feconds. en œufs, & en état d'être mangez fur table.

Les herbes hachées, les fruits découpez par morceaux & autres chofes femblables, felon les faifons leur conviennent encore tres bien ; il eft vray que cetre nourriture n'eft pas fi fubftantielle que le grain, mais elle ne laiffe pas de les foûtenir: on mêle les herbes d'un peu de Son, & tout cela pour ménager le grain.

L'Avoine pure leur eft encore tres-bonne, la miede pain, le Bled Sarrazin & le Chenevi les font beaucoup pondre, mais principalement ce dernier grain qui échauffant l'ovaire plus que les autres, luy fait concevoir des œufs, qui dés leur principe auroient peri fans ce fecours.

Pour venir à la vermine dont on a déjà parlé, & qui eft une nourriture que la Volaille fe plaît à manger, on fçaura que ce ne font que des vers de terre ; & comme cet aliment leur eft tres-profitable, & que c'eft un ménage, on va donner un moyen de s'en fervir abondamment.

Secret pour avoir des Vers en abondance..

Hoififfez quelque endroit dans la Baffe-cour, creufez-y une foffe lon gue & large comme vous le jugérez à propos, c'eft à dire, de dix ou

douze pieds fur tous fens, & profonde de trois; il faut que cet endroit aille un peu en pente de peur que l'eau n'y croupiffe.

Cela fait, & la foffe étant creusée, mettez dans le fond un lit de paille de fegle hachée menuë de la hauteur de quatre doigts, épanchez deffus un lit de fumier de cheval recemment forti de l'Ecurie, & par deflus un lit de terreau de couche, ou d'une autre terre legere, enfuite vous répandrez fur tout cela du fang de boeuf, du marc de raifin, de l'Avoine & du Son de froment, le tout bien mêlé ensemble, aprés cela on recommence les lits de paille, de fumier & de terreau comune auparavant, & jufqu'à ce que la foffe foit remplie.

Pour rendre ce fumier plus abondant en vers, il eft bon dans le milicu de le garnir d'entrailles de quelques bêtes qu'on puiffe trouver à fa difpofition, foit Mouton, Brebis, Chien, Vache ou autres, il n'importe : & quand ce fumier eft au dernier lit, qui eft la terre, & qu'on l'a achevé, on le couvre d'épines, mifes fort épais qu'on tient en état avec des pierres ou autre chofe par deffus qui foit pefant, pour empêcher que les vents ne les dérangent, & que la volaille n'aille gratter ce fumier par deffus, ce qui empêcheroit le bon effet qu'on en attend.

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On juge bien que pour contribuer beaucoup à la production des vers, fumier doit être bien expofé au Soleil, & quand on voit que cette vermnine y fourmille à foifon, pour lors on l'ouvre, & on en tire des vers qu'on jette aux Poules, plus ou moins abondamment que la Verminiere le permet. Cette diftribution se doit faire avec prudence & œconomie on ne fçauroit croire combien cette nourriture les tient en bon état.

C'eft ordinairement le matin qu'on diftribue cette nourriture, & un homme en trois ou quatre coups de bêche en fait la fonction; on tient toujours cette Verminiere hors de l'infulte de la Volaille qui l'auroit bientôt dégarnie fi on la lui laiffoit gratter à difcretion. On obfervera de ne la vuider que par un feul endroit, & de ne la point entamer ailleurs, & par ce moyen elle fournira long-temps à la Volaille des vers pour fe nourrir.

La Verminiere fera toûjours bien couverte d'épines crainte de l'accident dont on a parlé, & il n'y aura que la feule couverture par où on l'aura entamée qui permettra aux Poules d'en approcher, plufieurs jours aprés neanmoins qu'on en aura tiré des vers : à mesure qu'on la fouillera, on en ôtera la couverture, & l'on continuera cette manoeuvre jufqu'à ce que cette Verminiere foit toute dépouillée, & pour lors la Volaille a toute liberté d'aller gratter deflus.

Il feroit à propos, pour ménager le grain, qu'on fift deux ou trois Verminieres qui puffent fe fucceder l'une à l'autre : c'est le veritable secret de nourrir la Volaille à bon marché. L'été eft le temps de les faire, & depuis le mois de Novembre jufqu'à Pâques celui de s'en fervir.

On fe fert encore heureufement de tripailles des animaux qu'on tuë à la maifon, pour nourrir des Poules; il faut les hacher, & les leur jetter dans la cour, elles les inangent en guife de vers: on voit comme on ne perd rien à la Campagne, & que tout s'y met à profit.

Les Mûres font encore un aliment dont la volaille eft fort avide; c'eft pourquoy il eft bon de planter quelques Mûriers dans la Baffe-cour, ce fruit

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