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pendant la moiffon on ne leur donnera rien, parce qu'ils trouvent affez dequoy fe nourrir.

S'il y arrive quelque mauvais temps, on les laiffe promener dans la cour, on leur y hache des orties ou d'autres herbages du Jardin, mêlez avec un peu de fon & d'eau qu'on leur donne: fi c'eft dans le temps que les arbres ont des fruits, & que les vents les abatent avant leur maturité, on les leur coupera par petits morceaux, & on les leur jettera; les Dindons, quand ils font gros, fe jettent avidement fur cette nourriture qui leur fait faire bon corps, il n'y a rien à perdre dans une maison de campagne : le jardin, outre la grange, fournit abondamment dequoy nourrir ces Oifeaux, & les engraiffer fans autre miftere.

Les Poules d'Indes font fujettes aux maladies, ainfi que les Poules com- Maladies munes, & comme elles partent des mêmes caufes & donnent les mê- des Poules d'Indes. mes fymptômes, on aura recours aux remedes qu'on a établis pour la guérifon des dernieres; car il feroit fuperflu icy d'ufer de redites für cette

matiere.

On ne châtre point les Coqs d'Indes, comme on fait les Coqs ordinaires; parce qu'ils ne font pas, ainfi qu'eux, continuellement en amour, ce qui fait que les parties les plus fpiritueufes & les plus balfamiques de leur fang ne s'échapent point au dehors, & qu'elles contribuent par confequent à rendre leur chair d'un tres-bon fuc.

on

Poules d'Inde.

On ne fait point de provifion d'oeufs de Poules d'Indes, s'il en refte Oeufs de quelques-uns de leur ponte, & qu'on n'ait pas voulu mettre couver, pourra s'en fervir à la cuifine pour le commun. Il y en a qui veulent que ces œufs ne foient pas fains & qu'ils engendrent la gravelle; ce qui pourroit peut-être arriver, fi l'on en mangeoit fouvent, comme des oeufs de Poules; mais comme cette nourriture eft rare, on ne croit pas qu'elle puiffe produire de mauvais effets.

La chair de Cons ou de Poules d'Inde eft un peu plus ferme que celle Chair de de Chapon, & elle fournit un aliment plus folide & plus durable; elle Coqd'Inde, nourrit beaucoup, elle produit un bon fuc & fe digere aifément, elle ré- fes proprietablit les forces & convient aux perfonnes attenuées & convalefcentes. tcz. Les vieux Coqs d'Indes ont la chair dure, coriaffe & difficile à digerer: quand on parle des Coqs, on entend auffi parler des Poules.

La graiffe de ces Oifeaux eft employée en Medecine pour adoucir, pour réfoudre & pour amolir les duretez.

CHAPITRE III.

Les Oyes, comment les nourrir & les gouverner. Leurs utilitez & leurs vertus.

L ne faut pas fonger à nourrir des Oyes dans une maison de campagne, fi l'on n'eft proche de quelqne riviere, de quelque ruiffeau, où d'un étang, à moins qu'on n'ait chez foy une bonne Mare ou un Vivier toû

R

Graiffe de Cocq d'In

de..

jours plein d'eau pour les faire barboter. L'Oye eft un animal amphibie auquel il faut de l'eau, & fans cau il eft difficile d'en bien élever; cet Oifeau habite les licux froids, humides & aquatiques, il fe trouve prefque en toute forte de pays; il vit fort long-temps, fi nous en croyons Guillelmus quelques Auteurs, cet Oifeau vit jufqu'à vingt-ans: d'autres difent jufqu'à Gratalarus. foixante, cette derniere opinion eft un peu douteufe, & l'on ne croit pas que l'experience l'ait confirmée; le temps eft un peu long pour fe donner cette patience, & ce feroit une curiofité que bien des gens feroient en danger de ne pas voir fatisfaite.

Albertus,

II fuffit fe donner quantité d'Oyes d'avoir deux Jarres (on appelle pour ainfi les Oyes mâles) & fix ou fept femelles : il faut les choifir de bonne taille, fort éveillez, & de plumage grisâtre: on prétend que ces Oiseaux de cette couleur valent mieux que les blancs; d'autres difent que ceux-cy font plus féconds, lequel croire de ces fentimens : & qu'il faut prendre des femelles qui ayent le plis & l'entre deux des jambes bien large.

Les Oyes femelles font trois pontes pendant l'année: fi on les empêche de couver, elles n'en font que deux, & chaque ponte eft de dix à douze œufs. On fera d'abord en forte qu'elles pondent dans un lieu où leurs œufs foient à couvert des infultes des chiens, elles ne l'oublient jamais, car par un inftinet qui leur eft particulier, elles retournent toûjours pondre au même endroit où elles ont pondu la premiere fois,& y couveront même fi on les y laiffe.

Certain Auteur fur l'Agriculture dit que fi on ne leve les œufs des Oyes à mesure qu'elles les pondent, elles les couvent fitôt que leur ponte eft achevée, mais que lorfqu'on les ôte, elles ne ceffent de pondre jufqu'à cent ou deux cens œufs, & même jufqu'à s'entrouvrir à force de pondre; fi cela eft, le profit des œufs eft préferable à la couvée, c'eft pourquoy l'on confeille, fi tant eft que l'experience ait confirmé cette verité, de Columel.. laiffer pondre les Oyes, au lieu de permettre qu'elles couvent, puifqu'on peut donner leurs œufs à couver à toute autre Volaille. La Ponte des Oyes commence au mois de Mars & finit en Juin.

8. C.14.

Choix des
Oyes

Ponte des
Oyes.

Lieb. Mail. Ruf 1. c. 16.

Couvée

Les Oyes n'aiment gueres à couver que leurs œufs propres, & ce feroit des Oyes. même une imprudence que de leur en foumettre d'autres, parce que ces

Oifeaux font un peu trop revêches pour en conduire d'étrangers; chaque mere Oye peut embraffer douze on treize œufs, & on ne peut luy en donner moins que neuf. Si l'on veut avoir un bon troupeau d'Oyfons, on peut mettre des oeufs d'Oyes fous une Poule d'Inde ou des Poules communes, on prétend que les dernieres y réüffiffent mieux mais à cause de la petiteffe de leur corps on ne leur en donne que cinq ou fix, il faut trente jours d'incubation pour faire éclore les Oifons.

,

,

On doit être foigneux de donner à manger aux couveufes & fi l'on fait bien, c'eft de leur mettre proche d'elles de l'orge dans de l'eau, car elles n'aiment point à laiffer leurs petits, outre que l'expedient eft tres-bon, parce que quand l'Oye ne quitte point fon nid, fes oeufs ne fe morfondent point: ce n'eft pas qu'on voit des meres Oyes, quand on a coûtume de leur donner à manger à la maifon à certaine heure reglée, qui quittent fort bien leurs ceufs pour venir repaître, & qui s'en

retournent deffus, fans que cela leur puiffe préjudicier: aurefte il faut obferver à l'égard de la couvée des Oyes, ce qui a été dit au sujet de celle des Poules.

Lorsque les petits Oyfons font éclos, il ne faut pas fe preffer de les faire fortir de la chambre ou autre endroit où les meres les ont couvez ce n'eft qu'au bout de dix jours qu'on leur donne cette liberté, encore fautil qu'il faffe beau temps, car s'il pleuvoit, cette pluye fuffiroit pour les faire mourir, les petits Oyfons aiment à nager fur l'eau, mais l'eau verfée fur eux leur eft funefte.

S'il y a quelque pâturage aux environs de la maison, il eft bon de les L. 8. C. 34. y envoyer; mais Columelle dit qu'auparavant il faut leur donner à manger des feuilles de chicorée ou de laitues hachées fort menu, ou bien du creffon alenois, que ces herbages leur font fort falutaires, & qu'appaifant leur premiere faim, cela les empêche de fe donner quelque entorle au cou à force de tirer avec violence l'herbe des prez quand elle eft dure. Il eft bon de leur donner de temps en temps un peu de millet ou de l'orge bouilli, c'eft auffi la noutriture dont on les paît les dix premiers jours qu'ils reftent enfermez avec leur mere. On prendra garde que les petits Öyfons ne fe mêlent point avec les grands, qui les battent & les tuent même quelquefois; mais quand ils font en état de fe deffendre, on les met tous en un troupeau, qu'on mene paître, fi l'on veut, avec les Dindons.

L'Oye eft un Oifeau de grand profit dans une Baffe-cour, quoique fort Nature des gourmand de fon naturel, mais on trouve le moyen de le raffalier fans Oyes. qu'il en coûte beaucoup : il aime à barboter, & fe plaît prefque toujours fur l'eau; cet Oifeau eft fort vigilant, il a le fommeil leger & fe réveille au moindre bruit; ou prétend même qu'il eft auffi propre que le chien à garder la nuit une maifon de campagne, parce qu'aufli-tôt qu'il entend quelque chofe, il ne ceffe de faire de grands cris par lefquels il femble appeller le monde à fon fecours. On en cite un exemple fameux. Quand les Gaulois voulurent monter de nuit au Capitole de Rome, ils jetterent de la viande aux Chiens qui le gardoient pour les empêcher d'aboyer, ce qui leur réüffit, mais les Oyes malgré l'apât qu'on leur jetta, firent de grands cris, qui réveillerent les Romains. Cette feule marque de l'inf tina des Oyes devroit fuffire pour obliger ceux qui demeurent à la campagne d'en nourrir, de faire attention quand ils crient durant la nuit & de veiller alors à ce qui peut fe paffer dans la maison.

*

Ces Oiseaux font recherchez pour l'abondance de leurs ceufs qu'on pene Utilité de employer en Cuifine, fi on en a trop pour mettre couver, pour leurs pe- Oyes. tits Oyfons, pour leur plume qu'ils donnent deux fois l'année, & qui eft propre à faire des lits, pour leur chair même & pour leur graifc.

On plume les Oyes pour la premiere fois à la fin du mois de Juin, ou au commencement de Juillet, foit mâles femelles, vieilles & jeunes, & pour la feconde fois au commencement de Novembre lorfqu'on les met engraiffer. On ne leur ôte feulement que les plumes qu'ils ont fous le ventre, entre les cuiffes & le duvet qui eft fous les aîles avec quetques groffes plumes qui fervent pour écrire. Nous avons dit comment

on faloit la chair d'Oye, on peut y avoir recours, fi l'on fouhaite entrer dans ce ménage.

Il eft vray que les Oyes avec tout cet avantage ont leurs incommoditez particulieres: il faut bien prendre garde qu'ils n'entrent dans les jardins & dans les vignes, ils y broutent tout ce qu'ils trouvent à leur rencontre & ce qu'il leur convient, & font tort aux bleds quand leurs épis commencent à fe former. Leur fiente y eft encore préjudiciable, mais pour peu qu'on les veille de prés, on fe garantit aifement de ces dégats.

Maniere de

fer.

Les Oyes font tres-infipides au goût, quand ils ne font point gras, & les engraif- pour les engraiffer on leur donne de la farine de froment, ou d'orge détrempée en eau chaude, toutes fortes de criblûres de bled leur font bonnes. On leur jette encore du gland concaffé, des raves coupées par petits morceaux, & autres chofes feinblables. Il y en a qui les apâtent comme les Chapons tenant ces Oifeaux enfermez dans un lieu chaud & obfcur; d'autres fe contentent de les mettre dans une chambre, & de ne les y point laiffer manquer de nourriture: le fon détrempé en eau chaude les met en bonne chair; & quoique les Oyes foient mal-propres d'elles-mêmes, elles veulent neanmoins pour bien engraiffer, qu'on foigne de les tenir proprement.

Autre Maniere.

L

A my Octobre, qui eft le temps qu'on engraiffe les Oyes, on en prend ce qu'on veut engraiffer, on les plume legerement entre les jambes puis on les enferme en un lieu étroit, afin qu'elles ne puiffent pas beaucoup fe promener, un petit recoin d'une cave accommodé exprés y peut être fort propre; au défaut de cela on fe fert d'une chambre, & on creve les yeux à ces oifeaux: là ils ne manquent de rien, & pourvû qu'on les ait une fois conduits fur la nourriture, ils fçavent bien aprés, quoique aveugles, la retrouver.

Il faut leur donner pour mangeaille celle dont on a déja parlé, ou bien de l'avoine boüillie avec beaucoup d'eau, & par ce moyen cette nourriture ne leur manque point, il ne faut que quinze jours pour engraiffer les Oyfons; les vieilles Oyes tardent un peu plus à prendre graiffe, il y en a qui leur pilent du charbon, & qui le leur donnent détrempé avec du fon & de l'eau tiede; ils prétendent que ce charbon en rend la chair plus délicate, l'experience a confirmé ce fait plufieurs fois.

Comment tirer la graiffe d'Oyes.

avons dit comment on faloit les Oyes, & c'eft pour lors auff quand on les coupe par quartiers, qu'on en tire toute la graiffe qui eft attachée à la chair, puis on la coupe par petits morceaux; on la fait fondre , on en ôte après toutes les ordures avec une écumoire enfuite Leurs ma- on met cette graiffe dans un pot pour la garder & s'en fervir au besoin. Tout eft fujet aux infirmitez du corps; les Oyes ont leurs maladies

ladies.

comme les autres Volailles, elles fe guériffent par les mêmes remedes, c'est pourquoy dans les accidens qui leur peuvent arriver, il faut avoir les mémes attentions fur les Oyes que fur les Poules, & recourir aprés au remede qui conviendra leur donner.

mauvis cf

L'Oye nourrit beaucoup, il produit même un aliment affez folide & af- Bons & fez durable, fa chair eft un peu difficile à digerer; elle convient enets de la Hyver aux jeunes gens bilieux, qui ont un bon eftomac, & ceux qui font chair fujets à un grand exercice de corps; cependant fans regarder à la chose t'Oye. de fi prés, on ne laiffe pas que d'en manger quoiqu'on n'agiffe gueres, fans qu'elles faffent de mal.

pieds de L'Oye.

ment.

La premiere peau des pieds de l'Oye eft aftringeante & fpecifique pour Peau des arrêter les écoulemens immoderez, étant prife en poudre au poids d'une demi dragme. Son excrement fec & pulverifé pris à la méme doze rarefie Son excre& attenue les humeurs, excite les fueurs, provoque l'urine & les mois aux femmes. Son fang refifte au venin, on en donne deux ou trois drag- Son fang. mes dans du vin. On fe fert en Médecine de la graiffe d'Oye pour réfou- Sa graiffe. dre & amollir les duretez; elle adoucit les hemorroïdes, elle appaife les douleurs d'oreilles étant introduite dedans avec du jus d'oignon; elle lâche le ventre étant prife interieurement, on en frotte les parties attaquées de Rhumatifme.

On peut juger par ce qu'on vient de dire des Oyes de l'avantage qu'on trouve à en elever un bon troupeau, qu'on donne à conduire à un Paftre avec des Dindons, afin d'épargner la nourriture qu'il leur faudroit donner à la maison.

CHAPITRE

IV.

Où l'on parle des Canes Domestiques, des foins qu'elles exigent ; des Canes Sauvages & autres, & comment les élever: A quoy utiles; & leurs proprietez.

Lev
Es Canes domestiques enrichiffent une Baffe-cour, & tel néglige d'y
élever de ces Oiseaux, qui peut dire qu'il manque en un des princi-
paux points du ménage des champs; outre que les foins qu'on prend aprés
eux & la nourriture qu'on leur donne font de peu d'importance. Une
Mare, ou des eaux naturelles & courantes proche la maifon, font les
endroits fur lefquels elles fe plaifent à fe promener.

Les œufs, la plume & la chair des Canes qu'on mange & qu'on vend font le revenu qu'on en tire; ces œufs font plus eftimez que ceux des Oyes, & leur chair eft plus délicate, il n'y a que leur plume qui n'eft pas fi fine.

La Cane est un animal amphibie, car il vit fur terre & dans l'eau, plus dans celle-cy que fur l'autre; elle ne fe plaît à barboter que dans la fange & dans l'ordure, & fe nourtit d'alimens fales, comme de bouë, de poiffons morts & même pourris, d'araignées, de crapaux & de gre

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