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qu'elles dorment, & par ce moyen ils ne se trouvent point endommagez. Ces Oifeaux produifent beaucoup quand ils ont trois ans, au lieu qu'auparavant ils font tres-fteriles.

Si dans le temps qu'on préfume que le Paon & la Paoneffe doivent être en amour, & qu'ils ne s'y mettent point, il faudra leur donner à manger des féves roties fur la cendre. Cette nourriture les échauffe, & l'on connoît que le mâle eft en chaleur, quand il fe mire dans fa queue, & qu'il l'épanouit en forme de roue.

Il faut donner les œufs de Paon à couver aux Poules communes pour plus grande commodité, & pour cela on fait choix des plus grandes & des plus vieilles, elles peuvent embraffer neuf œufs, cela fuftit, il faut un mois pour en éclore les petits.

La Paoneffe couve auffi fes propres oeufs, & quand la nature l'y oblige Sa Couvée. elle fe tient cachée pendant quelque jours, & ne paroît à la Baffe-cour que lorfque la faim la preffe & qu'elle vient chercher à manger; ce qu'elle fait promptement, tant il lui tarde de retourner fur fes oeufs qu'elle croit qu'on lui va dérober, ou qu'elle a peur de ne pas bien fomenter. Quand elle a une fois commencé ce train, elle n'y manque point tous les jours à certaine heure, foir & matin, & elle part ordinairement de fon nid en volant & faifant un certain cri qui luy cft particulier quand elle couve, comme le gloffement l'eft aux Poules communes. Quand cette Paoneffe veut s'en retourner fur fes oeufs, elle ne vole point comme elle eft venue, vous la voyez au contraire prendre des chemins détournez qu'elle change chaque jour, afin de ne point donner connoiffance à fonne de fon ouvrage.

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Dés qu'on s'apperçoit de tous ces mouvemens, il faut faire épier la Paoneffe, la fuivre de l'oeil autant qu'il eft poffible, & jufqu'à ce qu'enfin on ait découvert le nid: aprés cela on l'environne de bonnes clayes ou d'autres choses femblables, de maniere qu'il n'y puiffe approcher aucune bête pour luy nuire & endommager fes oeufs. Si par malheur la Paoneffe venoit à étre troublée à la moitié du terme de fon incubation, & non plus tard, elle fe remettroit à couver une feconde fois, mais les petits qui écloroient de fes œufs ne croîtroient pas fi beaux que fi la premiere couvée avoit été heureuse, à caufe de l'Hyver qui les atteint trop-tôt, fuppofé neanmoins, à l'égard de ce fecond travail, qu'il n'y furvint point quelque

nouvel inconvenient.

Qu'on fe donne bien de garde par curiofité d'aller trop prés vifiter la couveuse jusqu'à en vouloir manier les oeufs, il ne faudroit que cela pour la détourner de fon ouvrage, & y renoncer pour jamais. Voyez-la de loing, & que cette vifite ne foit point trop longue, & le plus für, c'eft de la laiffer couver en repos, & de foigner feulement à luy jetter à manger à l'heure qu'on a marqué qu'elle vient en prendre avec les autres volailles.

La Paoneffe, pour l'ordinaire (ce qui eft à remarquer) n'éclos pas fes petits tous à la fois non plus que les autres Oifeaux, à mefure qu'ils font nez, eile fort de fon nid, mene promener fes petits éclos, & laiffe les autres œufs couvez imparfaitement, ce qui eft fâcheux, & pour tâcher

que les œufs ne foient point fans effet, on les prend, & fi l'on a une Poule qui couve, on va adroitement, & la nuit les luy gliffer fous elle; cette couveufe acheve l'ouvrage, fans cela on peut dire que ce font autant d'oeufs de perdus.

. Comment

Les Paoneaux étant éclos, on les laiffe un jour fous leur mere, puis on élever les les enferme fous une grande mue avec elle, afin que le Paon qui les hait, Faoneaux. & qui les blefferoit, n'en puiffe pas approcher: quand on ne prend point cette précaution, on voit trois ou quatre jours aprés la Paoneffe tous les foirs s'étudier, pour ainfi dire, à dérober fes petits aux yeux du monde les menant coucher dans les hayes tantôt d'un côté tantôt de l'autre ; quoique toujours prés de la maifon, mais jamais dans leur nid, car ils n'y retournent plus; ce qui les expofe trop en proye à leurs ennemis.

Mais pour éviter ce danger, & aprés avoir obfervé où cette mere mene coucher fes petits, il faut parquer cet endroit avec quelque claye ou autres clôture de cette forte, & changer ce petit parc à mefure que la Paoneffe prend de nouveaux gites; ce foin ne peut durer que pendant cinq ou fix jours, qu'elle accoutume petit à petit les Paoneaux à jucher fur les arbres, & pour les mieux aider & leur y montrer le chemin, elle les prend l'un aprés l'autre for fes épaules, & les y porte; tel est l'instinct de cet Oifeau, & c'est ainsi que la nature s'eft plue à mettre dans chaque animal un caractere different & particulier.

Nourriture des Paoneaux.

Le matin étant venu, la Paoneffe faute du juchoir en bas, fes petits qui la veulent fuivre répugnent d'abord un peu, mais à la fin ils fuivent leur mere, ils volent à terre, & à mefure qu'ils prennent des forces, ils les éprouvent à monter fur ces arbres, & fe mêlent quelque temps aprés à la compagnie des Oifeaux de leur efpece qui font plus grands.

On nourrit les Paoneaux les premiers jours avec de la farine d'orge détrempée dans du vin, ou de froment bouilli en forme de bouillie. On peut mettre dans cette nourriture du fromage mou bien mêlé parmy, le lait clair leur eft préjudiciable. Les Paoneaux fe nourriffent d'ailleurs de fauterelles, d'araignées, de mouches ou d'autres vermines de cette nature. On les nourrit ainfi pendant un mois, & aprés ce temps on leur donne de l'orge ou du froment boüilli fimplement, ce foin doit durer quatre ou cinq mois, aprés quoy les Paoneaux vivent comme les autres volailles de la Baffe-cour.

C. IL.

Remarques Si c'est une Poule commune qui ait couvé les Paoneaux, il faudra trente-cinq jours aprés qu'ils feront éclos, les laiffer aller aux champs avec Colum.1.8. leur conductrice qui gloffe pour les appeller, comme fi c'étoit des petits Poulets. Il faut que celuy auquel le foin d'élever ces Oifeaux eft commis, porte la Poule aux champs enfermée dans une Cage, puis qu'il la laiffe fortir dehors attachée néanmoins par le pied à un cordeau de trois toifes, tous les Paoneaux voleront à elle; & quand ils feront affez repus, il faudra les ramener à la maifon, en les obligeant à fuivre leur mere.

Quelques Auteurs prétendent qu'il ne faut pas laiffer de Poules qui ayent des Pouffins parmi celles qui conduifent des Paoneaux, parce, difent-ils, que les Poules fi-tôt qu'elles les auront regardez, quitteront leurs petits propres pour affectionner les Paoneaux à caufe de leur beauté: on n'affure

Idem.

point trop cette opinion, mais l'on peut s'en convaincre par l'experience, l'on fouhaite abfolument en être certain.

Maladies des Paons.

Es Maladies des Poules font communes aux Paons, c'eft pourquoi on ufe des mêmes remedes pour les guérir. Quand les Paoneaux ont fept mois paffez, on les met coucher avec les autres.

La chair de Paon eft difficile à digerer, pour ceux qui en mangent: Chair de elle n'est plus gueres d'ufage aujourd'huy fur les tables ; & pour la man- Paon, fes ger il faut qu'elle ne foit point coriaffe,& tuer le Paon deux jours avant effets. que de le manger en Eté, & trois ou quatre en Hyver. On tient que cette chair étant rôtie fe garde un mois entier fans fe gâter.

La fiente de Paon eft fouveraine pour les maladies des yeux, & l'on Sa fiente, dit que cet Oifeau eft fi envieux du bien de l'homme, qu'il mange luy- les vertus. même fa fiente, crainte qu'on n'en trouve. Ses plumes font fort recher- Liebault. chées par les Plumaciers; on en fait des manchons & plufieurs autres ouvrages qui font fort agreables.

Ses Plumes

CHAPITRE

Qu'il faut nourrir des Pigeons Fuyards à la Campagne. Conftr; tion d'un Colombier, ou d'une Voliere convenable à ces Oiseauxucleur utilité, & à quoy propres .

VII.

foit

LE profit qu'on tire de la nourriture des Pigeons Fuyards n'est pas moins confiderable que celui que nous rend la Volaille commune, par la vente qu'on en fait, ou par ceux qui fe mangent à la maison. Ces Oifeaux ne demandent pas tant de foin que les autres qu'on éleve dans la Baffe-cour, & ne coûtent point tant à nourrir; ils ont foin eux-mêmes la meilleure partie de l'année, de chercher de la nourriture par les champs, il n'y a que l'Hyver & lorfque la terre eft gelée ou couverte de neige, qu'il faut leur jetter du grain.

Le Pigeon Fuyard eft affez connu par le grand ufage qu'on en fait parmi les alimens ; & comme pour en tirer un grand profit il faut en nourrir beaucoup, on doit auffi leur bâtir un endroit propre pour les mettre, foit un Colombier, ou une Voliere; & la difference qu'il y a entre l'un & l'autre, eft que dans le premier les Boulins font dés le rez de chauffée, ce qui n'eft pas ainfi dans les Volieres, fi ce n'eft dans celles qu'on appelle Voliere à pied, qui eft la même chofe que Colombier. Le droit de Colombier eft un droit feigneurial, qui n'eft permis qu'aux Seigneurs de fief d'en avoir. Voyons quelle en peut être la fituation, & comment le bâtir.

Boulins.

Affiete du Colombier, fa Conftruction.

'Affiete d'un Colombier doit être ordinairement dans l'endroit de la

la maifon, foit à caufe bruit

tun que font ces Oifeaux, ou de la mauvaise odeur qu'exale leur fiente, que du repos dans lequel les Pigeons fe plaisent à vivre, n'étant point en ce lieu troublez par les perfonnes qui paffent continuellement autour de leur demeure, ce qui arriveroit, fi on le fituoit fi prés du logis.

Cette affiete doit être un peu élevée, pour ne point étre humide, & le Colombier bâti fur de bons fondemens naturels; c'eft à dire, que le terrain foit ferme, point fabloneux, ni une terre remuée. On doit juger par la hauteur & profondeur qu'on veut donner à fon Colombier, quelle profondeur eft neceffaire aux fondemens. Pour plus grande feureté, on leur donne ordinairement la fixiéme partie de la hauteur de l'édifice; & quant à l'épaiffeur ils ont le double de celle du mur qui doit être élevé deffus: qu'on faffe donc déja attention à cette remarque importante pour la folidité de nôtre piece d'Architecture.

Défaifons-nous des fauffes idées que ce font formées là-deffus plufieurs Auteurs, qui ont écrit fur cet Article, comme par exemple d'empêcher que le Colombier foit moins battu des vents qu'il eft poffible, comme fi cela fe pouvoit faire à l'égard d'un édifice fi élevé, de le placer loin des arbres, à caufe du bruit qu'ils font quand le vent les agite; parce que ce bruit, difentils,les intimide, ce qui eft faux, les Pigeons ne s'y accoutument toujours que trop. D'éloigner leur demeure de l'eau pour des raifons frivoles, tandis que tous les jours on voit des Colombiers fituez fur le bord des ruif feaux ou de quelque fontaine, donner des Pigeons en abondance; ainfi de plufieurs autres fcrupules qui font auffi vains qu'on s'eft plût à fe les forger. Il faut fe fervir de l'affiete du terrain telle qu'on l'a; fans fe mettre en peine que de conftruire folidement le Colombier.

Cet édifice aura trois ou quatte toifes de diamètre dans œuvre, & fera de figure ronde ou quarrée felon la fantaisie de celuy qui le fait bâtir; pour la hauteur elle fera d'un quart plus que la largeur: on fait fa couverture comme celle d'une tour, avec des faillies en dehors pour rejetter les caux des pluyes, afin que les murs n'en foient point endommagez.

Il feroit bon que la charpente fût pofée für une voûte de pierre bien bâtie, pour empêcher par le haut que les bêtes qui font la guerre aux Pigeons ne s'introduifent point dans le Colombier; mais on voit beaucoup de ces édifices où il n'y a que la fimple couverture qu'on a foin de bien fermer fur l'entablement.

Le Colombier sera bâti, felon les materiaux qui feront les plus communs dans le pays foit de moillon, de pierres, de grez ou de brique, il n'importe. On le garnit en dedans de boulins enclavez dans le mur, & faits de plâtre, de brique ou de pierres. On ne fçauroit s'imaginer combien ces differentes matieres de faire ces nids fourniffent de raifonnemens en l'air à la plupart des gens qui prétendent fe connoître en tout, & avoir tout experimenté. Les uns tiennent pour la pierre, d'autres pour le bois, ainsi

du refte, & tout cela vifion: il faut fe fervir en cette occafion des materiaux qui font le plus à nôtre portée, les bien employer, & cela fuffit, pour qu'un Pigeon y faffe bien fon devoir, & que fes ennemis ne viennent point l'y faire infulte.

II

Il y a des pays où on fe fert de pots de terre pour faire des boulins. On les enclave dans le mur en échiquier, & on les couvre tous d'une legere maçonnerie; l'invention en eft tres-bonne, parce que aucune bête ne peut y avoir entrée, fi ce n'est par l'embouchure: on fait encore d'autres boulins avec des tuiles qu'on appelle Faifiieres, elles font, comme on fçait, le demi tuyau par leur cavité, & l'on en pofe deux l'une fur l'autre, de maniere que cela fait un trou qui eft rond; mais comme ces faiftieres n'ont pas affez de hauteur d'elles mêmes pour pouvoir contenir un Pigeon à l'aife, on met entre deux un peu de Maçonnerie, & cela fait bien; autrement on pofe ces faiftieres en guife de caneaux à recevoir l'eau, les mettant par rangées éloignées d'un demy pied l'une de l'autre, foutenuës par des briques plattes, accommodées en haut & en bas à la rondeur des faiftieres & ces briques fervent de cloifons à ces boulins qui peuvent être fort utiles.

De quelque maticre que ces nids foient bâtis, le premier rang doit toûjours s'élever de terre de trois pieds, afin que les rats ne puiffent point monter dedans ; & pour le garantir plus furement de ces aniinaux, on fait deffous ce premier rangs de nids, comme une voûte en forme de demituyau qui regne tout au tour du Colombier, & à laquelle on donne de faillie environ un pied: fi bien que lorfque ces deftructeurs de Pigeons veulent aller les affaillir dans leurs boulins, ils n'ont nulle prife, il faut qu'ils tombent à moitié chemin ; cette voûte eft faite de maçonnerie ou de plâtre, au défaut de ces matcriaux, on fe fert de planches garnies de fer blanc par deffous.

Ces Boulins monteront dans le Colombier jufqu'à deux ou trois pieds prés de l'entablement, on les couvre pardeffus & tout au tour d'une efpece de petit toît fait avec des ais, larges de deux pieds, cela empêche auffi que les rats qui viennent d'enhaut, ne fe gliffent dans les nids des Pigeons; ces ais feront foutenus par des confoles de pierres, ou des bouts de chevrons enclavez dans le mur, qui ferviront au deffus pour affeoir les Pigeons & fe promener tout au tour. On ne doit pas craindre de garnir un Colombier de Boulins, il n'en devient que plus abondant dans la fuite par la grande quatité de Pigeons qui s'y retirent

Il faut pour bien faire que les Boulins d'un Colombier fait avec des pots ou des faiftieres, foient mis en échiquier, les quarrez peuvent être l'un fur l'autre, fi l'on veut, on observera feulement au bas de chaque ouverture de boulin, de mettre une petite pierre platte, ou brique, qui ait trois ou quatre doigts de faillie, afin que le Pigeon qui fort de fon nid ou qui vient de dehors pour y entrer trouve là deffus dequoy fe reposer, sur tout lorsqu'il fait un temps incommode.

Un Colombier doit donc être bien fondé,bien couvert,& avoir une bonne aire bien battuë & bien cimentée. Cette aire fe fait dans le Colombier en pied, fur une voûte élevée au deffus du rez de chauffée environ de huit à

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