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dix pieds; le deffous de cette voûte fert comme d'une espece de vinée ou de ferre où l'on met à couvert ce qu'on juge à propos. Tout le dedans du Colombier doit être bien blanchi, les Pigeons aiment le blanc, outre que cette blancheur rend ce lieu plus éclairé & plus propre.

Cet édifice fera enduit foigneufement par tout dedans & dehors,foit de chaux ou de plâtre, il n'importe : il aura en dehors deux ceintures tout au tour de pierre de taille ou de plâtre, dont l'une regnera un peu au deffous de l'entablement, & l'autre vers le milieu du Colombier, ayant chacune de faillie environ trois pouces.

Au deffus de la ceinture la plus haute on donnera jour au Colombier par une feneftre, qui fervira d'entrée & de fortie aux Pigeons. Il faut y mettre tout au tour des plaques de fer blanc, afin que les animaux grimpans ne puiffent entrer par là dans le Colombier. Il y en a qui mettent des couliffès à ces fenêtres, & qui s'affujettiffent tous les jours de les ouvrir ou fermer d'autres qui laiffènt ces fenêtres toûjours ouvertes, & qui ne craignent aucun danger, aprés avoir pris toutes les précautions dont on a parlé. Ce Colombier doit toujours avoir la porte placée à vûë du logis, afin qu'on voye ceux qui y entrent ou qui en fortent, cela tient en refpect bien des Domestiques qui pourroient diminuer de temps en temps le nombre des Pigeons: il faut qu'il foit crêpi dehors & dedans de bon mertier, & le plus uniment qu'il eft poffible.

On donne encore du jour à un Colombier par une grande lanterne, qu'on fait à la pointe du dôme, elle eft en maniere de petit clocher, & ouerte fuffifamment pour bien éclairer ; il y a encore, comme on a dit, les Colombiers quarrez, foûtenus par quatre pilliers de pierre ou de bois, capables de porter un tel édifice. On voûte, fi l'on veut ces Colombiers, ou bien on se contente de faire un bon plancher. Pour ce qu'il y a à obferver au refte, c'eft tout comme aux Colombiers en pied.

Le dedans d'un Colombier rond doit avoir une échelle qui tourne fur un Pivot, qui eft placé au milieu; cette échelle eft faite de maniere que les côtez tournent à un pied & demi prés des boulins, & que fa hauteur en égale le dernier rang; c'eft par ce moyen qu'étant monté plus ou moins haut, on peut aifément prendre des Pigeonaux qui font dans les nids. Il y en a qui fe contentent d'avoir pour cela une échelle portative qu'ils tranfportent où ils croyent qu'il y a des Pigeoneaux, mais elle n'eft pas fi commode que la premiere à beaucoup prés, étant fujette, quand elle eft trop lourde, d'endommager des boulins, lorfqu'on la laiffe tomber deffus de fon propre poids. Il peut y avoir encore quelque chofe qu'on peut obferver à l'égard de la conftruction d'un Colombier rond ou quarré, ce qui ne dépend quelquefois que de la fantaisie d'un particulier qui l'ordonne; c'eft pourquoy nous n'en dirons rien davantage : Paffons à la maniere de peupler le Colombier.

Comment peupler le Colombier, & du choix qu'on doit fçavoir faire des Pigeons.

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Our y réüffir, il faut d'abord faire attention à la capacité de l'édifice, & juger à peu près combien il peut contenir de paires de Pigeons. Vingt

paires fuffifent pour trois cens boulins; on peut établir fur ce nombre pour tout ce qu'il y a de nids. Il y en a qui limitent ce nombre felon le corps du bâtiment; mais cette méthode n'eft pas fi füre que la premiere. Quant au choix des Pigeons Fuyards, les cendrez & les noirs font les plus feconds; voilà à quoy mene tout ce choix, s'il y en a quelque blancs parmi, on ne les rejette point, inais il en faut peu, parce, dit on, qu'ils font trop expofez aux Oifeaux qui leur font la guerre.

Il faut que les Pigeons dont on veut peupler le Colombier ayent été pris tout jeunes fous leur mere, dés qu'ils font couverts d'un demi duvet, & avant que les plumes de leurs aîles foient crûes parfaitement. Qui les prendroit plus jeunes rifqueroit à les perdre à caufe de la nourriture qu'ils ne voudroient point prendre que de leur pere & mere, & s'ils étoient. plus vieux ils pouroient s'en retourner à leur Colombier de naiffance..

Du temps de mettre les Pigeons au Colombier, comment les y accoûtumer.

Our bien les accoûtumer à celui qu'on leur deftine pour demeurer,, on les met dedans, fous de grandes muës, & tous les jours on va leur donner à manger deux fois en cette maniere..

Méthode pour nourrir les jeunes Pigeons, dont on veut peupler le Colombier..

Vous prenez chaque Pigeon l'un aprés l'autre, vous luy ouvrez le bec,

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& y mettez dedans de la Vefce, vous la luy laifferez avaller; étant avallée, vous luy en faites prendre de même une autre bequée, & continuez jufqu'à ce que vous fentiez que fon jabot foit plein; cela fait vous luy verfez de l'eau dans le bec, pour le faire boire, puis vous le lâ→ chez fous la muë, & en prenez un autre : on continue ce foin jufqu'à ce que tous les Pigeons foient repus & abreuvez : s'il y en a beaucoup, on fe met plufieurs perfonnes à les nourrir ainfi, jufqu'à ce qu'ils mangent feuls. Quand cela eft fait on les abandonne à eux-mêmes, & il ne refte plus aprés cela qu'à leur donner de la nourriture.

On prend ordinairement ces Pigeons à la volée du mois de May, à caufe que fe fortifiant beaucoup avant l'Hyver, ils ne craignent point le froid, quand ils y font parvenus, & en profitent mieux; il ne faut point dans les commencemens qu'on les accoûtume au Colombier, leur y laiffer manquer de nourriture, c'eft le moyen de leur y faire prendre cette demeure en affection, & de ne la jamais abandonner. La méthode de mettre une couple de petits Poulets, avec les jeunes Pigeonneaux pour leur apprendre: plûtôt à manger feuls, n'eft point mauvaife; ces Oifeaux-cy qui veulent les imiter, bequetent le grain qui eft à bas, & se repaiffent d'eux-mêmes,, fans le fecours d'autruy.

Les Pigeons étant ainfi accoûtumez au Colombier, on fonge à les laiffer aller aprés par la campagne chercher de quoy fe nourrir, & pour faire qu'ils ne s'égarent pas les premiers jours qu'on leur veut ouvrir la fenêtre du Co- Quanddon-lombier, on choifit un temps qui femble préfager de la pluye, & l'on attend fur les quatre ou cinq heures du foir, ou plus tard même à leur

ner libre,

effort aux Pigeons

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donner, comme on dit, la clef des champs. Ces Pigeons alors voleront à cette ouverture, ils balanceront d'abord à fortir, puis ils fe hazarderont, & enfin ils fortiront & voleront fur le Colombier. Le temps nebuleux, & l'heure de se retirer qui approche les intimident, & font qu'ils ne s'écartent point; ils voltigent tout au tour de la maison, & fe divertiffent, , pour ainfi dire, de ce qu'ils jouiffent de la liberté ; & lorsque la nuit vient, ils rentrent au Colombier, fi vous en exceptez quelques-uns, qui peut-être s'éloignent plus que les autres, & vont dans d'autres Colombiers, mais on ne doit point s'en étonner, s'ils ont été bien apâtez dans le leur, ils y reviennent deux ou trois jours aprés.

N'allez pas fuivre la maxime de certains vifionnaires, qui pour retenir les Pigcons au Colombier, & empêcher qu'ils ne volent en d'autres, prennent les petits d'une Bufe qu'ils enferment chacun à part dans des pots de terre, puis les ayant bien étoupez avec du plâtre, les mettent aux encognûres du Colombier, ou bien qui y pendent une tête de Loup & autres chofes de cette forte qui font ridicules. Le meilleur fecret eft de les bien nourrir en cet endroit, & aprés cela il ne s'y en égarént que tres-peu.

Pour bien peupler un Colombier dans les commencemens, il faut les deux premieres années laiffer aller la volée du mois de May, & fe fervir, pour manger ou pour vendre, de celle de Juillet & d'Août, & fi même ce temps ne fuffit pas pour le bien garnir, on continue de faire la même chofe les années qui fuivent, jufqu'à ce que le Colombier foit tout rempli: c'eft à prefent qu'il n'eft plus queftion que de bien nourrir les Pigeons pour en tirer le profit qu'on en attend.

Toute la dépenfe pour les Pigeons Fuyards confifte à leur en donner durant cinq mois de l'année, tout au plus quand les Hyvers font longs. Ils ne trouvent rien pour lors à la campagne, & l'on commence depuis la mi-Novembre, & plus tard même, jufqu'à la fin de Février, & depuis la mi-Avril jufqu'à la fin du mois de Juin. Pendant ce tems il faut les bien nourrir, ne leur point épargner la Vefce, ou autre grain dont on doit avoir bonne provifion, comine des orges des deux efpeces, de l'efpeautre, des pois, du gland concaffé, & de l'avoine. En Hiver on leur jette du marc de raifin.

Où donner à manger aux Pigeons, & le temps de le faire.

'Endroit où l'on doit donner à manger aux Pigeons dans la cour,

doit

toujours être marqué prés du Colombier; il faut, autant qu'on le peut, que ce lieu foit plat & bien net : on les oblige à y defcendre en les fifflant, & leur jettant du grain; & quand ces Ŏifeaux font accoûtumez à ce fignal, ils ne manquent point de s'y rendre, ils s'y attendent même tout les jours & viennent manger avec les Poules qui fe mêlent parmi

eux.

C'eft ordinairement le matin & le foir qu'on donne à manger aux Pigeons, c'eft à dire deux fois par jour : il y a des gens qui ne leur en jettent qu'une fois, mais auffi leurs Pigeons n'ayant pas une nourriture com

plette, vont dans d'autres cours en chercher, & reftent bien fouvent à caufe de cela parmi les Pigeons étrangers; & fuppofé méme que ce Pi.. geons mal gouvernez ne defertent pas tous de leur demeure orde, ceux qui reltent ne fe paiffant que de ce qu'ils trouvent aux champs bor ou mauvais, font obligez de fe remplir de petites pierres rondes, de ba. chettes & d'autres pauvretez de cette nature qui ne les nourriffent point. du tout, & il ne faut pas auffi s'étonner fi un Colombier peuplé de Pi geons fi mal entretenus, déperit tous les jours à vue d'œil.

Secret pour empêcher les Pigeons de quitter leur Colombier.

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Our accoûtumer les Pigeons au Colombier, de maniere qu'ils ne le quittent point pour aller en d'autres, on prend les pieds & la tête d'un Bouc, on les fait bouillir jufqu'à ce que la chair fe détache des os, on hache cette chair fort menu, puis on la met bouillir dans le méme bouillon jufqu'à ce qu'elle foit réduite en gelée; aprés cela ayez de la terre à po-tier bien tamifée, paîtriflez-la avec vôtre gelée, ajoutez y une bonne quan-tité de fel, de l'urine, des vefces, du cumin, du chenevy, & quelques autres grains de bled fi vous voulez ; mélez bien le tout, & en faites une maniere de pâte dure,formez-en de petites boules de la groffeur chacune de deux poings,. mettez-les fecher au Soleil ou au Four, prenez garde qu'elles ne bi ulent; enfuite mettez-les en plufieurs endroits du Colombier où les Pigeons. fe promenent: ces Oiseaux ne manqueront point de les bequeter, & y trouvant tantôt un grain de fel, tantôt du chenevy ou autres grains dont ces pelotes font compofées, ils s'y acharnent, l'apât leur plaît, & ne veu-lent plus à l'avenir quitter le Colombier.

Il y en a qui fe fervent pour cela de millet cuit avec un peu d'eau dans Antre fea du miel, ou bien d'une vieille moruë falée, qu'ils attachent à la fenêtre cict.. du Colombier, & d'autres ingrediens de cette nature; mais à dire vray, le meilleur de tous les fecrets pour obliger les Pigeons à ne point deferter;; c'est de les bien nourrir dans la cour, dans les temps où ils ont plus be-foin de nourriture.

Abus touchant certains fecrets pour attirer les Pigeons au Colombier..

on vouloit écouter tout ce que la plupart de nos anciens Auteurs fur l'Agriculture,difent touchant quantité de fecrets prétendus excellens, pour obliger non feulement les Pigeons à refter à leur Colombier,mais encore pourr en attirer d'autres, ce feroit toujours à fe fervir d'ingrediens fur ingrediens,. & tout cela la plupart, bagatelles en l'air & imaginations frivoles: qu'on ne s'arrête encore un coup qu'à la nourriture convenable à ces Oifeaux,, & donnée à heure reglée & en faison, c'est le secret le meilleur & le plus, certain, & nous en fommes tous les jours convaincus par l'experie ice,. il ne faut que cela pour avoir quantité de Pigeons & Pigeonneaux bien gros & gras & de bon goût fans s'alambiquer l'efprit d'autres chofes.

Combien de fois il faut nettoyer le Colombier pendant l'année.

LE Colombier, pour bien faire, doit être nettoyé quatre fois l'année, quoiqu'en difent au contraire la plupart de ceux qui ont écrit fur cette matiere. La premiere fois au commencement de l'Hyver, la feconde aprés l'Hyver, & avant que ces Oifeaux commencent leur ponte, la troifiéme aprés leur premiere volée, & la quatriéme quand la feconde eft paffée: il faut fçavoir pour maxime, qu'on ne doit jamais troubler les Pigeons Fuyards pendant leur incubation; cela les éfarouche jufqu'à quitter quelquefois leurs œufs pour n'y plus revenir, outre que le Pigeon, quoique fale naturellement, n'aime point coucher dans l'ordure.

Les nids des Pigeons doivent être auffi entretenus fort nettement, crainte que la vermine ne s'y engendre, principalement un peu avant que les feinell's commencent à pondre. Si dans le temps que les petits font éclos, il y en tombe quelqu'un de fon nid, il faudra le remettre, fi l'on peut remarquer d'où il est tombé, fans qu'on en puiffe toutefois efperer un hcureux fuccez, mais vaille que vaille,fi c'eft un Pigeonneau de perdu, il ne l'etoit pas moins à terre, d'où on l'a ramaflé; peut-être auffi peut-il arriver que la Pigeonne le prendra en amitié, fi c'est fon petit, & qu'elle le nourriffe. On aura foin de jetter tous les Pigeonneaux qu'on trouverra morts dans les nids, crainte qu'ils n'empuantiflent le Colombier, & aprés l'incubation des Pigeons; il eft bon de le parfumer avec quelques herbes aromatiques, de l'encens ou autres aromâts, cela en chaffe le mauvais air, & en fait refpirer un aux Pigeons qui leur eft tres-falutaire.

Picons.

La plupart des Naturaliftes prétendent que le Pigeon vit huit années,& Des vieux difent qu'il n'en a que quatre de fecondes, que les autres font plus préjudiciables qu'avantageufes; & que dans ce temps, qui eft celuy où commence leur vieilleffe, ils ne fe contentent pas de ne rien faire, mais qu'ils détruifent les œufs des autres ; qu'ils en tuent les petits quand ils font éclos, & qu'ils troublent les femelles pendant qu'elles couvent : tous ces dégats font à la verité bien fâcheux, fuppofé neanmoins que les effets en foient certains, c'eft ce qu'on a peine à croire: & ce qui détruit cette opinion en quelque façon, font tous les Colombiers bien entretenus qui regorgent de Pigeons, malgré ceux qui y vieilliflent.

Cependant c'eft fur quoy nos anciens Auteurs fe récrient beaucoup, il n'eft rien qu'ils n'ayent inventé pour trouver le moyen de nettoyer les Colombiers de ces cruels deftructeurs, & tous ces fecrets ont fi peu de bons fens, qu'il n'y a pas lieu d'y ajoûter foy: car, par exemple, ils difent, que pour connoître les vieux Pigeons, afin d'en purger un Colombier, il faut quatre ans aprés qu'on a commencé à le peupler, attacher un filet à l'aile de chaque Pigeon en certain endroit, de maniere qu'il ne puisse point l'empêcher de voler, ou bien, leur coudre aux jambes de petits morceaux de drap, & augmenter ces marques d'année à autre; cela ne donneroit pas mal d'occupation dans les Colombiers où il y a deux ou trois mille Pigeons, & quand il n'y en auroit que cent paires, ne feroit-ce pas toujours affez d'embarras: il eft vrai que ceux qui ont inventé ces fecrets ne les approuvent

Secrets prétendus & impratiCables.

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