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Il y aura une porte à cette enceinte pour laiffer entrer & fortir celuy qui aura foin des Faifans, & vis-à-vis fera une petite maifon pour le Faifandier: dans le dedans de la Faisanderie, & tout au tour feront conftruites plufieurs loges hautes chacune d'un pied & demi fur autant de longueur & de largeur; l'ufage de ces loges eft pour mettre pondre & couver les Faifanes; elles feront fermées pardevant d'une fenêtre à barreaux, éloignez l'un de l'autre d'un pouce & demi & gros comme le doigt, ou bien de fil d'archal, ou fimplement de réseau femblable à celui des filets de pefcheur; mais il y aura dans le fond une efpece de Voliere en pied pour apprivoifer les jeunes Faifans. Pour mieux faire comprendre ce qu'on vient de dire, & voir l'arrangement que les loges doivent avoir dans la Faifanderie, on a jugé à propos d'en donner une Figure.

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Explication de la Planche 1.

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10. Meue fous laquelle font des Faifandeaux aufquels on donne à

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15. Gros Faifans qui s'envolent en l'air.

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16. Bois où eft la Faifanderie. 17. Des femmes & des petits garçons qui cherchent des œufs de Four. mis, dont on nourrit les Faifans.

S

Ur ces Loges, comme on voit, eft un toît qui regne tout au tour; pour empêcher que l'eau ni les frimats n'y penetrent. Si cette Faifanderie eft dans quelque bois, & environnée de quelques arbres, elle n'en vaudra que mieux; il y aura dans le milieu plufieurs petites Auges, les unes remplies d'eau & les autres de mangeaille, & tout y fera entretenu le plus proprement qu'il fera poffible: les nids des Faifanes qui pondront fe trouveront garnis de bonne paille ou de foin; & les fenêtres des loges feront tenues bien fermées : tout cela bien exactement obfervé, on fera choix d'un Faifandier qui entende cette manœuvre.

Veritable caractere d'un Faisandier.

UN

étude

Nbon Faifandier doit fe connoître parfaitement bien en Faifans, & fçavoir en approfondir le génie, afin de s'y conformer; c'est une qu'il doit fe faire, s'il veut fe rendre habile en cet employ; car s'il

ignore à traiter ces Oifeaux, comme il faut, il perdra tour; il doit être
vigilant fur leurs befoins, matineux pour leur donner à manger, adroit
pour leur faire perdre en quelque façon leur naturel farouche, & docile
dans la conduite qu'il en a.

Choix qu'on doit fçavoir faire des Faisans pour multiplier leur efpece.

Our commencer à dreffer une Faifanderie, il faut avoir d'abord de jeu

nes

font plus vieux, on ne peut

les apprivoifer, outre qu'ils fe déplaifent dans leur prifon, & qu'ils n'y veu-
lent ni pondre ni couver : il faut qu'ils foient gros, bien emplumez &
bien éveillez.

Ponte des
Faifanes.

Ces Oiseaux étant bien choisis, plus ou moins qu'on en veut avoir on les met dans la Voliere dont on a parlé. On leur y donne bien à manger. Il faut un mâle à deux femelles. Les Faifans ne font pas fi lascifs que nos Cogs ordinaires, & quand ils font un peu apprivoifez, la nature les excite de même que la Volaille à nous donner des oeufs, & enfuite des petits.

Lorfqu'on remarque que les Faifans veulent pondre, c'eft ordinairement au mois de Mars, on forme dans la Voliere des nids pour les pondeufes; la Faifane ne fait qu'une ponte chaque année, & donne jufqu'à vingt œufs.

Pendant que ces Oifeaux font dans cette Voliere, il ne faut point leur laiffer manquer de nourriture; plus fouvent on leur en porte, plûtôt ils s'accoûtument à voir le monde & à devenir moins fauvages; c'eft ainfi dans les commencemens qu'on veut peupler une Faifanderie, qu'il faut gouverner ces jeunes Oifeaux, qui font comme des étrangers dans des contrées aufquelles ils ne font pas accoûtumez, & où ils ont de la peine à fe faire; car pour les Faifandeaux qui viennent dans la fuite, & qui font originaires de la Faisanderie, on leur laiffe plus de liberté comme on le dira. Couvée des œufs de Faifans.

Les Faifanes n'ont pas plûtôt fait leur ponte qu'il faut mettre couver leurs œufs, ou fous elles-mêmes, ou fous une Poule; celle-cy les conduit plus franchement & les rend moins fauvages; mais enfin, que ce foit l'une ou l'autre, il faut les enfermer dans les loges de la Faifanderie, & ne les point laiffer manquer de nourriture durant tout le temps de l'incubation; c'eft le fecret de leur bien faire achever leur ouvrage, & pour cela on ouvre la fenêtre où font les femelles, on les prend & on leur donne à manger à terre, on leur laiffe faire un petit tour, pour les obliger à fienter, puis on les prend, on les remet fur leurs oeufs & on ferme la fenêtre comme auparavant. Cette incubation dure trente jours; au bout de ce terme on voit éclore deaux fon: les Faifandeaux, s'il ne leur eft point furvenu d'inconvenient. On gouver

Combien
Faifan-

à éclore.

ne d'abord ces jeunes Oifeaux comme des Pouffins, & pour nourriture on
leur donne de la farine d'orge cuite au four, & réfroidie; cette coction en
détache les parties les plus groffieres, & la rend par là un aliment leger,
& facile à digerer, ce qui convient aux jeunes Faifans.

Ces Oiseaux aiment beaucoup les oeufs de Fourmis, il faut leur en faire
chercher autant qu'il eft poffible; cet aliment leur fubtilife les humeurs &

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les engraiffe très-bien, ils mangent les fauterelles qu'ils trouvent, c'est encore une nourriture dont ils font fort avides.

Les Faifans qu'on éleve tous petits dans la Faisanderie ne font point fi fauvages que les autres: on les y laiffe promener, & ils couchent ordinairement dans la Voliere dont nous avons parlé, & qui fait une piece de la Faifanderie.

Il n'est plus question à mesure qu'ils croiffent que de les bien foigner Comment pour les engraiffer, on leur donne pour cela de la farine d'orge imbibée engraitfer d'eau, des féves mouluës, de l'orge mondé, du millet, de la navette & de la les Faifans. graine de lin cuite, & fechée parmi de la farine d'orge; c'eft ordinairement fous une mue ou quelqu'autre cage de cette forte où on peut les tenir enfermez pour prendre graiffe: il faut un mois ou fix femaines pour cela:s'ils avoient la campagne libre, ils n'engraifferoint pas fi bien, quelque abon. dante nourriture qu'on leur donnât.

Les riches Vivandiers engraiffent ainfi des Faifans. Il y a des Rotiffeurs à Paris qui en font la même chofe; ce font auffi aprés cela de chers Oifeaux pour ceux qui les achettent, & ils fçavent bien en tirer leur dé penfe avec ufure. Les Faifans qu'on nourrit ainsi dans la Faisanderie font deftinez pour le maître auquel elle appartient; il s'en fert pour fa table ou pour en faire des presens, & c'eft ainsi qu'il faut fe faire honneur des chofes qu'on n'entreprend que par un air de grandeur & digne du fang dont on fort.

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Le Faifan nourrit beaucoup, fa chair eft fucculente & délicate quand il Bons effets eft jeune & gras ; il produit un aliment affez folide & durable, il fortifie, du Failan. il reftaure & rétablit les perfonnes convalefcentes, il fe digere aisément, fon ufage convient aux épileptiques, & à ceux qui font fujets aux mou

vemens convulfifs.

La graiffe de Faifan appliquée exterieurement fortifie les nerfs, réfoût Graisse de les tumeurs & diffipe les douleurs de Rhumatifme.

Failan.

Des Gelinotes.

LA

A Gelinote de bois ne s'éleve pas comme les Faifans, elle eft d'un naturel plus fauvage, & ne peut s'accoûtumer à pondre ni à couver en fervitude, il luy faut fon air naturel, qui eft la campagne. Quand on peut prendre ces Oifeaux jeunes, on les engraiffe comme les Faifans, ou pour le mieux, fi l'on trouvoit des nids de Gelinotes, on en prendroit les oeufs qu'on mettroit couver fous une Poule, puis on en éleveroit les petits.

On les nourrit comme les Faifandeaux, & on les engraiffe de même; mais il faut tenir ces Ciseaux toujours enfermez dans un endroit d'où ils ne puiffent point s'envoler, car ils tiennent toujours de leur instinct sauvage, & fe déroberoient fans doute de celuy qui les gouverneroit, fitôt. que leur force le leur permettroit.

s'éleve

La Gelinote de bois fe nourrit de grain, foit de froment ou autres, elle peu de terre, c'eft pourquoy on en peut avoir affez aifément dans les pays où ces Oifeaux font frequens : il ne faut point les mettre parmy

Bons effets de la Geliporte.

les Poules, ils ont trop d'anti pathic l'un pour l'autre, & cela fuffiroit pour les empêcher de prendre graiffe.

Choix d'une bonne Vache. Colum. 1.6. ch. 11. Virg. Geor. lib. 2.

Ces Oiseaux font fort nourriffans, d'un bon fuc & de facile digeftion, & quelques Medecins prétendent qu'ils font propres pour les perfonnes attaquées des douleurs néfretiques. Voilà tous les Oifeaux dont un bon Gentilhomme peut être fourni: un particulier n'en élevera que des plus utiles, & de ceux qu'on appelle ordinairement Volaille commune, parce que les autres coûtent plus qu'ils ne rendent de profit. Il faut voir à prefent les bêtes à cornes..

CHAPITRE

XI.

DES BESTES A CORNES,

Et premierement des Vaches & des foins généraux qu'elles exigent. de nous. Du Taureau. Choix qu'on en doit faire, & comment gouverner les Veaux,& en élever d'un & d'autre sexe pour multiplier l'efpece.

A Prés avoir parlé affez amplement de la Volaille, & marqué de quelle utilité elle étoit à la campagne, nous allons icy traiter des bétes à cornes qui font une bonne partie du gros revenu de la Baffe-cour, & nous comDiférence mencerons par les Vaches qui en font la principale fource. des Vaches. Ces animaux different confiderablement l'un de l'autre fuivant leur gran

deur, fuivant la diverfité de leurs cornes, & la differente conformation de quelques-unes de leurs parties, fuivant le lieu où ils naiffent, & plufieurs autres circonftances qu'il feroit trop long de rapporter ici.

Les Vaches d'Angleterre, de Hollande & de Flandres font plus groffes qu'en France, parce que les pâturages en font plus fucculens, & l'on remarque que dans les pays froids ces animaux font d'une plus belle corpulence que dans ceux qui font plus chauds, & la raifon de cette difference, c'eft que les herbes de ces climats-cy ont leur principes trop exaltez par la chaleur, d'où vient qu'il s'y en convertit moins en fubftance que de celles qui croiffent dans les regions qui ne font pas fi échauffées du soleil.

C'est pour cela qu'en Affrique les Vaches font fi petites qu'à peine égalent-elles nos Veaux en groffeur de corps; mais on dit en récompenfe qu'elles font tres fortes & tres laborieufes.

Pour avoir une bonne Vache, & afin qu'on ne s'y trompe point, elle doit avoir le corps grand & long, le ventre fpacieux, le front large, les. yeux noirs & ouverts, les cornes belles, polies & noires, les oreilles vefuës, les machoires ferrées, le fanon & la queue grande, la corne du pied petite & les jambes courtes; il y en a qui difent que les marques d'une bonne Vache font d'avoir la tête défagreable, d'être chargée d'encoulûre & que la peau luy defcende depuis le mufeau jufqu'à la cuiffe, qu'elle ait les côtes bien longues, que tous les membres foient gros fans même

excepter

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excepter fes pieds, que fes oreilles foient heriffèes & fes cornes courbées en dedans d'autres eftiment une Vache d'une moyenne taille, tachetée Licbaut 1. de blanc & de noir, les nazeaux ouverts, le pis grand & gros & les te- 1. ch. 13. tines groffes & longues; tous ces fentimens neanmoins font quelquefois bien trompeurs, car à dire vray, il fe trouve de bonnes Vaches de toutes tailles; & celles qui ont le plus de pis ne font pas toûjours les plus abondantes en lait, ainfi il ne faut pas abfolument y affeoir fon jugement.

Ces marques font bien quelque chofe: mais on doit encore obferver qu'elle foit jeune, ce qui fe connoît à la dent & aux cornes: à la dent lorfqu'une Vache les a blanches, bien rangées & point ufées ni noirâtres en deffus ; & aux cornes, lorfqu'à leur naiflance il y paroît beaucoup d'anneaux: quelques-uns difent qu'autant qu'on voit de ces anneaux, autant la Vache a d'années, c'est à quoy l'on prend garde.

Une Vache doit avoir l'œil éveillé, & nou trifte; ce dernier fymptome eft un préfage d'un mauvais temperamment de la bête, & dont on peut fe méfier, enfuite on regarde au pis, on en manie les trayons; fi la Vache regimbe, c'eft figne qu'elle les a douloureux, & qu'elle y a du mal, ce n'eft pourtant pas un fujet pour rejetter une Vache, qui d'ailleursauroit de bonnes qualitez, cela peut venir d'un lait en grumeaux, & qui. auroit de la peine à paffer, parce qu'on auroit refté trop long-temps à la traire; mais en la trayant, ce lait fe diffoút & fe liquefie.

Après avoir un peu manié fes trayons, on en tire du lait ; s'il paroît blanchâtre & un peu clair, c'cft un mauvais lait, & peu chargé de parties. butireufes, ce qu'on y recherche particulierement, & faute de quoy on doit faire peu de cas d'une Vache laitiere.

On examine encore fi elle n'eft point trop maigre, telle maigreur pourvant provenir d'une tres-mauvaife caufe, à laquelle on ne pouroit rêmedier; mais fi l'on voyoit que cette maigreur ne fut caufée que par un défaut de bonne nourriture, & qu'on cût de gras pâturages pour pouvoir rétablir cette Vache, on ne feroit point difficulté de l'acheter, s'il n'y avoit que ce défaut. Une Vache maigre au fujet d'une inaladie paroît triste, elle eft dégoûtée, & ne marche que nonchalamment, c'eft pour lors qu'il y a à craindre, & qu'il ne faut point s'en charger.

Un Auteur ancien dit, qu'on doit plus faire cas d'une Vache nourrie dans les Montagnes que de celle qui vit dans les bas pâturages, que la premiere dure douze à quatorze ans, au lieu que l'autre ne vit pas filong temps. Cette maxime ne trouve pas beaucoup de partifans, puifqu'on voit des Vaches dans l'un & l'autre cas être bonnes & mauvaifes. I fe peut que les montagnardes naturelles ne trouvent pas les herbages des vallons. fi à leur goût que ceux aufquels elles font accoûtumées › que même cette nourriture ne leur convienne pas fi bien, & que par confequent cles y déperiffent,il en eft de même des Vaches nourries dans les marais,qui font ordinairement d'un gros corfage, au lieu que les autres fent petites, & qui diminuent à vûë d'œil, quand on les change de climat; ainfi le plus fur en cela eft deprendre des Vaches du pais, c'est à dire à trente lieuës à la ronde,. avec les marques dont on a parle, fans s'arrêter pofitivement aux fenti

Belle Fo

rêt 11. jours

de l'Ag..

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