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Définition du Poil.

La matiere des Poils.

Leur forme

La caufe de leur conlcur.

mangent plus que les autres, & qu'il faut pour les bien nourrir qu'ils mangent tant qu'ils ayent de l'herbe ou du fourage de rèfte. Un Boeuf, quoique ce foit un fort gros animal, ne mange pas tant qu'on s'imagine, il ne faut qu'une heure pour fon repas, puis il ferepofe, & rumine à l'aise fa nourriture: on dit que c'eft ce qui la luy fait digerer plûtôt.

Du choix que l'on doit faire des Baufs pour la Charruë,& par rapport à leur poil.

It

Left conftant que dans les pays où on peut élever les Veaux pour en faire des Boeufs dans la fuite, c'eft un grand avantage, dautant qu'on en connoît l'efpecc, & qu'il femble que cela ne coûte prefque rien à élever: mais comme il n'y a pas par tout des pâturages affez gras pour cela, & qu'on eft obligé d'en acheter pour faire aller fa charrue, il est bon d'en fçavoir faire le choix, afin de n'y point être trompé.

Ce choix peut fervir même à ceux qui élevent des Veaux, afin qu'ils voyent aprés à quels ufages ils pourront les employer. Dans les endroits où l'on en nourrit pour en faire commerce, cette confideration fera inutile, parce que tous les Bœufs fe vendent fous quelque poil qu'ils puiffent. être mais quand c'eft pour foy,c'eft autre chofe, on eft bien aife d'aller fûrement dans ce qu'on projette d'en faire; ainfi voyons à quelles confiderations nous portent les poils differens des Boeufs.

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Pour traiter ce point dés fon origiue, on fçaura que les poils font des corps délicz, longs & ronds, fecs, flexibles, formez des fuligines épaiffes du fang & pouffez par la chaleur vers la fuperficie du corps des ani maux pour leur fervir de couverture.

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La matiere des poils, felon quelques-uns, eft un fuc épais, vifqueux, terreftres, engendré du fang, ou de quelque autre humeur, & préparé d'une maniere fpecifique, dont l'épaiffeur paroît par la dureté des poils, par leur vifcidité, par leur fermeté & par leur flexibilité; c'eft ce méme fuc qui les nourrit, & qui les fait croître de la même maniere que la sévé nourrit les plantes.

Ces poils naiffent fous differentes formes, les uns font longs, recourbez, droits, & les autres crépus, felon les diverfes configurations des pores par où ils ont paffé, lefquels s'étendent principalement en long.

La diverfité des poils dans les Boeufs, n'eft pas bien confiderable, & fans parler de leur épaiffeur, de leur longueur, & de toutes leurs autres qualitez exterieures, nous nous arrêterons à la couleur feulement, qui eft ce qui nous frappe d'abord la vûë, & les apparences fur lesquelles on a coûtume d'établir le choix qu'on fait des Boeufs pour les ufages differens aufquels on les deftine. Il y en a fous poil rouge, ou roux, d'autres fous poil noir, les autres font blancs, & les autres blancs & rouges, ou blancs & noirs.

La difference de ces couleurs dans les poils, vient de la diverfité des humeurs qui fe mêlent au fuc dont ils font nourris, & c'eft par là, comme on le vient de dire, qu'on juge qu'un Boeuf eft propre à tel ou tel ulage.

Car, par exemple, le Beuf blanc eft moins propre que tous les autres Le Bœuf pour la charrue, ou pour le harnois, parce que la pituite le domine trop; blanc, c'eft pourquoy il naît d'un temperamment froid, lâche & pareffeux; le travail le rebute auffi-tôt, les moindres chaleurs l'abbattent, & quand on le veut pouffer par l'aiguillon, il fe couche par terre plûtôt que d'avancer; ce Boeuf eft pefant, rien ne l'anime, parce que les parties du fang qui devroient l'agiter dans la circulation, le trouvent embaraffées dans cette humeur pituiteufe, qui leur ralentit confiderablement leur mouvement; ces Bœufs ne font bons que pour engraiffer, & ils engraiffent promptement.

Les Bœufs noirs font plus eftimez, ils font plus laborieux, plus robuftes, Bœuf noir. & plus francs au joug, à caufe des fuliginofitez qui s'y mêlent, & qui font comme brûlées par trop de chaleur & trop de coction, ce qui ne peut arriver fans que tout ne foit beaucoup en agitation dans un Boeuf; mais comme il s'y fait une trop grande fermentation dans l'humeur qui eft agitée, & qu'une grande partie des efprits du fang s'émcuffe par là, il arrive que ce Boeuf n'eft pas fi vif qu'il devroit être, & l'on en voit même quelquefois qui font atrabilaires, c'eft à dire fantasques dans le travail, & peu dociles à la voix; cependant on ne doit point rejetter les Bœufs noirs pour le trait, on peut les corriger de leurs défauts.

Lorfqu'il s'agit de choisir un Boeuf pour le joug, le Bauf rouge ouroux Bœufroueft celuy qu'on doit préferer à tous; la bile qui l'agite le rend vif, ro- ge bufte, infatigable, rien ne le rebute au travail, & quelquefois même il faut prendre garde qu'il ne s'y emporte, luy épargner l'aiguillon; car fouvent c'eft affez de la voix de fon conducteur pour l'obliger de faire fon. devoir; qu'on le mette à la charrue ou au harnois, il y réüffit également quand on a pris foin de le bien dreffer, & que la nourriture ne lui manque point.

Sila pituite agit dans un endroit de la peau & dans une autre les fuliginofitez, le Boeuf deviendra noir & blanc, & il eft plus ou moins robufte que ces huineurs prédominent plus ou moins en lui: un tel Boeuf, s'il a plus de noir que de blanc, eft encore fort propre pour la charruë; s'il a beaucoup plus de poil blanc que de noir, il fera bon pour la graifle, & deftiné pour les Bouchers. Les Boufs qui ne font bons que pour ces ufa- Remarque, ges ne doivent pas tant vivre que les autres, parce qu'ils ne rendent point de fi bons fervices, il fuffit qu'ils ayent acquis une bonne corpulence & bien de la graiffe pour les faire eftimer, & pour être bien vendus; c'est tout ce qu'on en doit attendre ; une trop longue vie à ces Bœufs, ainsi qu'aux blancs, eft une nourriture perduë.

Les Bœufs blancs & rouges, appellez ordinairement Bœufs mouchetez, Bœufbland font meilleurs que les précedens, de quelqu'une de ces deux humeurs, & rouge. dont ils puiffent eft prédominez; fi la pituite quelquefois les rend un peu lâches, l'aiguillon, qui leur met auffi-tôt la bile en mouvement, les réveille, & ce n'eft que par le fecours de l'aiguillon, appliqué neanmoins à propos, qu'on en fait quelque chofe de bon pour la charrue & le harnois.

Bœuf nois

& blanc,

Autre confideration pour choisir les Bœufs.

A Prés ces premieres confiderations, & quand on achete des Boeufs pour labourer la terre, ou tirer la charrette, il faut les prendre d'abord âgez de trois à quatre ans, afin de s'en pouvoir fervir long-temps, & jufqu'à huit à neuf ans, qui eft le plus fort de leur travail. Un Boeuf peur vivre treize à quatorze ans, il ne faut pas les occuper jufques là, ils ont peine alors à prendre graiffe, & deviennent de difficile défaite.

Si vous achetez des Boeufs pour le labour, prenez-les d'un quartier, & tels que nous avons dit qu'il falloit choifir les Vaches: voyez à la page 160. & fi vous voulez neanmoins en être fûr par rapport à l'âge, ouvrez leur la bouche, & voyez fi les dents de devant ont tombé, ou font prêtes à tomber, alors les Boeufs ont dix mois, ficelles qui font à côté font tombées, c'eft figne qu'ils font dans leur feizième mois, & au bout de trois ans, leurs dents fe renouvellent toutes, & deviennent égales, blanches & longues, au lieu que lorfqu'ils font vieux elles s'ufent, elles font. inégales & noires, parce que leurs dents s'alterent en ruminant.

Quoique nous ayons déja dit dans l'article des Vaches comment on connoiffoit leur âge par leur cornes, & qu'on pourroit affeoir le même jugement au sujet des Boeufs; cependant comme il y a de certaines parcularitez qui pourroient y être obmises, on a crû ne rien dire d'inutile que de faire remarquer ce que voicy.

Les noeuds que les Boeufs ont aux cornes marquent leurs années comme aux Vaches; on compte pour trois ans les noeuds qui regnent depuis le bout des cornes jufqu'au premier noeud en defcendant, parce qu'à trois ans le Boeuf met bas ce qui luy eft crû en cette partie depuis la naiffance de fes cornes jufqu'à ce temps, & il luy croît une petite corne nette & toute unie à mesure que cette corne pouffe, il s'y forme chaque année un nœud, comme un anneau relevé en boffe, fi bien qu'aprés ces trois ans on voit quel âge peut avoir un Boeuf par le nombre de ces anneaux.

Pour avoir un Boeuf qui foit bon & propre au labourage, on le prend. de belle taille, doux à manier, propre à obéir à la voix, fans qu'il foit beboa Boeuf, foin de luy appliquer l'aiguillon; il faut qu'il foit vif, bien membru, court

Defcrip-
tion d'un

& large, quarré de corps, ferme & roide, qu'il ait les muscles élevez,
les oreilles grandes, bien velues & unies, le front large & crépu, l'œil
gros
& noir, & les cornes fortes, luifantes & de moyenne grandeur; le
mufle gros & camus, les levres noires, le fanon pendant jufques fur les
genoux, la tête courte & ramaffée, les épaules larges, la poitrine de mê-
me, la croupe ronde, la jambe ferme, la queue longue jufqu'à terre, gar-
nie à l'extremité de poils touffus & déliez, le dos droit & plein, les cô-
tes étendues, lesreins larges, les cuiffes fermes & nerveufes, l'ongle court
& large, le poil court, luifant, épais & doux à manier.

Défauts des Bœufs, comment les en corriger.

Connoif

fance de l'âge des Boeufs par les dents.

Par les cornes.

Bœuf pareffeux,

L

Es Bœufs ont leurs défauts, ainfi que les autres animaux, il les faut étudier pour les en corriger: l'un fera pareffeux jufqu'à fe coucher par

terre plûtôt que de vouloir travailler; nous avons déja dit que les Boeufs de ce temperamment n'étoient propres que pour les Bouchers quand ils font gras.

L'autre eft prompt, & s'emporte fi l'on n'y prend garde; cette mar- Prompt. que n'eft pas mauvaise, mais il faut traiter ce Boeuf doucement, & prendre garde de le brufquer quand on le conduit. Celui-cy eft furieux, il faut Furieux. s'en méfier, & pour arrêter fa furie, attachez-le à l'Etable, laiffez-l'y un peu jeuner, & la faim qui l'attenuëra le rendra fouple ; celuy-là est sujet à donner du pied, ce défaut n'est pas bien confiderable, il n'y a qu'à s'en Sujet à garder, menacer quelquefois le Boeuf de la voix, & luy donner alors quel- donner du que coup leger; au refte, & à cette mauvaise habitude prés, on en trouve de ce caractere qui font bien leur devoir.

pied.

On voit des Bœufs qui prennent peur, c'est un effet de certaines im- Peureux. preffions dont ils ont les fibres du cerveau frappées, & qu'il eft difficile de guérir; on ufe de précaution avec ces Boeufs, & ce défaut vient quelquefois en les dreffant, de ne les avoir pas accoútumez dans les commencemens au bruit, & à la prefence de differens objets.

Les Boeufs rétifs feront vendus aux Bouchers, c'est tout l'avantage qu'on Rétif en peut attendre, aprés qu'ils ont pris graiffe; ce mauvais caractere s'imprime trop avant en eux pour l'y pouvoir effacer.

Avertiffement fur la conduite des Bœufs, & de certains foins impor-
tans qu'il faut prendre aprés eux.

N

Ous avons déja touché quelque chofe de cette matiere; mais comme on n'en fçauroit trop dire, les avis qui fuivent ne pourront que faire plaifir.

Outre le foin qu'on doit prendre de frotter les boeufs le foir, de leur donner une bonne litiere, & de les étriller un peu le matin, avant que d'aller au travail ; il eft bon de leur laver quelquefois la queue avec de l'eau tiede, on prétend que cela leur eft falutaire & les délaffe.

Il y en a qui pendant que leurs Boeufs labourent, les tiennent couverts d'une couverture de toile, cela les garantit des mauvais temps qui peuvent les morfondre, des chaleurs de l'Eté, qui les attenuënt, & des mouches qui les tourmentent beaucoup dans le travail. On approuve fort ce foin, & l'on confeille à ceux qui fe fervent de Boeufs pour la charruë de le mettre en pratique.

Qu'on fe garde bien de prêter fes Boeufs à perfonne pour labourer fon champ, ou pour faire quelque charroy, c'eft le moyen de les ruiner en peu de temps; il faut agir en cela comme dit l'ancien Proverbe,

Jamais tes Baufs ne prêteras,
Et toûjours bien laboureras.

On obfervera auffi de ne les point envoyer loin au charroy, & de ne les y point trop fatiguer, c'eft affez pour les rebuter du travail, & n'en tirer par là que tres peu de profit. Tout ce qu'on vient de dire des Boeufs

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fe doit entendre des Vaches qu'on destine à la charrue, c'est une parti. cularité dont on eft bien aife d'avertir.

Maniere d'engraiffer les bêtes à cornes..

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Es bêtes à cornes ont cet avantage fur les autres animaux de labour, qu'aprés y avoir rendu de bons fervices, on les engraiffe pour l'utilité de la maifon, ou bien pour en faire de l'argent. Ce n'est pas un miftere que d'engraiffer un Boeuf ou une Vache, il n'y a que certains petits foins qu'il y faut prendre, & dont voici l'ordre qu'on doit y tenir.

La vieillefe dans un Boeuf ou une Vache eft en quelque façon une obftacle pour leur faire promptement prendre graiffe; il eft vrai qu'on en vient à bout, mais il faut plus de temps & plus de peines que lorsqu'ils font dans le bon âge.

Jufqu'à dix ans un Boeuf eft bon pour engraiffer, & pour cela on commence d'abord à le laiffer de repos, & à l'ôter du labourage; c'est à la fin du mois de May que cela fe pratique, puis on envoye ce bétail aux pâturages pendant tout l'Eté, & dés la pointe du jour, afin qu'il broute J'herbe encore toute moüillée de la rofée du matin ; cet aliment ainsi imbibé contribue beaucoup à luy faire prendre graiffe...

Les Boeufs reftent dans les pâturages jufqu'à ce que la chaleur les incommode, & alors on'les conduit à l'ombre ou dans les Etables mêmes, pour retourner aux pâtis jusqu'à la nuit, qu'on les enferme avec les autres beftiaux de leur efpece ou feparément, fi le nombre qu'on engraiffe merite une clôture particuliere.

Pour faire que les Boeufs mangent d'un bon appétit, fans quoy il eft difficile qu'ils engraiffent, on les fait boire trois ou quatre fois le jour, & on leur donne à chacun une poignée de fel dans leur eau une fois la femaine feulement, & fi l'on continue à les traiter ainfi, ils feront à gras la fin de Septembre, & au point d'être mangez ou vendus pour la Boucherie..

Comment engraiffer les Baufs en Hyver.

'Hyver demande qu'on fuive une autre méthode pour engraiffer les que

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ment, & par le moyen des bons fourages qu'on leur donne; il eft vray que la dépenfe & les foins en font plus grands; car il faut avoir bonne provifion de foin ou d'autres herbes,qu'on aura fait fecher en Eté. Cette maxiine convient aux pays où il y a de grandes prairies, & qui ne peuvent autrement debiter leurs foins.

On prétend que lorfque les Bœufs fe léchent, ils détournent par là le bon effet que la nourriture qu'on leur donne produit en eux ; c'eft un fait qu'on ne peut point affurer, le croira qui voudra, pour peu que la remarque en vaille la peine.

Parmi la plupart de ceux qui veulent engraiffer des Boeufs où des Vaches, les uns leur donnent foir & matin des pelotes de pâtes de fegle, d'orge & d'avoine, ou de chacune de ces farines feparément, paîtrics en cau

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