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On fe fert des Ruches percées pour changer les Mouches, elles y font commodes, & aprés avoir montré comment toutes les Ruches doivent être faites, examinons maintenant quelle en peut être la capacité.

De quelle grandeur doivent être les Ruches, & de certaines remarques qu'il faut faire fur ces Ruches.

Left important de faire chaque Ruche d'une grandeur convenable à l'effaim qu'elle renferme ; une Ruche trop grande donne à la verité beaucoup de miel & de cire, mais peu d'Abeilles pour la multiplication de l'efpece, parce que cet infecte ayant dequoy s'y loger au large, les vieilles & les jeunes y reftent tant qu'elles ne peuvent plus y être confervées, & lorfque les Ruches font trop petites, elles rendent plus de Mouches que d'ouvrage; parce que ne pouvant trouver à fe nicher dans un fi petit efpace, elles font obligées à fortir de leurs paniers pour aller chercher à fe loger ailleurs. Il faut donc chercher un milieu entre ces deux extrémitez, afin d'avoir en même temps beaucoup de Mouches tous les ans, & une bonne quantité de miel & de cire.

La veritable grandeur des Ruches, felon la remarque de nos Anciens, est déterminée à trois differentes grandeurs, obfervant qu'elles foient un tiers plus hautes que larges, & que le haut foit conftruit en maniere de voûte.

On fait des Ruches de quinze pouces de diametre en dedans par le bas, & de vingt-trois pouces de hauteur; il y en a d'autres qui n'ont que treize pouces de diametre & vingt de hauteur, & d'autres aufquelles on ne donne que onze pouces de large & dix-fept de haut.

Les premieres Ruches fervent à enfermer les effaims qui s'envolent jufqu'au dix ou douze du mois de Juin, parce que ce font les plus abondans; les fecondes font propres pour les effaims fortis depuis le douzićme de Juin jufqu'à la faint Jean. Quand aux derniers, on les employe pour mettre les effaims qui jettent aprés la faint Jean, comme étant le moins nombreux.

Les Mouches à miel fe plaifent en toutes fortes de climats, ou peu s'en faut, toutes les Abeilles en France font exposées dehors à toutes les injures du temps, parce que le climat eft temperé, au lieu qu'il y a des pays où on les met à l'entrée de l'hyver fous des perches, ou des apentis faits exprés pour les garantir du trop grand chaud, ou du trop grand froid, & les en fortent au commencement du printemps.

Pour empêcher que les Abeilles ne mouruffent de faim, les Anciens changeoient leurs Ruches de place pendant l'année, & les portoient dans les endroits où la nature fucceffivement faifoit naître des fleurs ou des herbes nouvelles. Les Hollandois obfervent encore cette maxime. Ils tranfportent leurs Ruches de place en place dans leurs champs femez de navets & de millet, ou bien de bled farrafin; mais ce remuement ne fe pratique que lorsque ces grains font en fleur, ce qui fournit alors aux Mouches une nourriture abondante, & pendant un temps affez raisonnable, les fleurs de ces plantes ne tombant que fort tard de leur calice.

Cette méthode ne paroît point mauvaife, & il femble que fi elle fe pratiquoit en France, les Mouches à miel n'en vaudroient que mieux, & que le Maître auquel elles appartiennent, en retireroit plus de profit.

Differentes efpeces d'Abeilles, du & choix qu'on en doit faire, & comment en faire le transport.

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N remarquera qu'il y a des Abeilles fauvages & des Abeilles franches; les premieres font fort mauvaises, elles ont le corps plus grand, plus rond & plus noir que les autres, & font plus difficiles à approcher. Les bonnes Mouches font d'une couleur plus claire & plus jaune, & ne font pas velues; c'eft fur ces marques qu'il faudra étabiir fur le choix qu'on voudra faire des Mouches.

Il faut outre cela examiner les paniers pour juger de la fecondité des Mouches par leur ouvrage, ce qu'on fait aifément en ôtant le couvercle qui couvre les Ruches, & les confiderer par deffous, les renverfant tout doucement de côté.

Les Mouches à miel n'aiment point qu'on les tourmente; c'est pourquoy quand on veut les acheter, il faut toujours que ce foit le plus prés du logis qu'il eft poffible; le long tranfport les rebute, outre que le changement d'air & de terroir les rend farouches, & moins fructueuses dans la fuite.

Quand il s'agit de les tranfporter, on envelope la Ruche d'une grande nape qu'on nouë par le haut, puis deux hommes prennent un grand bâton qu'ils paffent à travers le noeud, enfuite ils le mettent chacun fur une épaule & le porte comme on fait une tine en vendange, ou ces Luftres de cristal qu'on tranfporte à Paris; il faut marcher doucement & uniement, en forte qu'on n'ébranle point la Ruche; car il ne faudroit que ce mouvement à contre temps pour épouvanter les Abeilles ; la Figure fuivante fera comprendre ce qu'on vient de dire.

Le printemps eft la vraye faifon de ce tranfport, qui fe doit toûjours faire la nuit où tout eft calme, & que la nature invite les animaux au repos; on laiffera les Ruches enveloppées pendant deux jours, crainte qu'il n'en forte quelques Mouches effarouchées du mouvement qu'elles ont éprouvé. Ces deux jours écoulez, & fur le foir, on ôte la nape, puis aprés les Abeilles tranquilles, ne fe fouvenant plus qu'on les ait agitées reftent dans le lieu, comme fi elles y avoient pris naiffance.

Des moyens

de trouver des Effaims dans les Bois.

C'Eft icy un profit tout clair pour celuy qui pourroit trouver dans les bois des Ruches qui ne luy coutaffent rien; il s'y en rencontre de tres-bonne race, foit pour s'y être multipliées de race en race, ou pour s'étre échappées de quelque paniers domestiques dans le temps qu'elles ont jetté.

On va donc par les Forefts au printemps, & par tout où l'on paffe on prête attentivement l'oreille; pour peu qu'on entende bordonner, on s'ap

proche de l'arbre, on le remarque, puis on revient au logis pour prendre tout l'atirail neceffaire pour transporter les Mouches.

De la maniere de faire transporter les Mouches trouvées dans les Forêts.

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L n'eft pas toûjours bien aifé de tranfporter les Mouches qu'on a trouvées dans les Forêts, cela dépend de l'endroit où elles ont fait leur ouvrage. Si par exemple il arrivoit qu'elles fe fuffent attachées à quelque branche d'arbre qui fut creufe & qu'on pût fcier, la chofe ne feroit pas difficile, puifqu'il n'y auroit qu'à fcier doucement cette branche au deffus & au deffous de l'endroit où les Mouches fe feroient logées, & aprés avoir enveloppé d'une nape le tronc qui les tient enfermées, on les emporteroit doucement à la maifon,pour les mettre fous une Ruche préparée exprés, comme on le dira dans la fuite.

Mais fi ces Abeilles fe trouvent dans le creux d'un gros arbre, la difficulté de les transporter en eft plus grande, fur tout quand l'arbre eft gros, & que la cavité en eft bien profonde, cependant il feroit fâcheux d'avoir perdu fes peines; or pour s'en dédommager il y en a qui percent avec une Tariere le tronc ou la tige de l'arbre à l'endroit à peu prés où ils jugent que font les Abeilles, puis ils brûlent du drapeau, & font en forte que la fumée paffe à travers ce trou: les Abeilles ne l'ont pas plûtôt fentie qu'elles prennent leur effor en haut ; mais pour ne les pas laiffer échapper, on porte au deffus du tronc de l'arbre une Ruche toute préparée au bout d'une perche, & à mesure que la fumigation fe fait, les Mouches volent dans ce panier où elles s'attachent, puis on l'enveloppe d'une grande nape, & on l'emporte comme on l'a dit. Voyez dans la Planche qui fuit tout ce qu'on a dit jufqu'icy des Mouches à miel: l'explication vous fervira d'une feconde inftruction.

Explication de la Planche V.

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