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CHAPITRE

V.

Où l'on connoît quels doivent être les Materiaux pour être estimez bons, l'usage qu'il en faut faire, ainfi que de ceux dont on a parlé dans le Chapitre précedent, avec quelques Calculs des prix pour une quantité plus ou moins grande d'ouvrages, dont on voudra fçavoir le montant.

moins

'Eft beaucoup, il eft vray, que de favoir à peu prés les prix des maà que accroire, & que vôtre bourfe n'eft pas tant en proye à leur avidité infatiable; mais cela ne fuffit pas encore pour fe garder entierement d'en être trompé, il faut connoître la bonne ou mauvaise qualité des marchandifes qui conviennent aux Bâtimens, fans cette connoiffance on rifque toûjours fon argent quand elles font mauvaises, à quel prix modique qu'on les puiffe acheter; car, comme dit le proverbe, on n'a jamais bon marché de méchante marchandise. C'est donc un détail dans lequel il eft à propos de defcendre, nous commencerons par la Chaux.

Du choix de la Chaux.

A Chaux, la meilleure eft celle qui eft faite de marbre, ou de pierre Vitra.liv. la plus dure; car plus elle eft dure, plus la Chaux eft graffe & glutineu- c. 5. fe. La Chaux faite avec les pierres les plus dures, eft la meilleure pour la maçonnerie, au lieu que celle qu'on fait de pierre fpongieufe, convient mieux pour les enduits; la Chaux de marbre eft rare en France, mais on trouve des pierres qui en approchent, & qui feroient merveilleufes pour cela; fi on vouloit s'en fervir. Il y en a de cette efpece à Château faint Ange.

Phil. de

Ŏn connoît que la Chaux eft bonne, quand elle eft fort pefante, qu'elle fonne comme un pot de terre cuit, quand on le frappe, qu'étant mouillée Lorme. fa vapeur & fa fumée eft fort épaiffe, & s'éleve incontinent en haut ; & qu'en la détrempant elle s'attache auffi-tôt au rabot.

Du Mortier.

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A meilleure maniere de détremper la Chaux, pour faire d'excellent « mortier, c'est d'en amaffer, lorfqu'elle fort du Fourneau, telle quantité qu'on veut dans une place fort unie, & la mettre de deux à trois pieds de haut.

་་

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Aprés cela on la couvre également par tout de bon Sable environ un « bon pied & demi ou deux d'épaiffeur, puis jettant de l'eau par deffus, on « en verfe par tout une affez grande quantité pour faire que le Sable en foit fi « bien mouillé, que la Chaux qui eft deffous fe puiffe infufer & diffoudre fans fe brûler.

Idem liv.

1. c. 17.

f

Felib. de l'Arch. 1.

L. C. 12.

Si l'on voit que le fable s'ouvre en quelque endroit & que la fumée y paffe, il faut d'abord jetter du fable deffus pour boucher ces paffages, » afin d'empêcher que la vapeur ne forte.

"

Ces petites obfervations qu'il faut faire en détrempant du mortier, font que le fable étant abreuvé, ainfi qu'on a dit, & la Chaux bien couverte, elle devient comme une maffe de graiffe, qui, lorfqu'on l'entâme au bout » de deux, trois, ou dix ans pour s'en fervir, reffèmble à un fromage de

≫ crême.

د.

در

Un mortier fait de cette maniere eft fi gras & fi glutineux que le rabot ne s'y manic qu'à force de bras, & confommant beaucoup de fable, il devient un mortier des plus propres pour les incrustations, & enduits des murs, pour les ouvrages de ftuc & les peintures à fraifque. Il n'eft pas hors de pro→ pos que des particuliers qui veulent faire de la dépenfe en Bâtimens, dient ces petites remarques, & fe les impriment dans l'efprit, afin qu'aur befoin ils puiffent s'en fervir avantageusement.

Car il eft certain, felon un Auteur moderne, que les couleurs des peintures à fraifque fe confervent bien mieux fur un mortier fait de cette maniere, que fur celui dont la Chaux eft fraîchement éteinte, parce qu'elle fait fendre, & crevaffer les enduits, changer, & alterer la beauté des couleurs ce qui en ôte tout le luftre.

Quant aux ouvrages qui fe font dans l'eau, il faut employer la Chaux toute chaude, & fortant du fourneau avec Sable de riviere, ou Ciment fait de tuiles caffées car dans la fuite du temps ce mortier fe conglutine de maniere, que toute la maçonnerie ne fait qu'un corps tres dur; & comme il arrive fouvent à la Campagne, d'avoir befoin d'un mortier de cette nature, & qui faute fouvent d'y avoir apporté toute l'attention neceffaire, on fait dans l'eau des ouvrages aufquels il faut toûjours retoucher, & par confequent dépenfer de l'argent; il eft donc tres à propos de retenir cette methode de faire du mortier, afin de s'en fervir dans le befoin, & que les Ouvriers ne vous trompent point, foit par ignorance ou autrement.

Du choix du Sable.

I même une partie de

Ly a des Sables fi gras, & fi excellens, qu'on en mette cinq parties

fi fecs & fi mauvais, qu'il faut prefque autant de Chaux que de Sable. La veritable maniere pour connoître le bon Sable d'avec le mauvais, est de le mettre fur de l'étoffe, s'il ne la falit point & n'y demeure point attaché comme fait la terre, c'est une marque de la bonté du Sable.

Le Sable terrein, appellé autrement Sable de Cave, eft celuy qu'on eftime le plus, lorfqu'il a de gros grains comme de petit cailloux, & qu'il fait du bruit quand on le manie; celuy qui eft mêlé de terre n'eft pas lì bon; on voit des Sables de plufieurs couleurs, les uns blancs, les autres jaunes, les autres rouges & les autres noirs, lefquels ont chacun leur bonté en particulier, & pour les connoître tels, on les éprouve comme on a dit. Le Sable de riviere eft bon pour les enduits, & dans le corps de la maçonnerie. On tient qu'il confomme plus de Chaux que le Sable de Cave.

i

Des Eaux propres à faire du Mortier.

Outes fortes d'eaux ne font pas propres à détremper de la Chaux pour

>

que les eaux de marais. Les premieres font remplies de fels trop volatiles,
ce qui empêche que le mortier ne s'aglutine, & ne faffe bon corps avec les
pierres, & les autres font trop groffieres pour que tous ces materiaux mis
enfemble, faffent une maffe qui ne fe crevaffe point; il faut pour bien fai-
re de l'eau de puits, de fontaine, de riviere ou de pluye, ce font les plus
fubtiles & les meilleures.

Du Plâtre.

E meilleure Plâtre qu'on employe, eft celuy qu'on tire des Carrieres de Montmartre ; cette forte de pierre, eft fort connue & d'un grand usage à Paris; Il y a un Plâtre tranfparent, qu'on appelle Gyp. On l'employe pour mettre les vîtres en blanc. lorfqu'il eft bien & nettement cuit, il n'y a rien de fi propre que le Plâtre pour prendre telle forme, où figure qu'on veut luy donner.

Tuile de differentes fortes; marque de leur bonté.

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L y a de deux fortes de Tuiles en general, fçavoir les plattes, & les rondes, ou courbées. Les rondes font encore de deux fortes, fçavoir celles qui font courbées fimplement en canal & en demi cercle, & celles qui font courbées en S. Les premieres font propres pour des toits fort bas, parce qu'il n'y a point de clouds qui les y arrête, & s'appellent à caufe de cela Faitieres, ou Goutieres.

Blondel,

Pour connoître la bonne qualité de la Tuile, Brique ou Carreau, c'est lorfqu'étant fufpendue & frappée de quelque chofe de dur, elle rend un fon fur Savot, clair, c'est une marque qu'elle eft bien cuite, & bien conditionnée, & point

.40. P

caffée.

Du choix de la Latte & contre-Latte.

L faut que la Latte, & contre-Latte foit de bois de Chêne, & fans

dure gueres.

289.)

Du choix de l'Ardoife.

feuil

Le même

Li

Ardoife eft une forte de pierre tendre & brune qui fe leve par

lets fort minces, il y en a de deux fortes, fçavoir celle de Mezieres, P. 293. & d'Angers, la derniere eft plus belle & meilleure que l'autre, principalement celle qu'on appelle Rouffenoire du grand échantillon. Les Marchands ont de trois fortes d'Ardoifes d'Angers, fçavoir, la fine, la forte, & la quarrée forte; refte à prendre de l'échantillon dont on a befoin.

Remarque fur le Plomb.

L n'y a point de choix à faire à l'égard du Plomb, il faut feulement remarquer qu'il eft fujet à fe tourmenter fur les couvertures, & qu'il fe caffe d'ordinaire aux endroits où il eft foudé; c'est pourquoi il eft bon d'ordonner aux Plombiers, quand nous voulons en faire mettre en œuvre pour couvrir, qu'ils le reployent l'un dans l'autre, & qu'ils le coudent, ou qu'ils le travaillent avec couture en ourlet; cette maniere d'employer le Plomby eft la meilleure pour la durée.

Du choix du Fer, & ce qu'il y a à remarquer lorsqu'on l'employe..

L nous vient du Fer de plufieurs endroits, & dont la fabrique & la matiere le rendent plus ou moins recommendable; & comine c'eft une thofe des plus importantes dans les ouvrages où le fer doit entrer, de n'en employer que de bon; on obfervera pour le bien. connoître ce qui fuit, & l'on commencera à s'inftruire d'où il vient.

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Car par exemple, il nous vient un fer de Senonches, qui eft doux & pliant nous en tirons de Vibray qui eft plus ferme : celui de S. Dizier eft plus caffant, & a le grain plus gros.

Le Fer qui nous vient du Nivernois eft un fer doux, & propre à fabriquer des armes, celui de Bourgogne ne l'eft pas tant, le Fer de Champagne eft plus caffant, celui de la Roche eft doux & fin.

La Normandie nous en fournit dont la plupart font fort caffans; il nous en vient de Suede & d'Allemagne qui font excellens, ainfi que d'Efpagne: ces dernieres efpeces de fer ne s'employent gueres que pour des outils, & autres inftrumens qui demandent plus de politeffe que celui qu'on confidere pour les Bâtimens.

Quand on est bien informé de la Mine d'où le fer eft tiré, on en peut connoître la qualité, ou bien fi on veut l'éprouver, on prend une barre de fer, & fi l'on voit qu'il y ait de petites veines noires qui aillent en long, que cette barre ploye fous le marteau, & fur tout qu'il n'y ait point de gersûres, c'est-à-dire de petites fentes ou découpûres qui traverfent, c'est figne que le fer eft bon & pliant, mais s'il y paroît des gersûres, il caffe ordinairement à chaud, & eft par confequent difficile à forger.

On connoît encore fi le fer eft doux à la couleur qu'il a en le caffant; s'il eft noir dans la fente, c'est une marque de bonté ; il y a d'autre fer, qui lorfqu'il eft caffé, paroît gris, noir, & tirant fur le blanc, celui-là eft plus rude à employer que le précedent, & convient aux Maréchaux, Taillandiers, & à ceux qui travaillent de groffes oeuvres noires, comme font les gros fers qui entrent dans les Bâtimens, & ceux dont nous avons ici befoin.

"

Les Ouvriers & ceux qui ont accoûtumé à travailler en fer, en connoiffent bien la qualité en le forgeant ; car s'il eft doux fous le marteau, il caffera à froid, au lieu que s'il eft ferme, il ployera à froid, ainfi c'eft par malice ou par ignorance quand ils ne donnent pas du fer tel qu'on leur de

mande,

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mande & convenable aux ouvrages qu'ils entreprennent pour les particu

liers.

Le fer eft quelquefois dangereux dans les Bâtimens, lorfqu'il est mis dans la Maçonnerie, & dans les Pierres de Taille; parce qu'il le rouille, & en fe rouillant, il s'enfle, fait eaffer les pierres, & rompre les murailles. Le remede à cet inconvenient, eft de le bien étamer pour le garantir de la roüille, ou y mettre plufieurs couches de peintures.

Remarque fur le Bois de Charpente.

E Chêne eft le bois eftime le

foit qu'on l'em

Lploye fur terre ou dans l'eau, où il n'eft point fujet à la pourriture. Le

Châtaigner a fon merite, pourvu qu'il foit à couvert & non expofé aux injures de l'air, & on fe fert de l'autre pour faire des Pilotis dans les endroits aquatiques.

Le bois où il y a le plus d'aubier, eft le plus mauvais de tous, parce qu'il fe pourrit bientôt, & devient tout vermoulu; c'eft pourquoy il faut prendre garde quand on achette du bois pour bâtir, ou qu'un Charpentier. Ou un Menuifier vous le fournit, qu'il n'y ait point d'aubier. On peut voir ce que c'eft dans le Commerce du Bois.

י

Le bois roulé ne vaut encore rién quand il eft mis en œuvre, & un bois eft encore vitié, quand il eft échauffé, venté ou fur le retour, cela lui cause par tout de petites taches blanches, noires & rouffes qui dégenerent peu de temps après en pourriture. On fera un détail dans le Chapitre du Commerce du Bois, de toutes les Pieces de bois de Charpente qui font propres à bâtir, n'étant pas ici l'endroit où l'on juge à propos d'y

defcendre:

On employe encore le Sapin pour bâtir, mais il n'eft bon qu'en folives ou en Poutres, pourvû, dit un Architecte moderne, que les bouts foient enfermez ou entourez de morceaux de doffes autour des portées dans les murs, de peur que le mortier de Chaux ne les échauffe.

Remarques fur la Menuiferie.

E entre dans la Menuiferie

fortes de comme le

qui doit être auffi fans aubier, bien fec quand on l'employe, crainte qu'il ne fe travaille, ou comme difent les Ouvriers, qu'il ne fe déjette, aprés avoir été mis en œuvre ; c'est le bois dont on fe fert le plus en cet Art.

Les Menuifiers employent auffi beaucoup de Noyer pour les ouvrages délicats & qui demandent de la varieté fur leur fuperficie.

Il faut obferver, quand un Menuifier s'oblige à vous fournir les bois, qu'il n'y ait point trop de noeuds ou de fentes, & fouvent pour dérober ces viees aux yeux, ils prennent de la poudre ou fciûre de bois avec de la Colleforte dont ils rempliffent les défauts, & nomment cette compofition de la Futée: Il y en a qui font du Maftic avec de la Cire', de la Raifine & de la Brique pilée, ce fecret eft meilleur que le précedent, parce qu'il n'eft point fi fujet à gerler. On tâchera donc le plus qu'on pourra de développer ces

B

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