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Du temps de châtrer les Mouches, & à quelle heure.

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Hâtrer les Mouches, eft tirer des Ruches le miel & la cire que les Abeilles y ont produit; il ne faut jamais fonger à faire cette operation que les paniers ne foient pleins, autrement c'eft perdre le miel, & tout le profit que les Mouches peuvent donner dans la fuite; outre qu'agiffant ainfi mal à propos, ces Mouches fe rebutent, quittent leurs paniers, & laiffent en partie leur ouvrage imparfait.

La veritable occafion qui doit nous inviter à commencer cette récolte, eft lorfque les Mouches n'ont plus rien à faire, & que leurs Ruches font pleines d'ouvrage, ce qu'on reconnoît aifément à l'œil, quand on vifite ces Ruches en dedans, ou bien on le remarque en dehors lorsqu'opiniâtrement les Abeilles chaffent les Frelons de leurs paniers.

Le temps de châtrer les Abeilles eft plus ou moins avancé felon les climats cu on habite, que les faifons font plus ou moins chaudes; on fait deux fois la recolte du miel; fçavoir, la premiere à la fin de Juin, & l'autre à la mi Août, & non plus tard, afin que devant l'hyver les Mouches puiffent faire affez de travail pour fe nourrir pendant cette faifon, fi l'on ne châtre qu'une fois les Mouches, ce fera au commencement du mois d'Août.

:

Il y en a qui veulent qu'on châtre les Mouches dés le mois de Février ou de Mars, & qu'on commence par les paniers qui font les plus forts; cette diverfité de fentimens peut fe regler fur les differens pays où l'on demeure, & s'accommoder à l'ufage.

L'heure de tailler ou châtrer les Abeilles, comme on voudra dire, c'eft la même chofe, eft ordinairement à midy où pour lors les Abeilles font la plupart en campagne pour chercher à vivre, n'en reftant que trespeu dans les Ruches pour empêcher qu'on leur ravifle leur ouvrage ; il faut agir doucement quand on taille les Mouches, car autrement elles fe mettent en colere & piquent ceux qui les taillent.

Avant que de fe mettre en devoir de toucher aux paniers, & pour fe garantir des aiguillons des Abeilles, on s'affuble la tête d'un grand capuchon de toile qui defcend jufqu'à la ceinture, l'on met à l'endroit des yeux de la toile à tamis, & l'on précautionne fes mains d'une paire de gands, puis levant les paniers petit à petit, on les fume avec un toupillon de linge qui brûle, ou bien on fe fert d'un peu de foin embrafé, qu'on met dans un pot de terre, obfervant de le bien fouler, afin que la fumée en foit plus épaiffe, & qu'elle dure davantage : cette fumée empêche les Abeilles qui font dehors de s'approcher des Ruches, & oblige celles qui font dedans à fortir.

Ou bien, prenez un grand fac, envelopez-en tout le panier avec les Mouches, licz-le par le bas de maniere feulement qu'il y ait un trou par où la fumée puiffe paffer, mettez deffous vôtre foin embrafé, ou votre toupillon de linge, laiffez le fumer; les Mouches n'auront pas plûtôt fenti la fumée, qu'elles fortiront toutes de la Ruche; & comme elles ne trouveront point d'autre chemin que les espaces qu'il y aura entre la Ruche

& le fac, elles feront obligées d'y monter toutes; on obfervera pour bien faire que le fac foit accommodé par le haut avec des bâtons qui le tiendront ouvert, puis on ôte le panier, on le châtre, étant châtré, on le met fur l'ouverture du fac, & les Mouches y rentrent & y travaillent com.

mc auparavant.

Voicy une autre méthode dont on peut encore fe fervir pour tailler les Mouches; on prend une chaife de paille qu'on renverfe; on met deffous un pot qui fume, & cette fumée ayant fait fortir les mouches de la Ruche, on la châtre commodément.

Il faut bien prendre garde, quand on taille les Mouches, de ne point toû cher à certaines petites bouteilles couvertes d'une pellicule blanche, & qui paroiffent tout au tour de la couronne du panier, c'est le couvain par où les nouveaux Effaims doivent fortir, & qui diminueroit la race des Mouches, fi on l'ôtoit.

On taillera toûjours haut les vieux paniers, cela les conferve, & on retranchera le vieux ouvrage. On coupera cinq pouces plus haut l'ouvrage que contiennent les vieux paniers, s'ils ont été hauffez vers la faint Jean précedente, pourvû neanmoins qu'il n'y ait pas de couvain; & fi les Ruches font trop petites, on les laiffera hauffées comme elles font, les Mouches y donneront plus d'ouvrage.

Comment renouveller les Ruches.

R Enouveller les Ruches, eft ôter celles où font les vieilles Abeilles,

en chaffer bien les Mouches, ou les tuer pour

les n'aillent point tourmenter les jeunes pendant qu'elles travaillent.

Le plus für moyen de détruire les vieilles Abeilles, c'eft de les noyer dans de grandes Auges pleines d'eau, ou l'on plonge les Ruches enveloppées d'une grande nape, lorfqu'elles font toutes retirées ; c'est ordinairement la nuit que cela fe pratique.

Quand on a achevé de châtrer les Mouches, on prend foin de nettoyer les fieges fur lefquels on pofe les Ruches.

Quelquefois auffi, au lieu de détruire les Mouches, on ne coupe que la moitié de la cire & du miel, laiffant l'autre pour nourrir les Abeilles qui restent dans le panier; cette méthode eft meilleure que la premiere, c'eft ainfi qu'on en agit en Provence, & pour y réüffir, on renverse un peu le panier, puis on en tire du miel & de la cire, ce qu'on veut.

Les Hollandois agiffent autrement, ils renverfent la Ruche fans deffus deffous, & en tirent ce qu'ils fouhaitent d'ouvrage.

Pour bien conferver les Mouches à miel, il faut vifitet les paniers l'un Autres aprés l'autre deux fois la femaine, & examiner fi les Abeilles n'en font foins pour point forties, & fi elles ne manquent point de nourriture.

les Abeil

Sitôt que le printemps fera arrivé, on couvrira les paniers, aprés en 1:s, avoir tire la círe par deffous, afin de les nettoyer de la vermine & des autres ordures qui s'y font amaffées pendant l'hyver ; il eft bon auffi de faire la revue des paniers de haut en bas en automne deux fois par mois, & foigner en même temps de les recouvrir; ces mêmes paniers feront auffi

nettoyez & parfumez, les Mouches s'en portent toujours mieux. Ces paniers feront exactement recouverts de leur couvercle, principalement au commencement de l'hyver, afin de garantir les Mouches du grand froid.

De la recolte du miel, & comment le tirer des gâteaux.

LAC

A recolte du miel pour laquelle on prend tant de peines toute l'année, fe fait en trois differens temps, fçavoir incontinent aprés le printemps, durant tout l'été, & au commencement de l'automne, on ne peut fixer pofitivement un jour pour ce travail, c'eft felon que les rayons font complets; car fi on les tire avant ce temps-là, les Mouches fe rebutent, & ceffent de travailler.

On connoît qu'il eft temps de recueillir le miel, quand les Mouches ne font plus qu'un bruit fourd, que les trous des vaiffeaux font bouchez par deffus, & que les Mouches chaffent les Frelons.

L'heure d'ôter les rayons des Ruches eft ordinairement le matin ; & pour cela on prend un grand couteau fait exprés, qu'on moüille fouvent dans l'eau, afin que la cire ne tienne point.

Il faut bien fe donner de garde de vuider tout un panier, ny d'en tirer tout l'ouvrage, on en laifle environ la cinquième partie tant au printemps, qu'en été, & le tiers feulement en automne, & par ce moyen les Abeilles ne manquent point de nourriture.

Pour agir prudemment dans la recolte qu'on fait du miel, il n'en faut tirer que les rayons qui font les plus en état, & n'en prendre que les deux tiers; fi la Ruche eft à moitié pleine de miel, on en tire la moitié, s'il y en a moins, on n'en tire point du tout.

Quand les gâteaux font tirez, on les met dans des terrines qu'on porte à la maifon dans un endroit bien fermé, & dérobé aux Mouches, afin qu'elles n'y entrent point, autrement elles fuivroient leur ouvrage, & piqueroient ceux qui l'emporteroient: fi neanmoins malgré toutes les précautions qu'on puiffe prendre là-deffus, il y avoit plufieurs mouches qui s'introduififfent en ce lieu, on les en chafferoit avec de la fumée.

Le meilleur miel & le plus délicat, eft celuy qui de luy-même coule le premier des gâteaux, on l'appelle Miel vierge, on le ferre bien proprement & feparément de l'autre, dans des pots de grez verniffez, & bien nettoyez; & pour le faire diftiller, on prend des paniers d'ozier faits en maniere de chauffe à hypocras, pendus à un clou, au deffus d'une terrine qui reçoit le miel, ou d'un pot de terre verniffé.

Aprés que le premier miel a découlé entierement des gâteaux, on ôte ces rayons du panier, on les met dans une preffe, pour exprimer celuy qui eft plus épais, & qu'on appelle le fecond miel. Les pots étant pleins on les laiffe découverts pendant quelque temps, que le miel fermente & bouillonne, puis on prend foin avec une cuilliere d'en ôter l'écume; c'eft cette façon qui le clarific, & qui le rend pur.

Il faut que le lieu où on le laiffe ainfi découvert foit bien net, point Expofé à la pouffiere, & nullement humide. Le miel ayant fermenté,

&

& étant bien net, on bouche les pots qui le contiennent avec du papier. Avant que de tirer le miel des gâteaux, on doit toûjours foigner de les bien éplucher de toutes les ordures qui s'y préfentent, comme des Mouches mortes, du couvain, & de vieille cire noire.

Quelques-uns, au lieu de paniers faits comme on l'a dit, fe ferventd'une petite claye d'ofier fabriquée exprés, fous laquelle on met auffi un pot de terre pour recevoir le miel qui diftille des gâteaux qu'on a mis deffus.

La derniere façon de tirer le miel, & qui eft celle qui le rend le plus épais & le plus groffier, eft lors qu'aprés l'avoir exprimé des gâteaux, ainfi qu'on l'a dit, on les jette dans une chaudiere pour les faire tiedir fur le feu dans un peu d'eau, en remuant toûjours ces gâteaux, aprés quoy on les tire de la chaudiere, on en remplit un fac de toile fort claire, qu'on met dans la preffe, pour en exprimer tout le miel qui peut y refter; ce miel eft plus âcre que les deux précedens, à caufe du feu par lequel il a paffe, & de plus, parce qu'il n'eft pas auffi nouveau que les autres.

Des differentes fortes de miel.

miel

tire fe nomme auffi miel blanc, & le fecond, miel jaune, le miel blanc le plus eftimé, eft celuy qu'on fait en Languedoc, & qu'on appelle miel de Narbonne ce miel eft plus délicieux : qu'aucun autre, parce qu'en ce pays là tes Abeilles fuccent particulierement les fleurs de Romarin qui s'y trouvent en grande abondance, & qui y ont beaucoup de force, à caufe de la chaleur du climat.

Le miel qu'on a tiré au printemps eft plus eftimé que celuy d'automne, parce que les Abeilles fuccent dans la premiere faifon des fleurs tendres & nouvelles, qui fourniffent pour lors un tres-bon fuc. Le miel d'été est auffi moins excellent que celuy du printems, parce qu'étant plus fujet à fe fermenter à caufe des grandes chaleurs, il acquiert une âcreté un peu défagreable.

On doit choisir le miel épais, grenu, clair, nouveau, tranfparent, d'une Choix du odeur douce, agréable, un peu aromatique, & d'un goût doux & piquant. Miel. Le miel fortifie l'eftomac, il eft pectoral, il excite le crachat, il ra- Ses proprietez. refie la pituite groffiere, il aide à la refpiration, il lâche le ventre il > refifte à la malignité du venin, il produit un fang loüable & bien conditionné, & il pouffe par les urines.

On fe fert du miel parmi les alimens, & en médecine, on l'employe auffi pour faire plufieurs boiffons. Le miel étoit autrefois bien plus en ufage qu'il n'eft pas aujourd'huy: on employoit le miel prefque par tout, au lieu de fucre, on s'en fert encore à prefent pour les confitures.

Pour donner une idée claire & diftincte de ce qu'on a dit touchant la fabrique du miel, on a cru devoir donner des Figures qui reprefentaffent tous les inftrumens qui y font neceffaires.

PP

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De la maniere de tirer la cire.

vient de voir

on tiroit le miel des

,

comme

les Abeilles produifent auffi la cire dont l'ufage eft fi frequent par tout; voicy la maniere que la recolte s'en fait.

Prenez les gâteaux dont vous avez tiré le miel, jettez-les dans une chaudiere remplie d eau claire, laiffez bouillir le tout doucement fur le feu, fans difcontinuer de le remuer, & quand vous verrez que la cire fera montée, tirer la chaudiere de deffus le feu, paffez le tout dans des facs de toile claire, & ramaffez ainfi cette premiere cire dans des terrines; enfuite remettez-là dans une petite chaudiere, faites-là encore fondre fur le feu, & fitôt qu'elle bouillonnera, écumez-la bien de fes ordures pour la purifier.

Etant purifiée, & ayant fuffifamment boüilli, verfez-la dans des terrines proportionnées à la grandeur des pains que vous voulez faire; il faut qu'il y ait de l'eau au fond de ces terrines, crainte que la cire ne s'y attache on donne auffi le temps à cette cire de s'y réfroidir, puis on la tire, pour la mettre enfuite dans un endroit où elle ne puiffe fe gâter, ni être mangée des rats.

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