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dans l'article d'élever les taillis; ce bois eft ordinairement garni de chênes, cheneaux, en abondance, d'un peu de hêtres & de bouleaux, de quelques châtaigniers & autres bois fauvages.

Il est bon que la Garenne foit prés de la maison, tant pour le plaifir qu'on a de la vifiter fouvent pour en tirer le profit, que pour conferver les Lapins qui y font, & empêcher qu'on ne les furete à la dérobée. Ce bois neanmoins fera placé de maniere qu'il n'ôte point la principale vûë de la maifon.

Il y en a, mais c'eft mal à propos, qui confeillent d'entourer la Garenne de murailles ; il faudroit faire une dépenfe qui pafferoit de beaucoup le revenu, ainfi ce ne feroit point un ménage, outre que ce mur n'empêcheroit point que les Lapins ne creufaffent des tanieres au delà, fi la fantaifie leur en prenoit ; & pour parler nettement, on ne doit point fonger à clorre la Garenne de quoi que ce foit, parce que c'eft peine perduë, & argent dépenfé inutilement; ni murs, ni foffez à fec, ou pleins d'eau, ni haye, tout cela ne peut empêcher qu'ils ne fortent de la Garenne, quand ils veulent: on laiffe donc l'endroit comme il eft fitué fur un côteau, & planté de bois fauvages.

Pour l'étendue qu'elle peut avoir, cela dépend du terrain qu'on y juge propre: elles font ordinairement de quatre, cinq, jufqu'à fept arpens, on ne détermine point cet efpace, & l'on prétend qu'une Garenne de cette étendue, bien fournie & bien confervée, peut donner tous les ans deux cens douzaines de Lapins & davantage.

Nos anciens autrefois vouloient qu'on environnât la Garenne de grands foffez d'eau, lorfque la fituation du lieu le permettoit; mais cette maxime femble s'oppofer à ce qu'ils ont dit touchant l'affiete de la Garenne, qu'ils placent für un côteau; il n'y a guéres d'eau ordinairement en ces endroits capable de remplir des foffez qu'on y auroit creufez ; c'eft pourquoy on fe défera de cette opinion, comme étant d'ailleurs ( quand le lieu y feroit tres-commode) tres-préjudiciable aux Lapins.

Comment peupler une Garenne.

A Prés avoir dreffé la Garenne, il n'eft plus question que de la peupler; car d'attendre que la nature la

ce feroit bâtir fur un mauvais fondement. Quelques-uns pour y réüffir, fe contentent, fans aucun miftere, de jetter dans cette Garcnné quelque petit nombre de femelles pleines, lefquelles par les petits qu'elles rendent tant mâles que femelles, meublent aprés abondamment la Garenne; il eft vray que cette voye tire un peu en longueur, & que celle du Clapier va bien lus vîte, voyons quelle elle est.

Du Clapier.

UN Clapier eft un endroit clos de murailles, bien maçonné, qu'on fait tant grand & tant petit qu'on veut, partie couvert, partie dé& dans lequel on enferme des Lapins & des Lapines pour en mul

Couvert,

Qqÿ

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Liebaut

tiplier l'efpece, il faut vingt-cinq ou trente femelles ou trente femelles pour un mâle, mâle, d'auMaif. Ruf. tres n'en veulent que huit ou dix, mais cela ne fuffit pas.

c. 2. 1.7.

Il feroit neceflaire que les murs qui environnent le Clapier, euffent leurs fondemens conftruits de bon libage pour empêcher que les Lapins en foüillant leurs terriers ne les minaflent; mais je crois qu'on auroit encore bien de la peine d'arrêter par-là ce défordre, s'il eft vray ce que Pline rapporte à ce fujet. Il dit qu'il y eut autrefois en Efpagne une Ville toute entiere minée & creufée par des Lapins; c'eft pourquoy, fans s'embaraffer l'efprit là-deffus, il faut clore le Clapier de murs tels qu'on le juge à propos pour y contenir les Lapins; s'il s'en échape quelques-uns par deffous, ce n'eft pas une affaire, ni un incident qui doive arrêter ceux qui le font bâtir; il refte toujours affez de ces animaux dans ce Clapier pour en faire ce qu'on fouhaite.

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Nourriture des Lapins dans le Clapier.

LE

Es Lapins font nourris dans le Clapier d'herbages de jardin, de fruits dans la faifon, de fon, d'avoine, & d'autres alimens de cette nature qui peuvent leur convenir.

La race des Lapins fe multiplie beaucoup en cet endroit, parce que les femelles font prefque toutes des petits tous les mois, & ces petits en produisent d'autres qui deviennent ainfi feconds à l'infini, & par fucceffion de temps, de maniere que par cette voye le Clapier fournit de quoy commencer à peupler abondamment une Garenne, & pour en manger fi on le fouhaite; mais ces Lapins ont ordinairement la chair infipide & groffiere, au lieu que les Lapins fauvages font bien plus délicats.

Ces animaux multiplient beaucoup, ce qui a fait dire à plufieurs que le Lapin étoit hermaphrodite; les Lapines font fujetes à la fuperfétation, c'est à dire, à concevoir de nouveau, quoique déja pleines: en effet un certain Auteur rapporte que quelques Chaffeurs en avoient obfervé, qui dans le temps qu'elles allaitoient leurs petits, ne laiffoient pas d'en remettre deux ou trois au monde, & qu'au bout de quatorze ou quinze jours, elles en concevoient de nouveau un égal un égal nombre, ce qui fait affez connoître pourquoy ces animaux multiplient en fi grande abondance.

Il eft bon dans les Clapiers qu'on fait exprés d'y conftruire auffi des efpeces de terriers pour les loger: on les bâtit avec des aix ou des pierres plattes un Clapier peut fervir à deux fins, foit pour en tirer des Lapins pour peupler la Garenne, ou pour en ufer comme d'un Garenne d'où l'on prend des Lapins directement pour manger ou pour vendre.

Il n'importe pas à quel endroit on bâtiffe le Clapier, pourvû qu'il foit prés de la maifon & du jardin, afin d'être à portée de donner tous les jours à manger aux Lapins des fruits & herbages qui en proviendront.

Comme nous avons dit que les femelles des Lapins étoient fujettes à la fuperfétation, il eft inutile de fuivre la maxime de ceux qui veulent qu'incontinent aprés qu'elles ont mis bas leurs petits on les accouple feparément avec le mâle, la nature fçait ce qu'elle à à leur inspirer là-deffus, & tous les foins qu'on voudroit fe donner pour croire qu'on fera mieux qu'elle, feroient tous foins inutilement pris.

Il feroit feulement à fouhaiter qu'on pút détruire dans une Garenne ce qu'il y pourroit avoir de mâles fuperflus, parce qu'étant fort lafcifs & ne trouvant pas fuffifamment de quoy contenter leur ardeur, ils tuënt les petits Lapins, comme fi ces jeunes animaux en étoient la caufe. Ainfi donc fur ce principe, & lorsqu'on voudra tirer du Clapier des Lapins pour peupler la Garenne, on n'y mettra qu'un mâle pour trente femelles, il en renaîtra encore affez d'autres.

Des foins qu'il faut avoir des Lapins pendant Phyver.

Pour

Our ce qui concerne les terriers dans la Garenne, il ne faut point s'en mettre en peine, les Lapins fe les creufent bien eux-mêmes où bon leur femble, & quand ils font une fois dans ce lieu, on n'a plus de foin aprés eux que pendant l'hyver, lorfque la neige couvre la terre, ou que la gelée eft bien rude ; pour lors il eft bon de leur porter du foin dans la Garenne, afin que les maintenant ainfi en bon état, la Garenne fe trouve toûjours bien peuplée de bons Lapins. Quand on porte à manger à ces animaux, il faut les fifler, & la faim qui les tourmente les accoútume fi bien au fifflet, qu'ils viennent d'abord qu'on les appelle, & reconnoiffent celuy qui d'ordinaire leur porte à manger. D'autres perfonnes peuvent prendre le plaifir de les voir venir par troupeaux, pourvû qu'ils foient cachez dans quelque loge faite exprés, autrement les Lapins

s'éfaroucheroient & s'enfuiroient.

Il y en a qui difent que pour empêcher qu'ils ne caufent du dégât aux bleds, ni aux Vignes, il n'y a qu'à allumer du fouphre fur le bord du côté où ils y viennent, & que la fumée les en chaffe; fçavoir fi ce fecret cft für ou non, on peut l'éprouver pour s'en rendre certain.

Des Ennemis des Lapins.

Pourt

Our entretenir un Garenne en bon état, il faut détruire, autant qu'on peut, les ennemis des Lapins; on prétend que les ferpens leur font la guerre, & les tuent; pour cela on ne fcait point de remede, mais ce ne font pas les plus à craindre; les Renards & les autres bêtes noires en font bien un plus grand dégât; on ne peut faire autre chofe pour les détruire que leur donner la chaffe, ainfi que nous le dirons dans la fuite de cet ouvrage; les chats fauvages font encore à craindre pour les Lapins, il faut en tirer au fufil autant qu'on en rencontre, & ne les point épargner.

Quand une Garenne eft bien peuplée, c'eft une grande douceur pour une maison de campagne, on leur fait la chaffe de plufieurs manieres, nous en parlerons en fon lieu. Il n'y a que les Seigneurs de haute Juftice aufquels il foit permis d'avoir des Garennes ouvertes; un particulier. peut en avoir une fermée, mais comme la dépenfe excede de beaucoup le fruit qu'on en tire, on ne s'avife guéres d'en faire bâtir.

1

Effets du
Lapin.

Graiffe de
Lapin.

De la difference des Lapins, & du choix qu'on en doit faire pour manger.

Es Lapins fauvages font plus délicats & plus agréables au goût que

parce

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vement, & qu'ils contiennent moins d'humiditez fuperfluës, mais encore parce qu'ils fe nourriffent de plufieurs plantes aromatiques, comme de thin, de geniévre, & de ferpolet, qui donnent à leur chair une faveur plus relevée & plus fine. Les Lapins different beaucoup entre eux par feur couleur; car il y en a de blancs, de bruns, de noirs & de jaunes, & d'autres qui font de couleur veinée.

Le Lapin doit être choifi tendre, gras, ny trop jeune ny trop vieux. Quelques Médecins regardent le Lapin comme un mauvais aliment propre à produire des humeurs groffieres & mélancoliques ; cependant quand il a toutes les qualitez qu'on a marquées, & qu'il eft de Garenne, il caufe peu de mauvais effets, & fert d'un mets tres-exquis fur les tables les plus délicates.

Il y a des Auteurs qui fe font plaifamment imaginé que le cerveau du Lapin diminuoit la mémoire, parce que cet animal ne fe reffouvient pas un moment aprés des embûches qu'on luy a dreffées, & qu'il vient tout nouvellement d'éviter; mais cette opinion n'eft qu'une chimere mal fondée: on ne s'arrêtera point icy à en faire voir l'erreur.

On fe fert en Médecine de la graiffe de Lapin pour fortifier les nerfs, ou pour réfoudre les tumeurs.

CHAPITRE

XXVII.

De la maniere de conftruire un Etang & un Vivier, & commens les empoiffoaner.

Co

Omme une maison de campagne n'eft jamais plus eftimée que lorf'qu'elle ne manque de rien de ce qui peut contribuer à la rendre agreable de toutes manieres, & principalement en ce qui regarde fon revenu. Nos peres qui s'appliquoient entierement à l'oeconomie, jugerent à propos d'inventer des Etangs pour y nourrir du poiffon, prévoyant que cette entreprise pouvoit apporter beaucoup de profit à une maison.

Leur jugement n'étoit pas mal fondé : car on peut dire qu'un Etang eft d'un grand produit, quand il eft bien fait, & qu'il eft bien entretenu ; ce font deux points bien effentiels, & aufquels il faut faire grande attention, & fans quoi tout le travail qu'on s'y donne devient inutile.

De l'affiete de l'Etang.

'Affiete d'un Etang doit être dans un lieu bas, fpacicux, fujet à re-
eaux des pluyes, &
eit que

meilleur, lorfqu'il eft entretenu continuellement de quelques ruiffeaux qui peuvent ne le laiffer jamais manquer d'eau, & un tel avantage fe trouve ordinairement au bas d'un vallon.

Le terrein en doit être ferme, fablonneux ou fableux ; fi le fond eft d'argile, l'eau s'y tiendra plus long-temps, & l'on doit toûjours choifir pour cela quelque pré qui rapporte peu d'herbes, & qu'on juge pouvoir être meilleur en Etang. On donne à ces Etangs plus ou moins d'étenduë que le terrein le permet; pour la profondeur elle ne fçauroit être moins que de huit à dix pieds d'eau dans le milieu, dans le temps que l'eau y eft abondante, & de cinq à fix pieds pendant l'été, cela fuffit pour nourrir le poiffon.

C'eft à l'afficte naturelle du terrein qu'il faut principalement avoir égard, car il ne faut pas fe figurer qu'un Etang foit un endroit qu'il faille abfolument creufer pour le rendre parfait, la dépenfe en feroit trop grande, & fi cela étoit, nous n'en verrions pas qui contiennent jufqu'à une ou deux lieues d'étenduë; ce n'eft donc que l'endroit qui y eft propre par fa nature, l'eau qui y vient & la chauffée qu'on y fait pour l'arreter, qui forme un Etang, & non pas les grandes dépenfes qu'on fait pour le creufer. Cela eft bon pour les particuliers qui ont le moyen de faire de des pieces d'eau, & qui les font faire exprés pour la beauté d'un jardin ou d'un grand parc, autrement on fe fert du terrein comme on le trouve. Dans ce lieu choifi, tel qu'on le vient de dire, l'Etang s'étendra au large, & formera de tous côtez une nape d'eau fort fpatieufe; il fuffit que le Plan de l'Etang aille feulement en pente, & qu'il ne foit point trop enfoncé; car dans le premier cas la chauffée qui en eft moins élevée, foutient par ce moyen une colonne d'eau bien moins pefante, & coûte bien

gran

moins à construire.

Cette chauffée doit étre conftruite de bons materiaux, comme de bon libage dans les fondemens, & tout le refte de moillon, le tout lié avec de bon mortier; on fait auffi des chauffées de terre graffe bien battuë pour retenir les eaux d'un Etang. Une chauffée est une espece d'edifice, qui demande qu'on n'épargne rien dans fa conftruction, elle a fouvent de terribles chûtes d'eau à fupporter, & fi elle ne peut y réfifter, elle créve, puis aprés tout le poiffon s'en va avec l'eau, ce qui n'eft pas une perte peu confiderable pour celuy auquel il appartient. Quant à la maniere de conftruire une chauffée, on laiffe cela à l'Architecte qui l'entreprend, c'eft à luy de l'ordonner, & elle fera toûjours bien folide quand il fçaura fon métier.

Il ne fuffit pas, quand on veut faire conftruire un Etang, de fe fervir tout-à-fait du terrein, comme on le trouve, quoique choifi comme on l'a dit; il faut encore que l'art aide à la nature; c'eft à dire, il luy faut faire une espece de lit, qui des deux côtez tire en pente dans le milieu où il y aura un foffé qui regnera depuis la queue de l'Etang jufqu'à la bonde qu'on applique au milieu de cette chauffée.

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