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La Bonde de l'Etang.

A Bonde de l'Etang eft une grande pale, ou piece de bois, qui fert. à boucher la décharge de l'Etang qu'on ouvre dans la chauffée pour en faire écouler les eaux, quand on le veut pefcher, elle fe leve avec une vis & des leviers.

Il y en a pour rabattre la premiere impetuofité des groffes eaux, & pour faire enforte qu'elles n'endommagent point la chauffée, qui mettent au devant de gros pieux d'ormes enfoncez en terre avec un mouton, & éloignez l'un de l'autre de deux pieds feulement; c'est aussi le veritable fecret pour maintenir long-temps une chauffée en bon état.

A l'ouverture de l'Etang où eft la bonde, on met une grille de fer à petites mailles, afin que lorfque la bonde eft levée, le poiffon ne s'en aille point avec l'eau: outre cette ouverture, on y fera encore une ou deux décharges au côté de la chauffée pour vuider l'eau qui y furabonde ; ces décharges font d'un grand fecours, & empêchent que le trop grand poids de l'eau n'entraîne la chauffée, ou n'y faffe quelque brêche confiderable.

Du temps propre à empoiffonner l'Etang, de la quantité de Poiffon qu'il faut pour cela, & quel eft le poiffon qui y convient..

L'Etang étant tout prêt à recevoir le poiffon, on y met celuy qu'on fçait le mieux convenir à la nature de fon terroir; ce n'est pas que l'empoiffonnement ordinaire eft toûjours de Carpeaux, de Barbeaux, de Goujons, quelques Tanches, Anguilles & Brochets. L'eau vive rend le poiffon meilleur que celle qui ne vient que des inondations, ou des pluyes. On obfervera à l'égard des Brochets de n'en mettre que le moins qu'on pourra dans l'Etang à caufe de la deftruction qu'ils font de l'autre poiffon qu'ils mangent. C'eft pourquoy il feroit à propos, fi cela fe pouvoit, de ne point jetter de petits Brochets dans l'Etang que deux ans aprés qu'on l'a empoiffonné, mais comme parmi l'empoiffonnement qu'on achete, ou qu'on a en réserve chez foy, cès poiffons font tous péle méle, on fe contente feulement entre cette menuifaille, d'ôter le plus de Brochetons qu'on peut.

Le temps propre pour peupler l'Etang, eft le mois de May, c'eft dans cette faifon que le petit poiffon eft en abondance, & qu'on en trouve de toutes fortes; on remarque neanmoins qu'on le fait bien plûtôt en bien des endroits; car l'Etang n'eft pas plutôt pefché qu'on en tire tout l'empoiffonnement, qu'on met à part dans un Vivier, puis aprés la pefche, & que l'eau a fuffifamment rempli l'Etang, on y jette ce petit poiflon de réferve, qu'on a pefché dans le lieu où on l'avoit mis, c'eft toûjours environ le temps qu'on vient de marquer. Cet expedient eft le plus für & le plus court chemin, parce qu'on n'elt point obligé par là d'en aller chercher ailleurs, & quelquefois bien loin, ce qui caufe beaucoup de préjudice à l'empoiffonnement, qui étant beaucoup agité par les voitures fur lefquelles on les tranfporte, meurt la plûpart.

Quant

Quant au nombre des petits poiffons qu'il faut pour en bien peupler un Etang, c'eft ordinairement un millier par arpent: il y a des pays où cet empoiffonnement eft appellé Alvin.

Des foins que l'Etang exige pour être bien entretenu.

A

Prés que l'Etang eft empoiffonné, il ne faut plus fonger qu'à l'entretenir toûjours en bon état, c'est à dire, de prendre garde qu'il ne manque point d'eau, que celle qui y eft ne s'écoule point mal à propos, & par des endroits extraordinaires; c'eft de ces foins que dépend la vie du poiffon. On aura fouvent l'oeil fur la chauffée, fur la bonde & fur la grille, pour voir fi rien n'y manque, fi tout y eft en bon état ; & au cas qu'on trouvât qu'il y eût quelque bréche, il faudroit promptement y apporter

du remede.

fon.

Les poiffons dans les Etangs fe nourriffent en partie du limon de la Nourriture terre, & en partie des excrémens de ces Etangs, c'eft à dire, de Grenouil- du Poifles, d'Ecreviffes, de Vermiffeaux, & de plufieurs autres petits infectes aquatiques qui s'y engendrent. Les poiffons fe paiffent auffi de racines, & d'herbes qui croiffent au fond des Etangs; d'autres fe nourriffent du poiffon même qui a fervi d'empoiffonnement, ainfi que fait le Brochet qui mange le Carpeau, le Barbeau & autres petits poiffons qui luy font inferieurs. C'eft une grande commodité de n'être point obligé de chercher dequoy donner à manger aux poiffons, quand ils trouvent eux mêmes dequoy fe nourrir dans ce que leur offre la pure nature; c'eft pour cela, qu'autant qu'on le peut, il faut toujours avoir quelque Etang dans une maifon de campagne, le profit en eft grand, & le plaifir d'en tirer du poiffon pour la table, encore davantage.

Du temps, & comment pefcher l'Etang.

A Prés qu'on a empoiffonné l'Etang, on le laiffe de repos pendant qua-
tre ou cinq ans, aprés lequel temps on le pefche. Il y en a qui n'ar-
tendent que trois ans,
trois ans, & c'eft ordinairement le temps fixé que prennent
ceux qui amodient les Etangs pour les pefcher: il eft vray que le poiffon
n'en eft pa fibeau que fi on tardoit davantage, mais l'argent qui en vient
tous les trois ans fait boucher les yeux là-deffus : ainfi donc on agira en cela
comme on le jugera à propos.

La faifon de pefcher les Etangs, eft ordinairement le mois de Mars, c'eft pour lors que le poiffon eft dans l'état qu'il faut qu'il foit pour être bon.

Cette pefche fe fait en ouvrant la bonde, & laiffant par cette ouverture écouler toute l'eau de l'Etang, jufqu'à ce qu'on voye le poiffon fauter fur la bourbe; pour lors plufieurs hommes prennent des paniers, ils fe bottent & vont ainfi dans l'Etang amafler tout le poiffon qu'ils y trouvent, & le portent fur la chauffée dans des vaiffeaux pleins d'eau qui l'attendent pour

le voiturer où l'on fouhaite.

Il faut bien fe garder pendant le temps qu'un Etang eft empoiffonné, d'y aller tous les jours pefcher du poiffon pour la provision du ménage ; cette Rr

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pefche frequente diminueroit confiderablement le nombre du poiffon qu'il contiendroit, & altereroit beaucoup par là l'argent qu'on en devroit tirer. Si les Etangs font amodiez, il y faut encore moins toûcher, que fi tout le poiffon vous en appartenoit; ainfi il faut donc absolument fe contenir là deffus, on a le fecours des Viviers, qui contiennent le poiffon pour la provifion de la maifon : voyons ce que c'est que ce Vivier, quelle en est la construction, & l'utilité qu'on en peut tirer.

Du Vivier.

L

E Vivier proprement parlant, eft une espece de réfervoir où l'on met du poiffon tout gros pour la provifion de la maison : il y a des endroits où on l'appelle Serre. On prétend qu'en quelque endroit qu'on creufe ce Vivier, il faut toûjours qu'il foit expofé au foleil, cet aftre fait respirer aux poiffons un air pur, ce qui les fortifie beaucoup.

Il faut, pour bien faire, qu'un Vivier foit dans l'enceinte de la maison, qu'il foit profond de quatre pieds, & faire enforte que dans les fechereffes ils ne manque point d'eau; c'eft pourquoy il faut prendre garde où on le fait, c'est à dire, qu'il ait pour fource ou un ruiffeau ou une décharge de quelque baffin d'eau : car les Viviers qui ne s'attendent qu'à l'eau qui tombe du ciel font fouvent en danger de devenir fecs pendant les grandes chaleurs, & il n'en faut pas davantage pour faire mourir le poiffon.

Un Vivier tombe encore dans un autre inconvenient, fi l'on n'y prend garde; le terrain où on le creufe, eft quelquefois trop pierreux, & ne tient point l'eau long-temps, c'eft ce qu'on voit arriver fort fouvent au préjudice de ceux qui les font faire; pour éviter cette perte de l'eau, & lorfqu'on voit que la terre ne peut d'elle-même la contenir, il faut à ce Vivier faire un fond de bon conroy fait avec de la terre d'argile, ou de la glaife, & élever les quatre côtez de méme en les foutenant d'un petit mur épais feulement d'un pied.

Si l'on fe trouve dans une terre forte ou argileufe, & qui puiffe contenir l'eau, ce fera bien de la dépenfe épargnée, ce n'eft pas qu'il faille efperer que dans un tel baffin naturel, l'eau demcure fans qu'il s'y en perde, mais il y en refte toûjours affez pour nourrir le poiffon, fur tout lorfque tous les interstices de cette terre font remplis.

Il vaut mieux pour le précautioner contre ces accidens ne faire qu'un petit Vivier, & le conftruire comme il faut, que d'en creufer un grand qui ne fera la plupart du temps qu'un foffe àfec, & cù le poiffon perira.

Pendant que le poiffon eft dans le Vivier, on le nourrit de tripailles d'animaux qu'on égorge à la cuifine, on luy jette du pain, & d'autres chofes de cette nature. Le poiffon n'engraiffe point dans le Vivier, quelque bien nourri qu'il puiffe être, parce qu'il n'y trouve pas naturellement affez de fubitance pour cela ; c'eft pourquoy on enpefche tous les jours maigres pour en fervir fur table, ou pour en envoyer vendre.

Il y en a qui font des Viviers à la queue des Etangs, choififfant pour cela un endroit d'eau, autant spacieux qu'ils le fouhaitent; ils l'environ

nent de pieux éloignez l'un de l'autre de deux ou trois doigts ; ces pieux font fichez fortement en terre, & entrelaffez avec des gaules pliantes, puis ils mettent dans ce Vivier autant de poiffon qu'ils fouhaitent pour leur provifion. Il eft vray que l'invention eft bonne, parce que le poiffon y eft toujours nourri en bon point, n'y manquant ni d'eau ni d'autres alimens qui conviennent pour l'engraiffer. Quand on veut pefcher du poiffon dans un Vivier, on a une truble, qui eft une espece de filet à Pefcheur, & dont on fe fert pour cette pefche.

De la Mare pour du Poiffon.

AM

Ulieu de Vivier, il y en a qui fe contentent de faire creufer une Mare dans leur cour, lorfqu'elle eft grande, afin d'y mettre du poiffon; mais ce poiffon pour l'ordinaire fent la bourbe, de maniere qu'il en eft fouvent défagreable au goût; c'eft pourquoy on ne fait guères d'état de femblables réfervoirs, cependant, fi l'on en fouhaite, voicy ce qu'on peut y pratiquer.

Premierement, il faut creufer cette Mare jufqu'au terrein le plus folide qu'on peut trouver, & toûjours dans une encognûre de la cour, du côté qu'elle va en pente, & où l'écoulement des eaux tend naturellement : aprés cela, quand elle est pleine d'eau on l'empoiffonne de Cheveneaux, de Tanches, de quelque peu de Carpeaux; tous ces poiffons y croiffent affez bien, pourvû qu'ils n'y manquent point d'eau.

Il faut, autant qu'on le peut, éloigner cette Mare des fumiers, parce que le fuc qui y coule ne peut que donner un tres-mauvais goût au poiffon: il ne faut pas que les Oyes ny les Canes aillent fur la Mare la premiere année qu'elle eft empoiffonnée, parce que ces Oiseaux en feroient un trop grand dégât.

Au bout de deux ans qu'on a peuplé la Mare, on en pefche le poiffon, avec une truble, feulement pour la table de la maison, & aux jours maigres, on choifit les plus gros poiffons de ceux qu'on a pesché, & on rejette les plus petits dans l'eau afin de les laiffer croître.

Il faut auffi pour l'utilité du ménage planter des faules autour de cette Mare, il y en a qui y mettent des Ormes, il n'importe, cela dépend de la fantaific.

Fin du fecond Livre

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