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ret deux é me Jour de l'Agric.

mois de Mars y femer de la femence de Trefle, puis couper la fommité de cet herbe vers le dixième du mois de Juillet, & faucher le foin à la fi du mois d'Août.

On fume aprés cette terre vers la faint Martin, ou plûtôt, si l'on veut, & aprés avoir fauché trois fois ce Trefle, l'année fuivante depuis le mois de May jufqu'à la fin de Septembre; on commence au mois de Novembre à donner un nouveau labour à cette terre, afin de la difpofer à devenir meuble; il faut que ce labour foit léger, & qu'on ne faffe quafi que fendre la fuperficie de la terre, parce que la nature du Lin eft de croître fort beau, où il y a beaucoup de racines de Trefle, ces deux plantes fympatifent merveilleufement bien ensemble.

Tout ce qu'on vient de dire étant bien obfervé, & fitôt que le mois de Mars eft arrivé, on prépare la terre destinée pour contenir le Lin. Il faut qu'elle foit bien labourée & bien amandée: outre le Tréfle, les cendres de leffive font encore un bon engrais pour cette terre, & cette femaille dure jufqu'à la my-May. Le même Auteur recommande encore les fillons larges pour femer le Lin; mais comme il n'appuye pas fon raisonnement fur de bonnes raisons, on laiffera à un chacun la liberté de les tracer comme il voudra & felon l'ufage des lieux qu'il habite: le Linse feme comme le Chanvre, excepté qu'il faut le femer à plus claire voye, parce que le grain en eft plus petit.

La plupart des Laboureurs, fans femer du Tréfle, choififfent de bonnes terres pour y mettre leur Lin, ils les labourent bien, ils les fument de même, & cette plante y croît à fouhait, ce n'eft pas qu'on défaprouve la premiere méthode, au contraire on confeille de la fuivre. Un pré mis en nature de terre labourable est tres-propre à produire du Lin.

Quand le Lin eft un peu avancé, on prend des cendres qu'on répand à claire voye par deffus, lorfqu'on prévoit qu'il va pleuvoir, cet amandement renferme deux avantages pour l'abondance du Lin; le premier, c'eft qu'il détruit par fes fels certains petits infectes qui rengent le Lin, fitôt qu'il eft élevé de terre de deux doigts, & l'autre qu'il fait acquerir à la terre des principes qui ont tous les rapports poffibles avec la femence du Lin, ce qui fait qu'elle végéte alors en tres-grande abondance.

Le Lin jufqu'à ce qu'il foit parvenu à fa maturité, ne demande plus d'autres foins que de le débarraffer d'une méchante herbe qui s'enrortille autour de fes tiges, & qui l'empêche de croître. Si on a l'eau à portée, & qu'on en arrofe le Lin, il n'en croîtra que plus beau.

De la Récolte du Lin.

LA

A récolte du Lin fe fait quand il eft múr, & cette maturité fe connoît lorsque la femence en eft noire. Le Lin s'arrache comme le Chanvre, foignant de mettre à part les brins qui n'auront point donné de graine, pour les destiner, comme étant les plus eftimez, à donner de beau fil.

Le Lin fe met auffi en faisceaux, ou en poignées, parce qu'en effet les faisceaux ne font gros qu'autant que deux mains en peuvent contenir, lorfqu'elles les empoignent; on les expofe au foleil pour les faire fécher,

puis on le bat pour en recueillir la graine le plus diligemment qu'il est poffible, tant pour empêcher que les rats ne l'endommagent, que pour ne point diférer par là le temps de le roüir, qui doit toujours être pris quand il fait chaud.

Du temps de roüir le Lin.

N roüit le Lin au commencement du mois d'Août, ou plus tard,

cas que le temps n'y foit point propre, on attendra jufqu'au mois de May. La maniere de rouír le Lin ne différe de celle du Chanvre qu'en ce que celuy cy veut être huit jours dans l'eau, & qu'il ne faut que trois jours à l'autre pour le roüir parfaitement.

Quand le Lin eft fraîchement tiré de l'eau, & qu'il en eft encore tout mouillé, on l'emmoncele, puis on le charge de planches & de pierres pefantes par deflus. Il refte en cet état pendant trois jours pour le laiffer pénétrer de certe eau, enfuite on l'étend au foleil pour le fécher › pour aprés le rendre propre à étre filé. L'eau courante eft la meilleure pour rouir le Lin, celle qui dort eft fujette d'en ternir la couleur ; mais quand on veut perfectionner le Lin, on fe fert pour le roüir de la méthode que voicy.

On prend le Lin, on l'expofe au ferain l'efpace de dix ou douze jours, obfervant d'en écarter fur l'herbe les faifceaux, & de les tourner tous les jours, afin que certaine humidité qui leur convient les pénétre de tous côtez.

Il ne faut pas manquer tous les matins de lever ces faifceaux avant le foleil levé, & de les entaffer encore tout humides qu'ils font de la rofée qui eft tombée deffus; on les laiffe ainfi pendant tout le jour, & tous les foirs pendant le temps qu'on a marqué, on les étendfur l'herbe comme auparavant; c'est ainsi que le Lin fe roüit tres-bien, on peut faire la même chofe à l'égard du Chanvre, & le véritable temps pour ce travail eft le mois de May.

On tire de la femence de Lin une huile qu'on employe à plufieurs ufa- Huile de ges; elle eft bonne à brûler, & l'on tient qu'elle dure plus dans la lampe Lin. que toute autre huile. On en confomme ainfi beaucoup dans le Milanois, & même les peuples de ce pays en mangent aprés en avoir ôté l'odeur trop forte qu'elle contient avant que d'être préparée. L'huile de femence Effets. de Lin faite fans eau, étant vieille & bûë chaudement, appaise le mal de

côté.

Z z

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Temps propre au Patel.

Lieux en
France ou
croît le
Paftel.

CHAPITRE IX.

De la Voüéde, du Paftel, de la Garance, de la Gaude, & du Safran, avec la maniere de cultiver cets Plantes. Leurs propriétez.

DU PASTE L.

E Pastel ou Guefde vient d'une graine qu'on feme tous les ans au com

à

:

du Plantin.

Les moyens d'avoir de bon Paftel confiftent dans le choix qu'on doit faire d'une bonne terre, bien fubftantielle, amandée de bon fumier & cultivée de tous les labours qui luy conviennent. La terre légére ny la fabloneufe ne valent rien pour le Pastel, celle qui eft graffe en produit beaucoup plus, mais celuy qui croît dans les terres qui font médiocres, c'est à dire, qui tiennent le milieu entre les terres légères & les terres graffes, a plus de force & plus de couleur.

Du choix de la femence du Pafel.

N'ne fcauroit avoir de bon Pastel fi on ne feme de bonne graine, & pour n'y point être trompé, il eft bon de fçavoir qu'il y en a de deux fortes, dont la graine fe reffemble, mais non pas la feuille.

Le veritable Pastel a la feuille unic & fans poil, au lieu que le faux Pastel appellé Paftelbourg, ou Bourdaigne, l'a veluë, tellement que pour en avoir telle qu'elle eft à fouhaiter, il faut en ôtant les mauvailes herbes, arracher en même temps tout le Pastel bâtard, & le féparer d'avec celuy qu'on voudra conferver pour la femence, qui par ce moyen fe trouve parfaite.

Cette plante croît en Languedoc dans les Diocéfes de Toulouse, faint Papoul, Mirepoix, Lavaur & Alby. Il fe fait quatre recoltes chaque année de cette plante, qui font tres-bonnes.

Comment cueillir le Paftel & Paccommoder.

LE revenu du Pastel confifte en fes feuilles, qu'on recueille felon l'ordre de leur maturité, ce qui fe connoît lorfqu'elles commencent à prendre couleur par les bords. Il ne faut point alors différer de cueillir ces feuilles crainte qu'elles ne meuriffent trop, outre que cela en diminuëroit confiderablement la recolte. On arrache les feuilles de leurs tiges, puis on les porte à l'ombre pour les flétrir.

Ces récoltes ne font pas toûjours égales dans leur produit, car quoique la premiere fois foit ordinairement plus abondante que la feconde, la feconde que la trofiéme, & la troifiéme que la quatriéme ; il arrive ce

pendant quelquefois le contraire, lorfque les pluyes font trop fréquentes au Printems, & mème au temps de la récolte, & que les autres faifons fe trouvent plus temperées, plus chaudes & plus féches. La trop grande humidité rend la feuille du Paftel plus grande & plus mouelleufe, ce qui en diminuë la force & la fubftance; cette plante peut aufli fe cultiver en plufieurs autres Provinces de France; mais peut-être avec moins de fuccés, à caufe des différens dégrez de chaleur : on peut en faire quelques expériences, & ce n'eft qu'en expérimentant qu'on trouve le moyen de faire fleurir les Arts.

Outre les quatre récoltes dont on a parlé, il y a des Payfans qui en font encore une cinquième, & quelquefois une fixiéme, qu'on nomme communément marouchins, & quoique la cinquiéme fe trouve quelquefois affez bonne, lorfque l'Automne eft chaude ou feche, la fixiémé ne vaut jamais rien, ou fort peu de chofe, le foleil n'ayant plus affez de force pour pouvoir múrir la feuille du Pastel, & luy donner la force & la fubftance qui luy conviennent.

Il n'y a perfonne dans les pays où croît le Paftel qui ne connoiffent lorfqu'il eft mir, & le temps qu'il faut le cueillir; mais il y en a qui pourroient ignorer la raifon pour laquelle on laifle quelque temps flétrir la feuille avant que de la mettre fous la roue pour la broyer : ce foin qu'on prend ne contribue qu'à pouffer plus loin fa maturité, & luy faire perdre par là une partie de fon fục huileux, qui eft contraire à la bonne qualité du Paftel.

On laiffe auffi le Pastel huit ou dix jours en pile aprés qu'il a été moulu, obfervant de bien boucher les fentes & les crevaffes qui s'y font journellement pour le laiffer égouter de l'humeur fuperfluë qui luy refte.

Aprés qu'on a ainfi apprêté le Paftel, on le met en petites boules femblables à de petits pains, qu'on appelle Cos, ou Cocaignes; on le porte aprés fecher à l'ombre fur des clayes mifes exprés fur chaque moulin, d'où on le tire pour le conferver aprés dans une chambre ou dans un magazin, jufqu'a ce qu'on veuille pefer les cocs & les mettre en poudre, ce qui fe fait pour l'ordinaire aux mois de Janvier, de Février ou de Mars.

Le Pastel étant rompu avec des maffes de bois, on le moüille avec l'eau la plus croupie qu'on puiffe trouver, pourvû qu'elle n'ait point d'odeur qui infecte, & qu'elle ne foit point fale ni graffe: ce Pastel étant également bien mouillé par tout, & l'ayant bien mêlé pour luy faire prendre fon eau, on le remuë de temps en temps pendant quatre mois, du moins trente-fix fois, & même jufqu'à quarante, afin qu'il ne s'échauffe point, & que fon eau le pénétre par tout, cela fait, on l'emballe pour le tranfdans les Provinces cù le débit s'en fait. Le vieux Pastel eft toûporter jours le meilleur, & quand il eft bon, il s'abonnit toûjours de plus en plus pendant fix ou fept ans, & même jufqu'à dix.

De quelques Remarques fur le Paftel.

S

'Il arrive que le temps pluvieux faffe dégénerer le bon Pastel en Bourdaigne il faut avant que de le ceuillir, le purger des mauvaises her

Z z iij

Sa culture.

bes, en arracher la Bourdaigne qui confomme la fubftance dont le bon Pastel devroit profiter, & qui fe charge de terre dans fes feuilles, cette terre préjudiciant beaucoup à la bonté du Pastel.

Il faut bien fe garder de ceuillir le Paftel tout mouillé encore de la rofée, ny de mêler aucunes herbes étrangeres parmy fa feuille, parce qu'il n'y a rien qui luy foit plus contraire. Ces herbes alterent la couleur du Pastel, & le rendent par là bien moins eftimable.

Le peu de force & le peu de fubftance qui fe trouve quelquefois dans le Pastel provient du défaut de fa culture , on ne fçauroit dire combien cette négligence luy est préjudiciable.

La Voüéde.

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A Vouéde eft une efpéce de Paftel qui croît en Normandie, elle a le

ter

roir & de la chaleur qui n'eft pas affez grande en ce climat.

On cultive la Vouéde comme le Paitel, il eft inutile de s'étendre làdeffus davantage, on peut confulter l'article; ce qui peut fervir pour l'un eft utile à l'autre, & ce qui eft contraire au Paftel l'eft auffi à la Voüéde: il faut feulement obferver que le pays étant des plus temperez, & la Voüéde fort foible, on n'en peut faire que tres peu de récolte ny le moüiller que foiblement,

La Garance.

A Garance eft une racine qui vient naturellement dans la plupart des

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dans la Zelande; la meilleure fe receuille aux environs de l'Ifle, & quoique cette racine foit d'un grand revenu, fa culture eft néanmoins tres-facile; elle croît dans les terres médiocrement humides, comme dans des propre à la marais defléchez, il faut cependant empêcher que l'eau n'y croupiffe, parce

Temps

Garance.
Sa culture.

qu'elle pourriroit cette racine.

Les terres dans lefquelles on défire femer la Garance doivent avoir été bien labourécs & bien fumées avant l'hyver; s'il s'y trouve quelques terres fabloneufes & aufquelles on ait donné de frequens labours, la Garance y croît tres-bien: ces terres font meilleures pour la Garanciere que les terres fortes & argilleufes qui empêchent que la plante qu'on y commet ne groffiffe à fouhait; les terres trop féches ne font point propres encore pour la Garance, qui veut de l'humidité. Telles font bien des efpeces différentes de plantes qui croiffent plûtôt dans des pays froids que dans des chauds, chaque cfpece étant d'une tiffure proportionnée à des fucs qui s'exaltent dans le terroir où on les met.

pays

Quand femer la Garance, & du temps d'en faire la récolte.

A

Prés que la terre a été bien préparée, on feme la Garance au mois
de Mars, il faut la femer un peu dru, foignant
est se

aprés qu'elle

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