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Suppofons donc qu'on veuille s'établir à la Campagne, & que par un efprit d'œconomie on projette de vouloir travailler pour y amaffer du bien; en quelque contrée qu'on puiffe demeurer, il y a des terres meilleures les unes que les autres, & tout le monde n'a pas l'avantage de poffeder celles du premier ordre, de maniere que c'eft une neceffité de s'accommoder aux lieux où l'on eft.

Il faut confiderer pour lors quelle eft la nature des Terres, c'est-à-dire, en quoi elles abondent; car, par exemple, les unes font fertiles en Bleds, les autres en Bois, celles-ci en bons Pâturages, & celles-là en d'autres denrées tres propres à augmenter fes revenus, & fur le tableau qu'on s'en eft tracé, fe former une idée d'un commerce qui y foit conforme.

Il y a des Terroirs fecs & pierreux, qui font propres pour les Vignes, d'autres de même nature où il y croît merveilleufement bien des Bois, & en quantité, d'autres qui font humides, & marécageux, & convenables par confequent aux Peupliers, aux Saules, aux Aunes, & aux Oziers; ces marchandises ne font pas celles qu'on doive le plus confiderer pour s'enrichir.

On voit des Terres fortes, ce font celles qui rapportent du Bled en plus grande abondance, & pour lesquelles on doit avoir le plus d'égard. Les Terres fablonneufes y font tres-propres auffi, particuliérement quand il y a beaucoup de fubftance; car quand ce n'eft que du fablon pur, on n'en peut jamais rien tirer de bon, ainfi que des Landes qu'on ne cultive point, parce que le terroir en est trop ingrat.

Si neanmoins on veut entrer dans un plus grand détail fur cette matiere pour s'afsûrer davantage le fuccés qu'on fe promet de fes peines à la Campagne, on dira qu'il y a des Terres d'Argile qui font toujours fteriles, des novalles qui font des Terres nouvellement défrichées. Il feroit à fouhaiter qu'il y en cût beaucoup de cette efpece dans un Domaine, il ne faudroit que cela pour enrichir en peu de temps fon maître, parce que n'ayant jamais porté, elles donnent du grain quatre fois plus que les autres, fans être obligé d'y méler aucun fumier.

Nous ne parlerons point ici des qualitez qu'il faut approfondir pour juger en particulier d'une Terre, nous avons déja dit que ce feroit ailleurs, & felon que l'occafion nous le fourniroit, ainfi donc fi l'on veut demeurer aux Champs en vûe de s'y enrichir, qu'on examine ferieusement tout ce qui vient d'étre dit, afin de se former un plan de commerce, ou de ménage fsimpleinent qui y convienne.

La maniere la plus sûre de juger d'un pays, s'il eft bon ou mauvais, confifte à le parcourir des yeux en s'y promenant, & voir fi tout ce qu'il contient y croît bien : fi cela eft, on ne peut qu'en efperer tres-avantageufement, & fi au contraire les productions y paroiffent chétives, ce n'eft pas une bon

ne marque.

On dira encore, & comme il eft vrai, qu'il y a des lieux tels que font ceux de Montagnes découvertes qui nourriffent beaucoup de troupeaux à laine, & qui ne rapportent point de bled, mais auffi d'ailleurs, on peut dire que les beftiaux qui y font nourris dédommagent ceux qui les habitent, des grains ou d'autres denrées qu'ils en pourroient tirer, fi leur fituation le leur per

mettoit,

Outre le commerce de Bois qu'on fait en certaines contrées, celui de Bêtes à cornes n'yeft pas moins confiderable; la Glandée dans les grandes Forêts eft encore d'un tres-grand profit, par rapport aux Cochons qu'on y engraifle; enfin la terre a une infinité d'autres productions avantageufes qu'on doit avoir pour objet, lorsqu'on fe détermine de fe donner de l'employ à la Campagne, foit qu'on commence à y vouloir demeurer, ou qu'on y demeure actuellement.

Aprés un examen fort exact fur tout ce qui vient d'être dit, & s'être connu foy-même en quelque façon, au fujet des talens qu'on peut avoir, & qui conviennent à la vie champetre, on eft, pour ainfi parler, certain de réüffir dans fon entreprise, pour peu d'ailleurs que le Ciel les feconde.

Si l'on veut pouffer plus avant fes confidérations, & que par rapport à fa fanté on confulte la fituation du Païs qu'on choifit pour faire fon féjour ordinaire, on fera attention au temperamment du climat, fi l'air y eft fain: parce qu'autrement certaines particules groffieres qui en émanent, étant reCues dans nos corps, les alterent, & particuliérement la maffe du fang, qui fermente de plus en plus à mefure qu'elles s'y multiplient; c'est donc une réflexion qui eft bonne à faire, fi on fouhaite jouir d'une parfaite fanté.

Un climat marécageux caufe de dangereux inconveniens, à caufe des brouillards qui y regnent prefque continuellement; il faut que le Ciel y foit pur, point trop fubtil, parce qu'un tel air diffipe trop d'efprits, ce qui n'est point propre pour fe conferver long-temps en fanté.

On n'eft pas long-temps à connoître la bonne ou mauvaise constitution de l'air d'un pays, la plupart des vifages des habitans le démontre, & bientôt par fa propre experience, pour peu qu'on y demeure, on reffent foymême ce qu'il y a de malin

Un pays dont l'air eft veritablement fain, ne change point de temperamment en quelque faifon que ce foit, au lieu qu'un autre eft toûjours eftimé groffier & malfaifant, quand il caufe communément des Catarres, des Fluxions, & autres maladies de cette forte.

Les eaux font auffi à examiner, il y en a de bonnes ou de mauvaises, ces dernieres font dangereufes pour les corps, & y engendrent certains maux qu'on a fouvent de la peine à guérir.

On tombe d'accord que toutes les obfervations qu'on vient de faire ne regardent pas tant les naturels des contrées où regne la groffiereté d'un tel pays, que les étrangers qui viennent pour y habiter, dautant que les premiers y font accoûtumez d'origine, & que l'habitude eft une feconde nature, au lieu que les autres y deviennent fujets à de tres-grandes incommoditez ; C'eft donc pour les étrangers de ces pays principalement qu'on parle ici, c'est à eux à s'examiner là-deffus, & à confulter leur temperamment.

Veut-on jetter les yeux fur quelque endroit pour y bâtir, il eft encore bon là-deffus de réflechir fur la fituation, quand on en eft maître ; c'est-à-dire de choifir toûjours un bon endroit de terre pour cela. Nous laiffons ici, bien d'autres chofes à dire là-deffus, & dont nous parlerons à l'article de la Conftruction d'une Maifon champêtre. Cette portion de terre fera fuffifante pour y placer tout ce qui dépend ordinairement de ces fortes d'édifices.

Il faut prendre garde à fe donner de bons voifins; un grand Seigneur,

une Riviere & un grand Chemin, en font de fort incommodes: un mauvais Particulier, ou un Hobereau, est encore à craindre, & avant que de finir ce Chapitre, qu'on fe fouvienne de ce qu'a dit fort judicieufement un des Laudato in plus fameux Poëtes de l'antiquité: quand il nous avertit de faire cas d'un Dogentia rura, maine qui ait beaucoup d'étendue en Terres labourables, mais de n'en laexiguum co- bourer qu'un petit nombre, parce qu'on les cultive toûjours avec bien plus lito. Virg. Georg. II. de foin, & que par confequent elles en rapportent davantage de grain.

Col. 2. c.

2.

CHAPITRE II.

Connoiffance de chaque Terre en particulier, avec la maniere de les mesu rer, felon le different ufage de chaque Pays.

L n'y a rien de plus neceffaire à une perfonne qui veut cultiver la terre, que d'en fçavoir approfondir le bon ou mauvais temperamment; on en compte de plufieurs fortes, qui demandent par confequent diverfes confide

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rations.

Columelle les diftingue en fix efpeces différentes, fçavoir en Terre graffe ou maigre, Terre forte, legere, argilleufe, & Terre humide.

Sous Terre graffe, on entend ces Terres fubftancielles, bonnes & où tout croît à fouhait; il y en a de la noirâtre & de la jaune de ce temperamment, & pour la connoître telle, il n'y a qu'à en prendre dans les doigts, la preffer & voir fi elle forme un corps compacte, fans faire la pâte, ni rendre de

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l'eau.

La Terre maigre, eft celle dont les fels font fi volatiles, & en si petite quantité, qu'ils fe diffippent dans l'action fans prefque produire aucun effet. Telles font certaines Terres noirâtres, qui étant maniées, & preffées, s'échappent de tous côtez, fans que les parties qui la compofent, puiffent fe lier l'une à l'autre ; nous avons auffi quelque Terre rougeâtre & jaunâtre de ce genre, & à moins que ces Terres ne foient bien amandées & fouvent, on court rifque de perdre une partie de ce qu'on leur commet.

Nous appellons Terre forte, celle dont le corps eft fort preffé naturellement, ce qui la rend difficile à manier ; ces Terres font ordinairement tresfertiles en Bleds, & en Pâturages gras, on ne fçauroit trop en avoir dans une Maifon de Campagne.

A l'égard des Terres legeres, elles fe connoiffent lorfqu'en les remuant elles s'ameubliffent aifément fous l'outil qui les remue; on en trouve de noirâtres & de grisâtres, les unes plus remplies de fubftance que les autres, ce qu'on remarque quand en les éprouvant avec les doigts, elles ont plus ou moins de corps, fans qu'il y paroiffe trop d'humidité.

On fe tromperoit fouvent dans la connoiffance de ces Terres, fi pour en approfondir la bonne ou mauvaise qualité, on alloit en Eté en prendre fur la fuperficie, qui étant beaucoup defféchée par les ardeurs du Soleil, tomberoit toûjours toute en pouffière, il faut en effayer de celle qui eft à deux doigts audeffous.

Quant aux Terres Argillenfes, elles ne font propres à donner aucune pro

duction; ce font des terres à Potier, elles font graffes & gluantes, on en fait autfi des Tuiles, des Briques, & des vaiffeaux de terre.

Nous n'avons plus que les Terres humides à confiderer, & pour dire ce qui en eft, elles ne valent rien pour les Grains, on ne les employe feulement que pour y dreffer des Sauffaïes, ou des Ozeraïes, ou Saulcis, comme on dit en certains Pays; la connoiffance de ces fortes de Terres n'est pas difficile à acquerir, l'eau dont elles abondent, en eft la veritable marque.

Nous avons encore des Terres fablonneufes, abondantes en beaucoup de fels fixes, d'où vient que leur fertilité fe reconnoît dans tout cequ'elles produifent. Il en eft d'autres de méme efpece, dont le grain eft plus gros, & moins fubstantiel, celles-cy ne valent pas les premieres, mais elles font encore meilleures que les Sablons, qui ne font propres qu'à écurer la vaiffelle.

Les épreuves des Terres fablonneufes, fe font de la même maniere qu'on l'a dit à l'égard des Terres précedentes.

Les Terrains pierreux, ne font gueres propres que pour les Vignes ; il est vray qu'on y feme du Bled, il n'y vient point en abondance. On en voit dont la terre eft rouge & le cailloutage blanc, & d'autre dont le cailloutage ett de même couleur, & la terre grisâtre, cette derniere terre rend le vin meilleur que l'autre : on en voit encore dont les pierres font de veritables pierres à fufil; ces terres ordinairement ne font propres à rien, elles manquent de cet humide radical qui eft neceffaire pour la germination des plantes, & de cette nourriture qui eft le principe de la vegetation.

Terre eft

On ne défapprouve point la maniere des Anciens Agriculteurs pour éprou- Epreuves ver, fi une Terre eft graffe ou maigre, c'eft-à-dire, bonne ou médiocrement des Anciens bonne. Ils prenoient une petite motte de terre,& jettoient de l'eau par deffus, pour voir fi puis ils la broïoient & la paîtriffoient dans leurs doigts, enfuite, s'ils voyoient bonne ou que cette terre ainsi paîtrie, étoit tenace pour peu qu'on y touchât, ou qu'é- mauvaife. tant jettée contre terre elle ne fe rompoit point, ils jugeoient de-là que cette Colum. l. c. terre étoit fubftancielle, & pleine d'une humeur capable par fes parties huileufes, de concourir abondamment à la production des Plantes.

C. 2.

Ils agiffoient encore d'une autre maniere pour faire cette épreuve; voici comment. Ils tiroient une certaine quantité de terre d'un petit trou, & l'y remettoient incontinent, en la preffant fortement, & fi elle n'y pouvoit toute entrer, & qu'elle excedât les bords du trou, s'enflant comme fi elle fermentoit, c'étoit une marque de la bonté d'une terre. La raifon phyfique en eft toute apparente, cette grande abondance de fels qui y font en mouvement, ne permettant pas aux parties détachées de s'unir les unes aux autres, il faut de neceffité que cette terre fe gonfle jufqu'à ce que l'agitation en foit rallentie, & qu'elle retourne en fon premier état.

Si au contraire cette terre tirée du trou en rempliffoit la capacité, c'étoit une indice de la mauvaise qualité, qu'elle étoit maigre & peu capable de nourrir beaucoup de chofes. Ils avoient principalement la terre noire en recommandation, c'est auffi la meilleure pour l'ordinaire.

On éprouvoit encore la terre par le goût: nos Auteurs modernes fur l'Agriculture, font encore imbus de cette opinion, mais ne leur en déplaife, on retranchera ici cette experience, qui n'eft qu'une vetille, qui ne merite pas qu'on s'y arrête, la vue & le toucher font les deux fens qu'il faut feulement

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confulter en matiere de terres, pour les bien approfondir, la faveur eft inutile; car fuppofé qu'on trouvât une terre qui eut un goût extraordinaire comme on le prétend, en ce que les fels qui en émaneroient, communiqueroient ce gout aux fruits qui y naîtroient; & diroit-on qu'une charogne mife au pied d'un arbre, n'auroit en aucune façon alteré la faveur ordinaire des Poires, cela eft neanmoins vray par l'épreuve qu'on en a faite ; à plus forte raifon d'une terre qui n'aura qu'un goût extraordinaire tres-mediocre.

Et s'il y a du vin qui fent la craye, parce que des Vignes font fituées dans des terres de crayon, cette faveur ne provient point de la terre, mais des corpufcules qui exhallent de cette pierre, & dont les parties trop fulphureufes fe portent avec trop de vehemence, & s'introduifent en trop grande quantité dans les pores du farment, & qui venant à fe méler au fuc qui y monte, luy communiquent ce goût, ce qui ne peut pas arriver aux terres, à caufe des parties huilleufes dont elles font remplies.

La Glaife, eft une Terre morte, c'eft la même que l'argilleufe dont nous. avons déja parlé, on s'en fert pour faire des Bâtardeaux, des Baffins de Fontaines, des Réservoirs, & des Chauffées d'Etang: parce que l'eau ne peut paffer à travers, quand elle eft bien paîtrie & bien trépignée, outre que c'eft un foffile avec le Tuf, qui ne fe trouve point à portée de la Charruë, ny d'autre inftrument à labourer la terre, à moins qu'on ne creufe beaucoup la terre de fuperficie.

Telles font les connoiffances qu'on acquiert par rapport aux terres, quand on en veut approfondir le temperamment, & fur les indices qu'on en a donné, il eft conftant que les obfervant avec foin, on pourra efperer quelque chofe d'avantageux de fon travail..

Maniere de mesurer les Terres felon l'ufage de chaque Pays.

E n'eft pas affez que d'avoir la connoiffance de Terres propres à l'Agri

par l'acquifition qu'on à

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qu'elles nous viennent de patrimoine ou autrement, il eft bon encore de n'en point ignorer la quantité; car la veritable œconomie, & le bon fens veulent qu'on fache au jufte ce qu'on achete, & ce qu'on a de terres, afin: de fe regler là-deffus pour la dépenfe, & les Domestiques qu'il faut pour les faire valoir; car de s'en rapporter à la foy d'autruy, c'eft bien fouvent fuivre le chemin de fe ruiner. Il faut donc les faire mefurer, & pour cela om fe fert d'un Arpenteur; quelques petits avis fur les divers noms des Mefures qui font en ufage en differentes Provinces, ne feront point ici hors de propos. On écrit pour tout le monde, & les Habitans d'un pays ne peuvent pas fçavoir les Coutumes d'un autre, fi on ne les en inftruit, ou qu'ils n'aillent eux-mêmes fur les lieux pour les apprendre ; on dira auffi quelque chofe de l'Arpentage legerement, & comme en courant, afin d'en donner quelque teinture à ceux qui voudront qu'on ne leur impofe point fur cette matiere. Il faut fçavoir que parmi les peuples, il y a diverfes Mefures felon la diverfité des Pays;

Par Exemple L'Arpent, contient dix Perches en fongueur, & cent Perches quarrées

en

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