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trois ans aprés, & le châtiront s'ils peuvent.

Dans les païs couverts où les Fauconniers vont à pied à la chaffe, il n'y a point de meilleurs oiseaux que les Autours pour prendre beaucoup de Perdrix; & ailleurs on ne s'en fert guéres qu'aux Perdreaux, en attendant que les autres oyfeaux foient fortis de la mue. Leur purgation ordinaire pour les mettre en appétit, eft le beure frais venant de la barate, fans laver, avec un peu de fucre, ou de l'herbe appellée éclaire, que l'on leur donne de mois en mois, trempée dans l'eau. Il faut les choifir fort larges devant & derriere, qui ne croiffent guére, les aîles affez ouvertes, la main longue & bien déliée, le col long, & la têre médiocrement groffe, la jambe courte & la cuiffe plate & longue, On les mue comme les autres oyfeaux niais dans un cabinet où il y ait des cages. Ceux qui pefent le plus quand on les achette, proportion & efpece gardée, font toûjours les meilleurs. L'on choifit d'ordinaire les plus petits Autours & les plus grands, Tiercelets: les Eperviers font la même chofe, foit pour le choix, la nourriture, ou pour les mettre en état. L'on muëles uns & les autres comme l'on fait des Faucons niais, avec les mémes précautions.

Les Autours branchiers paffent encore pour être les meilleurs, quand ils font bien dreffez, & fr-tôt qu'ils commencent à fe percher, il faut les accou tumer fur le poing, & les faire voler de bonne heure aux Perdreaux dés le mois d'Août : en Septembre, on leur en fera voler deux ou trois tout au plus, & dans un temps frais; on n'eftime pas tant les Tiercelets d'Autours que les formez mais les Fourcherets valent mieux que tous. Il faut bien fe donner de garde de leur donner à connoître la volaille ni les Pigeons, étant à craindre aprés cela qu'ils ne détruifent la baffe-cour.

Les Autours de paffage font tres-bons pour les pays de montagnes où il y a des arbres. Il faut les chaperonner, ils en valent bien mieux à la difference des Autours niais. Les paffagers ne partent point du poing; & comme tous les Autours aiment à tirer, on a foin toûjours de les acharner au tiroir. Il ne faut pas que ce foit au foleil ny auprés du feu. Quand ces oyleaux ont tiré on les tient dans un endroit ni trop froid ni trop humide, & où le vent ne donne pas.

Il ne faut jamais abatre les Autours que dans un grand befoin, mais il eft bon de les jardiner tous les matins au foleil, quand il n'y a point de vent, on les laiffe deux heures en cet état fur la perche, aprés qu'ils ont pris leur pât; c'eft leur faire plaifir que de les baigner, & ces oyfeaux pour fe bien porter ne doivent point voler deux jours de fuite, & s'ils fe font débatus fur la perche, il faut pour les délaffer, les mettre dans un petit cabinet fans être attachez.

4.

J

-Lorsqu'on veut paître les Autours, on les acharne d'abord à un tiroir qui eft fecafion veut qu'un Autour donne du plaifir, il faut chercher à lui en faire, & pour cela on ne doit point lui faire voler plus d'une ou deux Perdrix qu'il ne foit bien animé. Quand il a volé, on ne le lâche point qu'il n'ait repris haleine, & qu'il ne fe foit fecoué.

La bonne maxime de bien faire voler les Autours eft de ne point les faire voler qu'à propos, c'est à dire, quand il ne fait point trop chand; car ils font fujets alors de monter en effor, ou de gagner les arbres, d'où ils ne def cendent point que la faim ne les prefe

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Comment lácher les Autours.

'Uon fe donne bien de garde de lâcher les Autours de rebat, c'est à dire, de les tenir trop long-temps fans les lâcher. Il eft à propos de retenir les Autours quand on fçait que les Perdrix font trop fortes pour eux, & on doit fuivre ces Perdrix pour les obliger à repartir.

Les chiens qu'on deftine pour l'Autourferie ne doivent point être décou plez que la rofée du matin ne foit paffee; la rofée blanche en hyver eft en→ core plus dangereufe que celle d'automne; il eft bon pour qu'un Autour vole à fouhait, de luy donner le loifir de guetter les Perdrix à la remise, il eft alors bien plus ardent aprés elles, & les empiête bien mieux.

C'est encore un avantage pour les Autours, en ce qu'ils reprennent haleine avec bien plus de loifir, & qu'ils font plus difpofez pour le repart. Lorfqu'il y a des gens qui fçavent mal gouverner les Autours, ces oyfeaux deviennent difficiles à affaiter, & il arrive fouvent qu'étant naturellement capricieux, ils ne veulent plus defcendre des arbres lorfqu'on les a lâchez: & crainte que cela n'arrive, la prudence veut qu'on porte avec foy une filiere longue de trois ou quatre toifes, ou on aura eu la précaution d'attacher à un des bouts l'aîle d'une Perdrix morte, pour la traîner enfuite loin de Poyfeau, qui la voyant remuer, fond deffus auffi-tôt, & par ce moyen on vient à bout de reprendre l'Autour.

"

Il est néceffaire encore de fçavoir fecourir l'Autour à la remife, & pour cela on s'y prend fans y aller étourdiment, car autrement il fe releveroit fitôt qu'il auroit volé. Il faut, outre ce qu'on vient de dire, chercher toûjours l'abry du vent quand on chaffe avec les Autours, & fi l'on chaffe en plaine, & que le vent foit trop importun, le plus court expédient eft de ceffer de chaffer, & de remettre la chaffe à un autre jour; fi le vent néanmoins n'eft que médiocre, on peut continuer ce divertiffement, & obferver feulement de ne point chaffer dans le fil du vent.

Les Autours qui volent bas font ceux qui entrent le mieux au vent, car ceux qui s'élèvent trop, fe rebuttent aifément. S'il arrive qu'on chaffe avec un Autour nouvellement pris, il ne faut pas le tenir long-temps, fans le faire voler; car alors il devient tout disgracieux, & ne donne aucun plaifir, & au cas que le mauvais temps ou autre chofe en pút empêcher, on prendroit des Perdrix vives qu'on attacheroit au bout d'une filiere longue de douze à quinze pas, puis on y attacheroit l'Autour à l'autre bout, enfuite on prend cet équipage, on s'en va dans un lieu un peu fpacieux, on y montre les Perdrix à l'Autour, qui tout d'un coup fond deffus. Il faut l'en laiffer paître & prendre bonne gorgée; on fait cette manoeuvre de trois jours en trois jours; aprés cela Poyfeau de proye prend des forces & s'affaite tout des mieux.

Si on veut faire voler l'Autour pour le Canard ou pour le Lapin, il faut qu'il foit des plus courageux, & choifir pour la volerie un lieu où il y ait des foffez & des Canards dedans qui foient fauvages: on obferve d'abord où font ces oyfeaux, & hi-tôt qu'on les a remarquez, on prend les devans le long du foffé avec l'Autour fur le poing, & quand on eft vis-à-vis, 'il ne manque pas d'en partir; mais le Vautour auffi-tôt vole deffus, & en empiète

toûjours quelqu'un. On affaite parfaitement les Autours à cette chaffe en leur faifant voir quelquefois des Canards domeftiques.

Quand c'eft pour le vol du Lapin qu'on employe les Autours, il faut qu'ils foient tous dreffez au poil, & qu'ils foient avides à la chair; mais pour le mieux, on a un clapier chez foy où l'on prend des Lapins pendant toute l'année pour faire que les Autours connoiffent ce gibier ; une chofe qu'il y a à remarquer à l'égard des Autours, c'eft qu'à la différence des autres oyfeaux de proye ceux-cy font leur coup à la toife, c'eft à dire tout d'une haleine, d'un feul trait d'aîle, & qu'ils font toûjours plus prompts à partir du poing que les Faucons.

Des Maladies aufquelles les Autours font fujets.

I'TE,

L faut toujours avoir foin de paître les Autours le matin aprés les avoir cu ré, autrement ils font attaquez de la boulimie, qui eft une défaillance tresdangereufe pour ces oyfeaux; cette maladie leur furvient plus volontiers pendant le froid que dans un autre temps.

Les Autours font encore fujets à certain défaut, qui eft de monter quand le chaud les preffe, & fur tout lorfqu'ils font beaucoup emplumez; mais quand cela arrive, & pour ne point perdre fon oyfeau, on fe couche à terre ayant toûjours les yeux fur l'oyfeau, on obferve où il defcend, & comme la defcente des Autours eft toûjours fous le vent & fur les arbres qu'ils remarquent les plus proches, alors on les attend deffous ; & comme ils y tombent infailliblement, on les reprend fans peine.

CHAPITRE X X X V.

LA PESCHE.

A

Prés avoir parlé de bien des paffe-temps qu'on prend à la campagne, qui confiftent dans les différentes chaffes qui s'y font ordinairement par les personnes qui les aiment, nous dirons quelque chofe de la Pesche. Il y a peu d'Auteurs qui en ayent écrit, nous n'avons qu'Appianus qui a fair en grec un Traité de cet exercice, il eft vrai qu'il eft fuccinct, & qu'il n'y parle que des Poiffons de mer.

Athenée & Pline ont bien dit quelque chofe de la nature des Poiffons mais on n'y lit rien de ce qui regarde la maniere de les prendre; ainfi on peut dire que cette matiere jufques icy n'a été touchée que tres-légerement; l'ufage du Poiffon a été de tout temps, & il y a même beaucoup de Nations qui n'ufent que de cet aliment. Strabon dit même qu'il y en a qui font du pain de Poiffon qu'ils paîtriffent avec un peu de levain pour le rendre plus léger.

Ariftote dit qu'il fait bon pêcher quand le Poiffon fraye, c'est à dire quand il eft en amour, ce qui arrive quand il commence à faire chaud, dans les ondroits de l'eau les plus expofez au foleil, c'est pour lors, dit ce

&

Philofophê,

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Philofophe qu'on prend quantité de poiffon, principalement lorsqu'on pé-
che quand le foleil fe léve.

Le poiffon en hyver fe retire dans les guez, quelquefois dans la bourbe ou le fable, il y en a auffi qui se cachent dans les pierres, Dans le printemps & dans l'été ces animaux reviennent fur l'eau, & s'approchent dés que l'herbe commence à croître. Quant au temps de la pêche, c'eft en tout temps, fi on veut ; mais on prétend qu'elle est bien plus abondante en automne qu'en toute autre faifon, & qu'il faut y aller incontinent aprés que le foleil eft couché; car c'est alors, dit-on, que les poiffons dorment & qu'on les prend plus aifément au feu. Il y a à la vérité des poiffons qui se peschent en été, d'autres en hyver; les uns fe plaisent en des endroits, & d'autres en d'autres.

On prétend, qu'ainsi que lorfqu'on chaffe, il faut confulter le vent quand on pêche, que lorfqu'il eft au midy, on doit mettre fes filets au nord, & qu'au contraire quand le vend du nord fouffle, il faut les mettre au midy, ainfi du refte, & toûjours à contre-vent. Mais aprés cette petite digreffion fur la pêche, venons à la pratique.

Différentes manieres de prendre le poisson.

N dit que l'odeur du Ciclamen, autrement dit, pain de pourceau, enyvre

.

ple fe trouve aifément dans la campagne, & il faut pour cela en mettre
au bout d'une ligne; on prétend que la jufquiame où hennebane opere le

même effet.

On pêche le poiffon à l'hameçon, & on fe fert pour cela de vers qu'on pique au bout les poiffons qui en font avides, ne les apperçoivent pas plûtôt qu'ils y courent, & voulant les engloutir, ils fe trouvent pris fous l'appât qu'on leur a tendu. Le poiffon fe prend encore à la foüine, qui eft un inftrument de fer à trois pointes qu'on lance fur le poiffon lorfqu'il dort dans l'eau ; il faut pour cela qu'elle foit baffe & bien claire, & être dans -un batteau pour l'aller chercher ; c'eft ordinairement au foleil que le poiffon fe trouve endormi ; il ne faut point faire de bruit à cette pêche; car le poiffon a l'ouïe fort fine, & lorfqu'il entend le moindre bruit, il s'enfuit.

Le poiffon fe prend auffi aux filets, il y en a de plufieurs façons, mais comme nôtre fujet ne permet pas icy qu'on en traite, nous laifferons le Lecteur à s'en inftruire d'ailleurs; & voyons icy comment chaque poiffon se pesche.

Peche des petits Poiffons.

Ncomprend fous ce nom le Chabot, le Goujon, la Loche franche, & Rivieres, lorfque l'eau eft claire; on les trouve auffi fous des pierres qu'on léve doucement de deffus eux; & pour réüffir à cette pêche, il faut être botté, & que l'eau ne foit point profonde: on peut encore les prendre à la lune de cette maniere, & la vraye faifon pour cela eft depuis le mois de Zzzz

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Novembre jufqu'à Pâques ; ces Poiffons ne fe prennent point à l'hameçon. Pour la Loche & le Meunier, on les prend à la ligne, à laquelle on atta. che pour appât des grillots qu'on trouve par les champs, ou des grains de raifin; on peut, fi l'on veut, fe fervir de cervelle de bœuf. Le Meunier s'amorce à un petit poiffon qu'on met au bout de l'hameçon, il accourt auffi aux vers qu'on prend fur des charognes.

Pêche de la Perche & de la Plic.

LA A Perche qui eft un poiffon de riviere fe pêche à l'amorce faite avec du foye de Chévre, il fe prend auffi au filet. La Plie eft un Poiffon d'eau douce ainfi que de mer; il faut que le temps foit calme quand on le pêche, & aller dans les rivieres où l'on paffe à gué, & pour cela on le botte fi l'eau eft trop froide, finon on y va pieds nuds, & dans les endroits où il y a du fable fur lequel on imprime fes pieds le plus profondément qu'il eft poffible, c'eft dans ces trous que les Plies fe mettent aprés qu'on s'eft retiré, & qu'on les trouve quand on y revient.

Pêche du Brochet, du Saumon & du Barbeau.

Saumon, le Brochet, le Barbeau & autres Poiffons de Riviere fe pêchent au filet ou à la fouine; pour la Truite qui eft un poiffon d'eau douce, elle fe pêche à l'hameçon appâté de vers de terre, ou bien on va dans quelque ruiffeau où l'on fcait qu'il y a de la Truite, on en détourne l'eau avec un bâtardeau, de maniere qu'on met le ruiffeau à sec, & aprés cela il eft aifé de prendre ce Poiffon.

Pêche de la Carpe.

N prend auffi les Carpes au filet & au tramail le long des crônes, on en pêche encore à la ligne ; & pour y réüffir il faut prendre des hameçons d'acier & des lignes de foye verde, fortes & groffes comme un fer d'aiguillette, les attacher à des gaules pliantes; ces lignes doivent être garnies d'un morceau de liege éloigné de l'hameçon à proportion de la hauteur de l'eau, & de maniere que cette ligne étant jettée dedans, il y en trempe dans l'eau la longueur d'un pied avec l'hameçon & l'appât au bout. Il eft bon que chaque ligne qu'on fait pour pêcher la Carpe ait cinq à fix toifes p'us que les autres, fans qu'on prétende dire pour cela qu'il faille lajetter ainsi toute entiere, tant s'en faut qu'au contraire on doit l'entortiller autour de la gaule, & n'en laiffer qu'autant qu'on juge à propos en avoir besoin pour pêcher d'abord, & aprés que la Carpe a donné à l'hameçon, & qu'on fent qu'elle veut s'échapper, on ne la violente point, mais détortillant petit à petit la ligne, on la faise promener à fon aife jufqu'à ce qu'elle fe noye, ce qui arrive peu de temps aprés qu'elle eft prife, puis on l'amene doucement à foy pour la prendre. 11 eft bon que l'endroit où on pêche la Carpe à la ligne foit uni, c'eft à dire qu'il n'y ait ni pierres ni herbes, & que les bords de l'eau ne foient point trop cfcarpez.

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