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AN. 1133•

lib. 2.6.1.

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Vira are

tième de Juin. L'antipape cependant se tenoit à couvert dans
les hauteurs & les tours, d'où il incommodoit par ses ma-

Vita S. Bern.
chines les gens de Lothaire, fans permettre aux fiens d'en
venir aux mains avec eux. Il refusa opiniâtrément toute con- Order.lib. 13.
férenceavec ce prince, & ne voulut écouter aucun conseil sur p. 897.
son état, ne révoquant point en doute son droit. Ainsi Lo-
thaire fut contraint de se retirer après sept semaines de le-
jour n'ayant pas assez de forces pour prendre le château S.
Ange & les autres forteresses de l'antipape, bien loin de pou-
voir attaquer le roi Roger son protecteur.Lothaire n'avoit pas
mème de quoi faire subsister la petite armée. Il fut donc ré-
duit à retourner en Allemagne, & célébra à Virsbourgla na-
tivité de la Vierge. Le pape Innocent, ne se trouvant plus en
sureté à Rome après son départ, revint à Pise. Sur quoi S. epist. 1zed
Bernard écrivit à cette ville pour la féliciter du secours & de
la retraite qu'elle donnoit au pape ; ce qui l'élevoit en quel -
que manière à la dignité de Rome.
Saint Norbert qui suivoit l'empereur , étant revenu à

Boll. c. 18. Magdebourg, tomba malade peu de temps après. Son corps étoit depuis long-temps affoibli par les austérités de la pénitence; mais il acheva de fuccomber à la fatigue du voyage, au changement d'air & au mouvement continuel. Il fur quatre mois malade, & mourut le mercredi de la Pentecôte, fixième de Juin 1134, ayant gouverné l'église de Magdebourg pendant huit ans, & en ayant vécu environ cinquante. L'église honore sa mémoire le jour de la mort; mais il n'a été canonisé qu'en 1582 , par le pape Gregoire XIII.

En France le couronnement du jeune roi Louis avoit irrité quelques seigneurs, qui prétendoient augmenter leur pou. Thomas de voir après la mort du père; & quelques prélats, qui vouloient S. Victor tue. s'attribuer l'élection & le couronnement du roi. Louis-le-Gros 13. p.895. voyant ces entreprises, qui tendoient à ôter la couronne de fa famille , en voulut prendre vengeance; & l'on attribua à son indignation deux meurtres fameux, qui furent commis assez près l'un de l'autre. Jean III évêque d'Orléans, qui étoit fort âgé, ayant quitté son évêché, Hugues doyen de la même église fut élu pour lui succéder : mais comme il revenoit de la cour duroi , il fut tué en chemin, & le fiége d'Or- epil in nor. léans demeura long-temps fans évêque.

fufior.rid ep. Etienne évêque de Paris éroit allé à Chelle, du consente- 158. S. Bern. ment du roi, & même à fa prière, pour corriger & régler conc. p. 975.

XXIII.

Order, lib.

& toin

X.

les religieuses. Il avoit pris avec lui l'abbé de faint Vi&or, AN. 1133, celui de faint Magloire, le fous-prieur de faint Martin , &

plusieurs autres, moines, chanoines & clercs. En revenant comme ils passoient près ciu cháteau de Gournai , ils furent attaqués par les neveux de Thibaud archidiacre de Paris, vaffaux du seigneur de Gournai, qui avoit dressé à l'évêque une embuscade sur le chemin. Ils vinrent fondre l'épée à la main sur cette troupe désarmée: & fans respecter ni la sainteté du jour qui étoit un dimanche, ni la qualité des personnes conlacrées à Dieu, ils massacrèrent Thomas prieur de saint Victor entre les mains de l'évêque, le menaçant lui-même de mort s'il ne se retiroit promptement. Mais il se jeta courageusement au milieu de leurs épées, & retira de leurs mains le prieur demi-mort, & horriblement déchiré, l'exhortant à se confesser & à pardonner à ses meurtriers. Il le fit de bon cæur, demanda la remission de ses péchés avec grande componction, reçut le viatique, protesta devant tout le monde qu'il mourroit pour la justice, & rendit ainsi l'esprit. Ce meurtre fut commis le vingtième d'Août 1133.

L'évêque de Paris publia un mandement adressé à ses archiprêtres, par lequel il excommunia les auteurs de ce meurtre, leurs complices, ceux qui leur donneroient retraite, ou qui communiqueroient avec eux, s'en réservant à lui seul l'absolution. Ensuite frappé de l'horreur de cet attentat, & ne se croyant pas lui-même en sureté, il se retira à Clairvaux, d'où il écrivit à Geoffroi évêque de Chartres, legat du saint fiége, une lettre où il lui raconte ce funefte accident , le priant de se rendre à Clairvaux, pour délibérer ensemble sur les moyens d'en prévenir les suites. Geoffroi vint à Clairvaux suivant cette lettre ; & par son autorité de legat , manda aux archevêques de Reims, de Rouen, de Tours & de Sens , & à leurs fuffragans, de se rendre à Jouare dans le diocèse de Meaux, pour y tenir un concile. Comme les prélats y étoient affemblés, ils reçurent une lettre de Hugues évêque de Grenoble , successeur de S. Hugues & de Guigue prieur de la Chartreuse, qui les exhortoient à faire justice du meurtre de Thomas; ce qu'ils firent & frappèrent d'excommunication les coupables.

Saint Bernard étoit alors à Clairvaux au retour d'Allemagne, où il étoit allé faire la paix entre l'empereur Lothaire & les neveux de son prédécesseur, Conrad & Frederic. Comme

on

on eut avis que l'archidiacre de Paris s'étoit adressé au pape, prétendant se justifier de ce meurtre ; le faint abbé An. 1133. lui écrivit, de peur qu'il ne se laissât surprendre. Et parce Epit. 158. que l'archidiacre disoit , pour la défense, qu'il n'avoit pas tué le prieur : faint Bernard foutient que c'est lui qui l'a fait tuer par ses neveux. Il le haïssoit, dit-il, & le menaçoit de mort, à cause des exactions illicites sur les prêtres, qu'il ne pouvoit plus exercer à son ordinaire à l'occasion de son archidiaconé, parce que Thomas s'y opposoit avec zele & induftrie. Plufieurs personnes dignes de foi témoignent raintenant avoir oui ses menaces. Enfin qu'il disc, s'il le peut , quel aurre sujet ont eu ses neveux de porter leurs mains facrileges sur ce faint prêtre. S'il demeure donc impuni, comme il a l'insolence de le le promettre par votre autorité, lui qui est la cause , & comme presque tous le foupçonnent, l'ordonnateur de ce crime : combien certe impunité produira-t-elle dans l'église d'actions puniflables ? L'un des deux arrivera nécessairement: ou que l'on n'admettra plus aux dignités ecclésiastiques aucun des nobles ou des puissans du siècle , ou que les clercs abuseront de Jzur ministère pour toutes sortes de crimes , parce que, si quelqu'un est assez zélé pour s'y opposer, il s'exposera à érre aufiitôt massacré. Saint Bernard écrivit aussi au pape, Epifl. 1599 au nom de l'évêque de Paris, une lettre fort pathétique, ou il lui représente la perte qu'il a faite en la personne du prieur Thomas , qui lui aidoit à porter le poids de l'épiscopat; & finit en disant : fi Thibaud Norier, c'est l'archidiacre, a recours à vous, n'ayez point d'égard à ses paroles, jusques à l'arrivée de celui que nous devons envoyer , qui vous inftruira plus amplement de la vérité.

A Orléans Jean intrus dans la dignité d'archidiacre, fai- Epi/?. toma soit aussi des vexations auxquelles s'opposoit le sous-doyen : Spicileri Archembaud & quelques autres du clergé. Archembaud en Sufi ad epift porta ses plaintes à Henri , archevêque de Sens, le fiége so. S. Berria d'Orléans étant vacant, & au pape Innocent; mais enfin l'archidiacre Jean le fir tuer, vers le même temps du meurtre de Thomas de S. Victor ; & S. Bernard en écrivit au Epist. 161, pape , l'excitant à faire une justice sévère de ces meurtres redoublés. Il seroit très-utile, dit-il , & très-jufte , à ce que plusieurs pensent, que les coupables fussent privés par votre autorité de toute dignité ecclésiastique, fans espérance d'être jamais élevés à aucune autre. Pierre, abbé de Clugni, écrivit so epi?. 19, Tome X.

D

Pire.

aussi au pape au sujet de ces deux meurtres d'Archembaud AN. 1134. & de Thomas : l'exhortant à les venger par les peines cano

niques, & à confirmer la sentence que les évêques avoient
prononcée contre eux dans leur concile. C'est ce que fit le
pape Innocent par la constitution adressée à Rainal, arche-

véque de Reims , Hugues de Rouen , Hugues de Tours &
Torm.x.conc. leurs suffragans : où il fait mention des deux meurtres de
p. 977, 8 in Thomas & d'Archembaud , confirme ce que les prélats
1101. ad erift.
S. Bern. 158. avoient ordonné dans le concile de Jouare, & ajoute : mais

parce que votre sentence nous paroît trop modérée, nous
vouloris de plus que, par-tout où les meurtriers seront pré-
sens, on ne célèbre point l'office divin; & que si quelqu'un
les maintient & les favorise , il soit excommunié. Nous or-
donnons encore que Thibaud Notier & les autres soient
privés des bénéfices qu'ils ont acquis ou conservés par les

crimes de leurs parens.
XXIV. Le pape avoit convoqué un concile à Pise, & S. Bernard
Concile de y étant appelé, fut obligé de faire un second voyage en
Chr. Bern,

Italie l'an 113 4. Les Milanois avoient suivi le parti de l'an-
tipape Anaclet & de Conrad, qui s'étoit fait reconnoitre roi

d'Italie : mais voyant que ce prince avoit fait fa paix avec Ep. 132. 133. l'empereur Lothaire par la médiation de faint Bernard, ils

prièrent le faint abbé de les réconcilier aufli avec l'empe-
reur & avec le pape Innocent, qui les avoit excommuniés,
& ôté à leur ville la dignité de métropole. Saint Bernard
leur écrivit pour les féliciter de leur retour à l'unité de l'é-
glise, & du désir qu'ils témoignoient de rétablir la paix dans
le pays : s'excufant de ne pas aller chez eux , parce qu'il
étoit prefle de se trouver au concile , & promettant de les

fatisfaire au retour. Fita S. Bern.

Etant arrivé à Pise il alifa au concile , qui fut grand, comme étant composé de tous les évêques d'Occident. Le faint abbé affiftoit à toutes les délibérations & à tous les jugemens : il étoit respecté de tout le monde , & on voyoit les évêques attendre à la porte ; mais ce n'étoit pas le fatte qui le rendoit de difficile accès, c'étoit la multitude de ceux qui vouloient lui parler: ensorte que, malgré son humilité, il sembloit avoir toute l'autorité du pape. En ce concile 0.1

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excommunia de nouveau Pierre de Léon, & on déposa fes Tom.x.conc. fi.uteurs tans espérance de rétablissement. Alexandre , ufurP: 290.

pateur de l'évêché de Liège, y fut déposé, & mourut du chagrin peu de temps après qu'il en cut appris la nouvelle.

11. C.

Petr. Clun. I.

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On rapporte aussi à ce concile la canonisation de S. Hugues

AN. 1134.
de Grenoble , faite à Pise par le pape Innocent, de l'avis Epit. uita
des évèques & des cardinaux : comme il paroît par fa lettre
du vingt-deuxième d'Avril, adressée à Guigue, prieur de
ia Chartreuse , à qui il ordonne d'écrire la vie du faint ,
comme en ayant une connoiffance particulière, & Guigue
l'exécuta.

Au retour du concile plusieurs prélats étant encore en
Toscane , furent attaqués en chemin & maltraités. Leur
troupe étoit grande, composée d'archevêques, d'évêques, ep. 27.
d'archidiacres , & d'autres clercs di tingués, d'abbés & de
moines. Ils furent dispersis, pillés, blessés, poursuivis l'épée
à la main , quelques-uns pris & enfermés dans les châteaux
voisins. L'archevêque de Reims, après avoir été insulté &z
blessé, fans respect pour son âge & fa dignité, fut mis en
prifon : l'évêque de Périgueux fut traité de même. L'arche-
véque de Bourges & celui de Sens, ayant perdu pre que
tout ce qu'ils avoient, arrivèrent à grande peine à Ponire-
moli : mais ils y furent arrêtés pour la feconde fois avec
l'archevêque d'Embrun , l'évêque de Troyes blefié d'un
coup de lance , qui l'avoit fait tomber de son cheval , les
évèques de Limoges, d'Arras , de Bellai , de Rennes , &
d'autres; les abbés de S. Martial de Limoges, de Vezelai,
de faint Germain de Paris , de Corbie , de Bourgueil , &
plusieurs autres : la ville de Pontremoli étoit remplie de ces
prélats. Pierre , abbé de Clugni, qui étoit de leur troupe,
s'y rendit avec eux, & à leur prière il écrivit au pape In-
nocent cette lamentable histoire, le priant d'exercer en cette
occasion la sévérité de la justice ; & d'étendre la punition
non-seulement sur les auteurs du crime , mais sur tout le
diocèse de Lune, dont l'évêque, au lieu de les accompagner
toute une journée, n'avoit pas fait avec eux une lieue. Mais
les censures ecclésiastiques étoient de foibles armes contre
de tels ennemis.

Après le concile de Pise le pape envoya faint Bernard à XXV.
Milan où il étoit tant désiré, & avec lui deux cardinaux,. S. Bernard
Gui, évêque de Pise, & Matthieu , évêque d’Albane , pour "Vita lib. 11.
réconcilier à l'église les Milanois, & les absoudre du schisme c. 2. 11. 9.
ou leur archeveque Anfelme les avoit engagés. Saint Ber-
nard fit trouver bon aux deux cardinaux de mener avec eux
Geoffroi, évêque de Chartres, dont il avoit reconnu le mé-
rite en plusieurs occasions. Les Milanois vinrent à grandes

à Milan.

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