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qui correfpondoient à plufieurs chemins, & quelquefois même dans les carrefours des grandes villes: on les metoit auffi dans les veftibules des maifons comme dans les Temples. Au refte ce piedeftal carré fignifioit, ou les quatre parties du monde, ou les quatre faifons de l'an ; & fi l'on fe contentoit de lui donner une tête fur un tronc quarré fans bras & fans jambes c'étoit parcequ'ayant été trouvé endormi fur une montagne on lui coupa, felon l'histoire, ou plûtôt la fable, les uns & les autres. Il n'étoit pas feulement utile aux voyageurs en leur montrant le che'min qu'ils devoient tenir, fouvent ils y trouvoient auprès dequoi se nourrir d'autant que les Anciens éroient en coûtume de laiffer contre fa figure les prémices qu'ils leur offroient. Dans Terence, Horace, & Martial on voit que ces thermes avoient des infcriptions. C'est pour cette raifon qu'en Grece & ailleurs auffi, ils étoient appellez Simeia, fignes. De nos jours ces efpeces de

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termes ont été renouvellez en France pour la commodité des Soldats & des voyageurs; mais ce ne font de fimples pierres, ou des potences, fur lefquelles eft marqué l'endroit du chemin qu'il faut prendre.

Les Hebreux, comme les Grecs & les Romains avoient leurs fignes, ou leurs termes milliaires pour diftinguer, foit les milles, foit les ftades; lefquels parmi les Romains fervoient encore à regler la courfe des chevaux dans les Cirques & les Hyppodromes. Ces pierres étoient en forme de cone, & s'appelloient Bornes de cirque. Mais pour revenir aux pierres millaires des Juifs, Saint Epiphane fur la fin de l'Herefie quarante fixiéme, dit que la ville de Gabaon étoit éloignée de Jerufalem de huit fignes, ou de huit milles : Et fur le commencement de la quatre-vingt; il écrit que les Samaritains, avoient un Oratoire diftant de deux fignes de la ville de Sichem. Ces figues étoient ces pierres milliaires dont nous parlons. Il y en a qui ont vou

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lu dire que fur ces pierres des Hebreux il y avoit toûjours un des noms de Dieu gravé ; & c'est ont-ils ajouté, ce que fignifient ces paroles du Pfeaume foixante quatrième : Turbabuntur Gentes, & timeḥ ve qui bab tart termines à fignis tui. Un Pere de l'Eglife comparoit les Juifs de Jerufalem à ces pierres. Ils montroient aux Mages le chemin qui conduit en Bethleem, & ils ne bougeoient pas eux-mêmes. Nous pourrions auffi leur comparer quantité de Prédicateurs qui tandis qu'ils enfeignent la voye du Ciel aux autres, reftent immobiles & ne font aucune démarche pour y arriver. C'est à eux. que s'addreffent, non moins qu'aux Scribes, & qu'aux Pharifiens cés roles de l'Evangile : Dicunt & non faciunt.

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Au défaut de ftatues les Paifans faifoient fimplement un amas, ou monceau de pierre, & cet amas de pierre étoit appellé par les Latins. Cippus meta, umus. Amas de terre, ou de pierres; terme, but, émi

nence. Dans l'Ecriture il eft appellé Mercure. Il en eft parlé dans le chapitre vingt-fixiéme des Proverbes fous ces termes : Sicut qui mittit lapidem in acervum Mercurii, Ce qui en montre l'ancienneté. Quelquefois ils le faifoient autour des figures de cette divinité sur les grands chemins aufquels Mercure préfidoit; & c'étoit là un des honneurs qu'ils lui rendoient,

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Ce n'a pas toûjours été la fuperftition qui a fait ces amas de pierre, la dévotion & la religion y ont eû quel que fois leur part. Au raport d'Hugues de Saint Cher, les Pelerins en faifoient & ils y plantoient des Croix deffus quand ils commençoient à découvrir les endroits où ils alloient en pelerinage. Entre Paris & Saint Denys l'on voit quantité de ces Croix que les François appellent Mont joye. On appelle encore ainfi celles que l'on voit fur le chemin de Saint Jaques. Delrio dans fes Proverbes facrez dit que ces monceaux font un figne, & un bon augure aux

Pelerins de l'heureux fuccès de leur voyage. Lapidum a prætereuntibus pofitorum congeries Galli Mont-joyes vɔcant, ut fecuri indicium itineris inde capiunt.

Parmi les Juifs il y avoit encore une autre espece de pierre qui merite d'avoir place ici. On l'appelloit lapis errantium. C'étoit fur cette pierre que l'on mettoit les chofes perduës, & fur laquelle montoit un crieur public d'où il avertiffoit à pleine voix, que quiconque auroit perdu une telle chofe pourroit venir la reconnoître, & la prendre fi elle étoit à lui. Ainfi les chofes égarées revenoient l'ordinaire à leurs maîtres. Un tel ufage marquoit la droiture & la bonne foi de ce peuple, qui ne croyoit pas de pouvoir garder en confcience une chofe même trouvée. Aujourd'hui l'on eft moins droit &moins. fcrupuleux, on regarde comme une bonne fortune quand on trouve fortuitement quelque argent, ou quelqu'autre chofe; on fe l'approprie fans fcrupule, au lieu de l'appliquer à des.

pour

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