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*ns le pre

pures, c'eft à-dire, fans en éprouver la moindre
amertume; & fon bonheur auroit duré autant que
fa vie s'il n'eût point eu d'enfans, ou s'il se fût
mis plus tard en état d'en avoir. Mais il s'étoit
marié de bonne heure, & il n'avoit que vingt ans
plus que fon Dauphin. Celuy-cy témoignoit à
trente, une impatience extraordinaire de regner,
& Charles n'en étoit pas encore las à cinquante.
Ce differend étoit d'autant plus délicat & difficile
à terminer, qu'il n'en étoit point arrivé de fem-
blable depuis plufieurs ficcles dans les Maisons
Royales; & neanmoins on auroit
der d'abord, fi les deux parties euffent eu plus de
condescendance l'une pour l'autre.

pu

l'accommo

Mais le Roy ne donnoit au Dauphin qu'une petite penfion, & vouloit qu'au reste il vécut d'efperance. Il differoit de jour en jour fous divers pretextes de l'introduire dans fon Confeil: Il ne luy communiquoit ny les affaires du Royaume

ny

les negotiations étrangeres : 11 ne luy donnoit rien de ce qui vacquoit à fa bien-feance, & fa recommandation étoit inutile pour obtenir à fes ferviteurs des charges & des commiffions. On le décreditoit ainfi en le tenant dans l'indigence; & la premiere de ces vexations luy étoit plus infupportable que la feconde, parce qu'il auroit ai fément trouvé de l'argent fi la foibleffe de fon appuy n'euft détourné ceux qui en avoient affaire de le rechercher.

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des plaintes

du Dauphin. left dansle re fieurs du Puy

cüeil de Mef

appennage provifionel le Duché de Normandie: mier memoire la premiere place dans le Confeil aprés le Roy: le commandement d'une armée pour refferrer les Anglois dans leur Ifle en les chaffant de la ville de Calais & du Comté de Guines; & que les charges & les gouvernemens fuffent remplis de fes amis & de les domeftiques auffi bien que des vieux foldats, à mesure qu'il en vacqueroit.

miers comptes

Le Roy fe fondoit pour refufer le Dauphin, fur deux fortes raisons. La premiere étoit que le Duché de Normandie quoique nouvellement réuny à la Couronne, portoit le tiers des charges de l'État * en la maniere dont la France étoit alors *Dans les pregouvernée; & le Roy ne, s'en pouvoit défai- rendus fous le fir fans exiger le même tiers des autres Provin- regne de ces, dont il ne pouvoit neanmoins augmenter la taille au fortir d'une guerre civile & étrangere tout ensemble, fans rentrer luy même & replonger ses sujets dans les calamitez publiques qu'ils ne venoient que d'éviter.

Louis Onze.

De plus fi fa Majesté eût donné au Dauphin la premiere place dans le Confeil Royal, elle y auroit inévitablement introduit la difcorde; puifque ce Prince s'étoit hautement declaré contre tous les Miniftres dont il étoit compofé, & les avoit menacez * de les rechercher un jour des Dans la Letfautes qu'il leur imputoit d'avoir commifes.

Les deux places qui reftoient aux Anglois en France, ne valoient pas la peine de recommencer la guerre contre eux; & pouvoient d'ailleurs la

B

*

tre au Sei• gneur du

Beüil.

rendre auffi dangereufe aux François, qu'elle l'avoit été fous les regnes de Philippe de Valois & de Jean son fils, puifque Philippe le Bon Duc de Bourgogne avoit interêt qu'ils conservassent un pied en France, & craignoit d'être à son tour attaqué aprés qu'on les auroit encore une fois renvoyez dans leur Ifle.

&

Enfin la multitude de ceux à qui le Roy croyoit être redevable de fon rétablissement étoit fi grande, que les charges, les gouvernemens, les autres graces dont la Cour disposoit, avoient à peine fuffi pour la dixième partie des préten

dans, & les autres neuf vivoient de l'efperance d'être recompenfez à leur tour. Si on leur ôtoit cette esperance en promettant aux amis & aux domeftiques du Dauphin tout ce qui viendroit à vacquer, on feroit un nombre formidable de mécontens, qui ruineroit en un mois tous les avantages que la France avoit remportez depuis trente

trois ans.

La feconde raifon de Charles contre les prétentions du Dauphin, étoit tirée de la connoiffance que ce Prince avoit donnée de fon genie à l'âge de dix-fept ans, en travaillant à former dans l'Etat un party contre fon pere. Il n'avoit alors aucune experience; & comme le malheur des guerres avoit empêché que l'on ne prît soin de fon éducation, ce que la naiffance luy avoit donné de mauvais n'avoit point été corrigé, ny ce qu'elle luy avoit donne de bon, cultivé. De là

vint qu'il forma le projet chimerique de fupplanter fon pere, fous prétexte de reformer l'Etat ; & il fut affez adroit pour attirer dans son party deux Princes du Sang, Charles Duc d'Alençon, & Jean Duc de Bourbon, chefs d'autant de branches de la Maifon Royale.

Le Duc d'Alençon avoit un fi prodigieux penchant à la revolte, qu'il couroit pour entrer dans une faction au premier avis qu'on luy donnoit qu'elle avoit été formée, & il n'attendit point à entrer dans celle du Dauphin qu'on l'eût invité d'en être. Le Duc de Bourbon étoit meilleur menager de fa reputation & de ses interêts que le Duc d'Alençon: mais le refus de la charge de Connêtable qu'il croyoit avoir demandée dans une conjoncture propre à n'être pas refufé, l'avoit déja prévenu de la penfée de se revolter, lorfque le Dauphin luy en fit la propofition. Elle fut acceptée; * & le Dauphin afluré par là d'u- * Dans le traine retraite fortit fi adroitement de la Cour, phin avec le que perfonne ne se mit en devoir de l'en empê- Duc de Bourcher.

*

té du Dau

bon.

memoire de

Le Duc d'Alençon Gouverneur de Touraine le receut dans le Château de Loches, place confiderable dans l'ignorance où l'on étoit alors * Elle eft mardes fortifications: mais le Roy étoit trop bien quée dans le armé pour fouffrir long temps un affront de cette 1447, entre nature. Il envoya tant de troupes du côté de Lo- les plus imches, que le Dauphin eut fujet de craindre d'y être Royaume. invefti; & il conjura le Roy de Sicile & le Com

portantes du

te du Maine fes oncles maternels, de luy accorder un azile dans l'Anjou, dans le Maine, ou dans la Provence. Mais outre que ces deux Princes n'approuvoient pas l'équipée de leur neveu, ils avoient befoin de vivre en bonne intelligence avec le Roy leur beau frere pour attirer fous leurs enfeignes la Nobleffe de France, dans le deffein qu'ils avoient de recouvrer le Royaume de Naples que le Roy d'Arragon avoit ufurpé fur eux. Ils s'excuferent fur un motif fi plaufible de recevoir le Dauphin ; & ce Prince auroit été affiégé dans Loches, s'il ne fe fût travefti & fauvé à Moulins ville Capitale du Bourbonnois, où le Duc de Bourbon s'étoit mis en état de le recevoir.

Ce Duc avoit en proprieté cinq Provinces ; qui d'un côté touchoient aux Etats du Duc de Ŝavoye, & de l'autre s'étendoient jufqu'au centre du Royaume de France, le Baugelois, le Forest, le Bourbonnois, l'Auvergne, & la Marche. Il en avoit assemblé la Nobleffe; & il y auroit fait une longue resistance, s'il n'eût eu fur les bras que les troupes que le Roy luy oppofoit. Mais les Princes de la Maifon de Savoye qui n'avoient point encore negligé d'occafion de s'aggrandir aux dépens de leurs voifins, regarderent la retraite du Dauphin dans le Bourbonnois comme une conjoncture propre à s'emparer fur le Duc de Bourbon de la fouveraineté de Dombes, où *Dans le ma- ils avoient de grandes prétentions. * Ils y mene

nufcrit des

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