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Maifon de Sa

rent tant de gens de guerre, que le Duc de Bour- droits de la bon incapable de fe défendre en même temps voye fur les contre le Roy Charles fon maître, & contre le Etats voifins Duc de Savoye fon voifin, fit fa paix avec le Roy, eft dans la Bi& pria le Dauphin de chercher une autre retrai- bliotheque de

te.

ne

per

des fiens. Il

Turin.

* Dans le ma

nufcrit des

Le Dauphin fe trouva pour lors tout-à-fait empêché de fa perfonne. S'il fortoit du Royaume, il se rendoit criminel en s'expofant dre la Couronne par la même voye qui en avoit autrefois fruftré le malheureux Charles de Lorrai* frere & oncle paternel des deux derniers raifons de l'aRois de la race de Charle-magne. S'il y demeu- venement à la roit, il feroit infailliblement enlevé, à moins Hugue Capet que le Duc de Bourgogne ne le protegeât. Il fut communiqué donc contraint d'avoir recours à ce Prince, dont par Monfieur la conduite fut plus adroite & plus jufte en ce point, que n'avoient été celles des Ducs d'Alençon & de Bourbon,

Il étoit Prince du Sang, plus proche qu'eux de la Couronne, & plus puiflant fans comparaifon. Cependant il répondit au Dauphin qu'il le recevroit volontiers dans fes Etats pour le reconcilier avec le Roy fon pere, mais non pas pour y fomenter la divifion entre les deux premieres perfonnes du Royaume qui n'en devoient faire qu'une. Le Dauphin ne pouvant mieux faire, accepta la mediation du Duc de Bourgogne ; & le Roy témoigna plus de joye d'apprendre que le Dau-• phin vouloit rentrer dans fon devoir, qu'il n'a

Couronne de

d'Autun.

* Dans les Lettres del'un

ce Duc.

voit

reçu de chagrin au premier avis de fon évafion. Le pere & le fils remirent leurs interêts * & de l'autre à entre les mains du Duc de Bourgogne; & ce Duc obligea le Dauphin à fe contenter d'une penfion & des bonnes graces du Roy, jufqu'à ce que loy de l'Etat l'appellât à la Couronne, ou que fa déference & fes refpects invitaffent le Roy à luy donner plus de part

dans les affaires,

la

Ainfi le Dauphin retourna à la Cour, fatisfait en apparence, mais trés-mécontent en effet du Duc de Bourgogne, Il fe plaignit en fecret que ce Prince avoit eu plus d'égard à fes propres interêts, qu'à ceux des parties qu'il s'étoit propofé d'accommoder ; & qu'ayant en la perfonne du Comte de Charolois un fils entreprenant, il avoit cru devoir luy ôter le prétexte de se foûlever, en le retenant dans l'obéiffance & dans la condition privée par un exemple domeftique.

Le Dauphin avoit perfeveré durant plufieurs années dans cette difpofition interieure, & le foin qu'il prenoit de la cacher n'avoit trompé pendant un fi long-temps ny les yeux ny l'opinion de fon pere: prévenu de la pensée que les irregularitez de la nature dans le cœur d'un fils, ne fe corrigeoient prefque jamais entierement à l'égard de celuy qui fuy avoit donné la vie.

Le Roy étoit perfuadé que le Dauphin uferoit mal de fon pouvoir s'il étoit augmenté, & fe te• noit précisément aux conditions de l'accommodement qu'avoit fait le Duc de Bourgogne. Le

Dauphin au contraire ne fe laffoit point d'être rebuté ; & prétendoit que le Roy accorderoit à son importunité, ce qu'il ne refufoit que par des raifons politiques. Mais il n'eft rien de fi difficile de retenir les ambitions violentes, lorfque l'on n'employe pour les amufer qu'une longue efperance.

que

* * Dans le fecond traitté

de Humbert avec la France. Chambre des

Il eft à la

Le Dauphin aprés avoir inutilement mis en ufage tout ce qui fervoit à fléchir le Roy, cut enfin recours au dernier expedient, & demanda qu'on luy permît au moins de faire un voyage de quatre mois en Dauphiné. Cette Requête ne pouvoit être plus plaufible, ny l'artifice caché deffous plus fubtil. Le Dauphiné avoit été réuny à la Monarchie Françoife à des conditions, fi non extravagantes, au moins extraordinaires. Auffi la France en acceptant la donation qui luy en avoit été faite, n'avoit point eu d'égard Comptes. aux loix dures & bizares que le donateur avoit impofées. Elle avoit feulement pensé à profiter du dépit qu'il avoit eu de perdre fon fils unique, qu'il avoit laiffé tomber par mégarde d'une fenêtre en bas; & de la vangeance qu'il prétendoit tirer du Duc de Savoye qui luy avoit fait trente ans la guerre, en mettant fon Etat en de fi puiffantes mains que ce Duc n'ofât plus l'attaquer.

On étoit demeuré d'accord que le Dauphiné ne feroit incorporé avec la France, que dans le temps que le Roy n'auroit point de fils: mais : qu'au moment qu'il en naîtroit un à sa Majesté,

l'enfant au fortir du ventre de fa mere devien-
droit Souverain du Dauphiné, fans avoir besoin
d'autre provision ny inveftiture que celle que luy
donneroit fa naiffance. Que la juftice & les au-
tres fonctions civiles y feroient adminiftrées en
fon nom : Que le Roy fon pere ne feroit plus
confideré que comme fon tuteur; & qu'auffi-tôt
qu'il auroit atteint l'âge déterminé par
Romain il feroit fi pleinement émancipé, que
le Roy fon pere n'auroit non plus d'autorité di-
recte ou indirecte fur le Dauphiné, que fur les
Provinces que fa Majefté n'avoit jamais poffe-
dées.

le droit

Le Dauphin avoit étudié tous les articles de cette donation; & il y a lieu de croire, à raisonner fur l'ignorance dont la Noblesse Françoise faifoit alors profeffion, qu'il n'y avoit point d'autre que luy à la Cour qui en fût inftruit. Et de fait la Requête qu'il avoit prefentée pour fon voyage fut examinée dans le Confeil du Roy, fans qu'on y trouvât le moindre inconvenient. On le laiffa partir: mener avec luy quiconque le voulut suivre : entrer dans le Dauphiné, & s'y faire reconnoître : mais ce qui fuit ne donna que trop de fujet à la Cour de le repentir de sa facilité.

Le Dauphin affembla les Etats de la Province *Dans la con- du Dauphiné: * y fit lire la donation dont on vocation des vient de parler: en demanda & obtint la confirphiné en 1456. mation, & fe mit auffi tôt en poffeffion des Pri

Etats du Dau

vileges

vileges qu'elle luy donnoit. Il caffa tous les Offi- Elle eft dans ciers pourvûs par fon pere: Il en fubftitua de les Archives nouveaux: Il retint les deniers royaux, & se fit prêter un nouveau ferment.

Charles fept fut bien-tôt averti de ces quatre attentats contre l'autorité Royale : mais il ne luy étoit pas facile d'y remedier dans la conjoncture prefente, où toutes les forces du Royaume étoient occupées à chaffer les garnifons Angloifes du refte de la Guienne. La France se feroit mife hors d'état d'executer ce grand projet, par la moindre diversion qu'elle auroit euë du côté du Dauphiné, & le Roy aima mieux feindre d'ignorer la conduite de fon fils, que de fe reduire à la neceffité d'y remedier en témoignant de la fçavoir.

Il luy permit de trancher à son aise du Souverain dans le Dauphiné; & il se fit par cette seconde condescendance plus de tort, qu'il ne s'en étoit fait par la premiere. Car le Dauphin refufa de retourner à la Cour aprés que les quatre mois furent expirez, & fe comporta dans cette Province comme s'il eût eu deffein d'y attendre que la fucceffion à la Monarchie Françoise luy fût ouverte. Il s'ennuya mêmes au bout de deux ans dene reprefenter que le perfonnage d'un Dauphin de Viennois, & il fuccomba à la tentation ridicule de contrefaire le Roy dans un pays de fi peu d'étendue. Il y reçut les Ambaffadeurs des Princes étrangers, & il en envoya à son tour

C

de Grenoble.

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